Monde

D'où vient l'inspiration d'Obama?

Daniel Vernet, mis à jour le 27.12.2009 à 11 h 58

Près d’un an après l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, les questions sur sa politique étrangère restent toujours sans réponse. Dans le New York Times , James Traub s’interroge sur les résultats de la stratégie de «l’engagement», un mot qui résume la volonté de parler avec les ennemis, en tous cas avec des pays ayant de fortes divergences avec les Etats-Unis. Au cours de ces derniers mois, le président américain s’est adressé tour à tour au monde musulman, aux Africains, aux Russes et aux Chinois. Les observateurs remarquent qu’il n’a pas prononcé de grand discours à l’usage des Israéliens et que c’est un manque alors qu’il avait fait du conflit du Proche-Orient une de ses priorités.

Les conservateurs reprochent à Obama d’être naïf, les libéraux de négliger la défense des droits de l’homme. Le président a précisé sa doctrine de politique étrangère dans le discours qu’il a prononcé le 10 décembre à Oslo en recevant le prix Nobel de la paix. C’est un texte qui pourrait être qualifié de «centriste». Obama n’est pas un gauchiste, comme l’en ont accusé ses adversaires pendant la campagne électorale et encore depuis un an. A première vue, son discours d’Oslo est propre à satisfaire tout le monde : les libéraux, par ses références au président Wilson et à Martin Luther King ; les néoconservateurs et les «faucons libéraux», héritiers des progressistes anticommunistes de la guerre froide, par son acceptation de la guerre comme moyen de la politique – en dernier recours ; les réalistes, par sa volonté de parler avec ceux avec qui l’on n’est pas d’accord.

Reinhold Neibuhr, le philosophe préféré d'Obama

Mais le véritable inspirateur de Barack Obama est le pasteur et politologue Reinhold Niebuhr (1892-1971) dont il avait dit au commentateur du New York Times, David Brooks, qu’il était «son philosophe préféré». Curieusement Niebuhr n’est jamais cité dans le discours d’Oslo mais il y est omniprésent. Pour ce penseur qui a inspiré des Américains opposés aux thèses de la droite chrétienne fondamentaliste, l’homme est une créature imparfaite dans un monde imparfait, mais il doit faire les efforts intellectuels et moraux pour aider à changer lui-même et le monde. Cette thèse dite du «réalisme chrétien» se retrouve chez Obama sous la forme de ce qu’un ancien conseiller de Bill Clinton à la Maison blanche, William Galston, appelle «le réalisme moral».

Dans son discours d’Oslo, le président américain reprend presque mot pour mot les phrases de Niebuhr : «Nous n’avons pas besoin de penser que la nature humaine est parfaite pour continuer à croire que la condition humaine peut être améliorée, a-t-il déclaré. Nous n’avons pas besoin de vivre dans un monde idéalisé pour aspirer à ces idéaux.»

«Dire que la guerre est parfois nécessaire n’est pas faire preuve de cynisme»

L’injustice doit être combattue même si elle ne peut pas être éliminée et pour ce faire, il convient de reconnaître à la fois le pouvoir de la non-violence et ses limites. Obama ne reprend pas totalement à son compte le concept de «guerre juste» mais il considère le recours à la force comme une possibilité et parfois même comme une nécessité morale. «Dire que la guerre est parfois nécessaire n’est pas faire preuve de cynisme, c’est la reconnaissance de l’histoire, des imperfections de l’homme et des limites de la raison», a-t-il déclaré, suivant encore en cela son maître Reinhold Niebuhr, qui dans les années 1930 était passé du pacifisme au soutien à la guerre contre le nazisme.

Dans ce contexte, il est intéressant de relire le discours que le tout jeune sénateur de l’Illinois, Barack Obama, avait prononcé le 2 octobre 2002 à Chicago, lors d’une manifestation contre une guerre en Irak. «Je ne suis pas opposé à la guerre en toutes circonstances, disait-il. Je suis contre les guerres stupides».C’est encore la position qu’il a défendue, en recevant son prix Nobel de la paix, pour justifier son engagement en Afghanistan. Ceux qui avaient décidé de lui décerner ce prix auraient sans doute aimé entendre une autre musique.

Daniel Vernet

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