FranceMonde

Le passage apaisé de Fillon à Pékin

Richard Arzt, mis à jour le 24.12.2009 à 8 h 50

Deux jours, 6,75 milliards de dollars d'euros de contrat et des relations réchauffées.

Sur le moment, les invités de  la table officielle ne comprennent pas pourquoi, dans ce diner offert par le premier ministre Wen Jiabao, des raviolis sont subitement servis à François Fillon et à lui seul. Il semble d'ailleurs le premier surpris. C'est qu'avant de passer à table, le chef du gouvernement français a confié à son hôte qu'il adore les raviolis chinois! Ordre a été donné en cuisine de lui en préparer.

Les 21 et 22 décembre, les dirigeants chinois ont multiplié les attentions envers François Fillon et ceux qui l'accompagnaient. A la fin d'un entretien, Wu Bangguo, président de l'Assemblée nationale populaire et numéro 2 du régime, s'approche de Jean-Pierre Door, député UMP du Loiret, pour lui dire: «je suis heureux de rencontrer le maire de Montargis! Une ville où Deng Xiaoping a travaillé en usine au début des années 20!».

A cette courtoisie chinoise répond le souci de François Fillon de faire oublier la brouille survenue en 2008 quand Nicolas Sarkozy a condamné la répression au Tibet puis rencontré le dalaï-lama au cours d'un voyage en Pologne. Le Premier ministre déclare qu'il ya eu des «malentendus», qu'ils ont été «exagérés» et sont désormais «dépassés».  Sa «mission» de Premier ministre venu en Chine «à la demande de Nicolas Sarkozy» est de «remettre sur les rails» la relation entre les deux pays.

Le Président Hu Jintao facilite cette mission. En recevant François Fillon, il lui dit: «j'ai rencontré deux fois le Président Sarkozy en marge de conférences internationales cette année (1). Nous sommes parvenus à un important consensus pour développer les relations entre la France et la Chine et les faire retourner sur la voie d'une croissance saine et stable». Mais, dans la même conversation, le Président chinois invite aussi la France à «traiter de manière appropriée les sujets sensibles». Le message convient parfaitement à François Fillon.

Sa visite commence deux jours après la conclusion mitigée de la conférence de Copenhague. Pas question d'emboiter le pas de Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'écologie de son gouvernement, qui a dénoncé «l'attitude totalement fermée de la Chine» au cours de cette réunion mondiale sur le climat. Sur ce sujet, Wen Jiabao, l'homologue de François Fillon, est particulièrement concerné: il était à la phase finale de la négociation. Et dans la presse chinoise, il proclame avoir eu un «rôle constructif». François Fillon met donc en avant les points sur lesquels Français et Chinois peuvent tomber d'accord. Exemple: «ce n'est pas en organisant la décroissance qu'on va sauver la planète, c'est-à-dire en produisant moins et en interdisant aux pays en développement de se développer».

Démarche similaire à propos des droits de l'Homme. Interrogé en conférence de presse sur le cas de Liu Xiaobo, en jugement pour avoir demandé la démocratisation du régime, François Fillon - qui fait l'effort de prononcer correctement le nom de ce dissident - répond qu'il partage la protestation émise par l'Union européenne. Mais, il considère que le développement économique de la Chine lui a permis d'accomplir des progrès en matière de droits de l'Homme. Et que les coopérations juridiques avec la France y aident.

Le bon climat du voyage s'accompagne de quelques avancées commerciales. 6,75 milliards d'euros de contrats ont été signés pendant la visite Fillon à Pékin. Dont 3,5 milliards pour le groupe Safran qui va fournir les moteurs de l'avion chinois C919 prévu pour 2016. Le voyage a aussi un volet nucléaire. En 2004, les instances centrales chinoises de la CNNC avaient choisi l'AP1000, conçu par le groupe nippo-américain Westinghouse-Toshiba, pour entrer dans la technologie nucléaire de 3e génération. Areva et EDF - dont l'EPR est en chantier en Finlande et en France à Flamanville - semblaient écartés. Jusqu'au contrat avec la société cantonaise CGNPC (China Guangdong nuclear power group) pour deux réacteurs EPR dont le premier béton a été coulé à Taishan, dans le sud du pays, fin octobre.

Le 21 décembre au cours d'une cérémonie au Palais du Peuple, EDF entre pour 30% dans une joint-venture avec CGNPC pour construire et exploiter la future centrale. Et Areva aura 45% d'une société en charge de l'ingénierie des EPR et des prochains réacteurs de conception chinoise. «La présence technologie nucléaire française en Chine est officiellement mise en avant» confie un diplomate qui ajoute: «ça valait la peine de faire le voyage!»  En mai 2010, le Président Sarkozy ira à l'inauguration de l'exposition universelle de Shanghai. La relation franco-chinoise sera vraiment «sur ses rails» si sa visite se passe aussi bien que celle de son Premier ministre.

Richard Arzt

(1)Il s'agit d'une rencontre en avril en marge du G20 de Londres et d'une autre en septembre au cours de l'Assemblée Générale de l'ONU.

Image de Une: Drapeaux français et chinois à Pékin, REUTERS/STR New

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