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Méfiez-vous des jouets dangereux

, mis à jour le 24.12.2009 à 8 h 31

Jouets en plastique, jeux en bois ou vidéos, les normes ne sont pas toutes respectées...

Comme cadeau de noël, le magazine 60 millions de consommateurs ne pouvait pas faire mieux. A l'heure où les parents bravent la cohue des grands magasins munis de la précieuse liste de cadeaux, le magazine de défense des consommateurs lâche une petite bombe: certains jouets vendus en France contiendraient «des produits chimiques potentiellement dangereux pour la santé.»

La faute incombe au Père Noël et à ses fidèles lutins qui auraient, selon cette enquête, abusé de certains produits douteux comme les phtalates, le formaldéhyde ou encore les métaux lourds. Poupées, déguisements, maquillages mais aussi jouets en plastique et en bois, pas moins de 66 articles, considérés par le magazine comme des «jouets particulièrement à risque», ont subi des analyses chimiques ciblées. Verdict: une substance pathogène au moins de produits «mis à l'index par la réglementation européenne des jouets» entre dans la composition de trente d'entre eux.

Un cocktail détonnant

L'inventaire des composés chimiques des jouets testés est édifiant: «9 des 25 jouets en plastique testés contiennent un ou plusieurs phtalates à des concentrations supérieures à 0,1%.» Quatre d'entre eux renferment même du DEHP, un composé permettant d'assouplir le plastique et reconnu comme «responsable de troubles de la fertilité dès la puberté» par l'Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS).

Quant aux objets en bois, ils risquent de perdre rapidement leur réputation écologique. «Sur les 15 jouets analysés, 13 contiennent soit du formaldéhyde, soit des métaux lourds, soit les deux à la fois», souligne l'enquête de 60 millions de consommateurs. Le plus préoccupant est la forte concentration de ces substances dans des jouets destinés à des enfants de moins de 3 ans. Le formaldéhyde, plus connu sous le nom de formol, est classé «substance cancérigène» par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Ce composé présent dans le vernis et la peinture des jouets s'avère hautement irritant pour les voies respiratoires.

Histoire d'en remettre une couche, les métaux lourds comme le baryum et le plomb pulluleraient dans les maquillages dont raffolent vos enfants. Est-ce dangereux docteur? Ces substances responsables d'encéphalopathies graves et de cancers ne sont toxiques que si elles pénètrent l'organisme.

Cette nouvelle étude n'est pas sans rappeler l'affaire Mattel, quand, à l'été 2007, le géant américain du jouet rappelle précipitamment plus de 18 millions de ses articles, tous fabriqués par des sous-traitants en Chine. Des aimants présents sur de nombreux jouets Polly Pocket, Barbie ou encore Batman se détachaient aisément et risquaient d'être avalés ou inhalés par l'enfant. Autre fait marquant, des articles Barbie et Dora l'exploratrice renfermaient du plomb dans la peinture.

Les jeux vidéos aussi

En juin 2008, les autorités chinoises avaient annulé la licence d'exploitation de 700 fabricants de jouets en infraction avec les standards de sécurité internationale. De son côté, Mattel a écopé, en juin dernier, d'une amende de 2,3 millions de dollars. La Commission américaine de protection de la sécurité des consommateurs a accusé la société d'avoir sciemment importé et commercialisé des jouets contaminés au plomb.

L'année dernière, Greenpeace a épinglé les grands fabricants de consoles de jeu Nintendo, Sony et Microsoft. Dans son rapport «Playing Dirty» [PDF], l'association affirme, après analyse, que leurs consoles de jeu phares (Wii, PlaySation 3 et Xbox 360) contiennent toutes des substances chimiques dangereuses: des phtalates, du béryllium et des retardateurs de flammes bromés, des composés catalogués cancérigènes. Mais comme ces consoles — vendues à des dizaines de millions d'exemplaires — n'étaient pas jusqu'à présent répertoriées comme jouets, la directive européenne «Jouets» ne s'applique donc pas à ce genre de produits commercialisés.

Certains articles pour le bain sont aussi à surveiller de près. Des produits tels que des crayons savons renferment des substances intrigantes. Au dos de l'emballage, l'acheteur peut lire «dioxyde de titane» et «triclocarban». En janvier dernier, le Comité scientifique européen sur la sécurité des consommateurs (SCCS) a estimé que l'utilisation du triclosan (ou triclocarban) n'était pas sûr pour la santé du consommateur. Le Circ classe le dioxyde de titane parmi les substances «susceptibles d'être cancérigène pour l'homme».  L'INRS ajoute, dans un rapport, que «les poussières de dioxyde de titane peuvent causer l'irritation mécanique des yeux et des voies respiratoires».

Une génération de sourds en puissance

Un autre danger se cache dans la hotte du Père Noël : le bruit. Vous avez certainement maudit la guitare électrique, le saxophone ou encore le pistolet intergalactique que l'on a offert à vos chers enfants ou petits frères et sœurs. Victimes du matin au soir des assauts sonores de ces chérubins, vous étiez loin d'imaginer que leur santé pouvait en pâtir. Et pourtant, le son provoque, à terme, de graves lésions irréversibles de l'oreille interne. Une enquête canadienne menée par Options consommateurs révèle que «sur les 40 jouets testés, aucun ne respecte la norme de l'OMS  [NDLR : moins de 87 décibels pendant 30 minutes par jour] lorsque le jouet se situe à 1 cm de l'oreille de l'enfant». Un constat plutôt inquiétant sachant que les petits portent souvent l'objet à l'oreille pour écouter attentivement.

Les adolescents ne sont pas, non plus à l'abri. Bêtes noires des ORL, les lecteurs MP3 et autres baladeurs numériques fleurissent sous le sapin. Entre 50 et 100 millions d'Européens les utilisent quotidiennement.  Le Comité scientifique européen des risques sanitaires émergents et nouveaux (CSRSEN) rapporte que 5 à 10% des utilisateurs devraient connaître des pertes auditives de manière irréversible, soit environ 10 millions de personnes en Europe. Le volume maximal des baladeurs n'excède pas les 100 décibels mais écouter de la musique au-delà de 85 dB, pendant une heure et sans pause, crée des dommages auditifs graves.

Que fait l'Europe?

180 millions de jouets se sont vendus en France, en 2008, et 85% sont «made in China». L'enquête de 60 millions de consommateurs met en exergue le manque réel de contrôles de la qualité des jouets commercialisés sur le sol européen. Comment des substances interdites par la directive européenne du 27 décembre 2005 se retrouvent encore aujourd'hui dans des articles de puériculture?

Les associations de consommateurs tels que Women in Europe for a common future (WECF) fustigent, depuis des années, la désuétude de la directive européenne Jouets qui date de 1988. Celle-ci n'oblige nullement l'entreprise qui souhaite commercialiser un jouet dans la Communauté européenne à réaliser au préalable une analyse chimique par un laboratoire indépendant. En somme, le symbole CE inscrit sur l'emballage par le fabricant ne garantit en rien la conformité de l'article aux normes en vigueur.

En est pour preuve le nombre d'interdictions de jouets par le système européen d'alerte rapide sur la sécurité des produits non alimentaires (Rapex). Chaque semaine, une trentaine de produits dangereux sont retirés du marché européen, bien qu'ils soient estampillés du logo CE.

Avec la pseudo-modernisation de la directive Jouets, les fabricants seront en charge de prouver l'innocuité des articles vendus sur le sol européen, sans avoir toutefois à passer par un laboratoire indépendant. Et cette directive ne sera transposée dans le droit des Etats membres que début 2011. D'ici là que fait le consommateur lambda pour se protéger? Accrocher des oranges bio au sapin?

C. Debise

Image de une: Recyclage de jouet au Chili, en 2008. REUTERS/Ivan Alvarado

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