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À Venise, «le tourisme est le problème, mais aussi la seule solution»

Temps de lecture : 2 min

Les Vénitiens supportent de moins en plus le tourisme de masse qui assomme leur ville. Mais peuvent-ils s'en passer pour autant?

Un paquebot à Venise | Max Pixel License by

Venise étouffe et les Vénitiens, eux, sont à bout. Et ce depuis plusieurs mois déjà. La raison de leur colère, sinon de leur exaspération, reste inlassablement la même: le tourisme de masse qui submerge la ville. Étape touristique prisée depuis, dit-on, le XVIIe siècle, Venise ne semble aujourd'hui avoir rien perdu de son attractivité auprès des voyageurs du monde entier. Chaque jour, des dizaines et des dizaines de vols de compagnies low-cost atterrissent, de nombreux paquebots trempent l'ancre dans la baie et les visiteurs sont si nombreux qu'ils sont majoritaires par rapport aux habitants de la ville.

Ces dernières années, les résidents ont tenté de manifester leur colère à plusieurs reprises, tant à propos du le raz-de-marée touristique –on parle souvent d'un habitant pour 400 touristes– que concernant les conséquences directes sur la population et sa démographie. En novembre dernier, Matteo Secchi, président de l'association venessia.com déclarait:

«Le centre de Venise perd 1.000 habitants chaque année. Elle en compte désormais moins de 55.000, contre 100.000 il y a quarante ans, le danger est très important. Nous sommes en train de devenir Pompéi, une ville que les gens viennent visiter, dont ils disent qu'elle est magnifique mais où personne ne vit.»

Puis, l'idée d'un centre historique payant a fait son chemin. Un moyen de désengorger la ville, espère la municipalité. Face à la faible collecte de la taxe de séjour que seuls 20% des touristes payent, le maire de Venise, Luigi Brugnaro, s'est montré favorable à la mise en place d'une taxe sur les entrées de musées et les tickets de transports. Aussi, le maire a envisagé l'idée de promouvoir des circuits moins fréquentés, afin de protéger les lieux historiques les plus exposés et fragilisés par l'imposant afflux touristique.

Mais tout cela pose un dilemme fondamental. Venise est épuisée de ses touristes, mais peut-elle seulement survivre sans eux? «Venise est une ville qui ne peut compter que sur une seule industrie, le tourisme. La ville dépend du tourisme comme nos corps dépendent de la nourriture pour survivre», explique au site The Local Sebastian Fagarazzi, un habitant de Venise dont les amis ont tous quitté la ville et dont les parents ont été contraints de fermer leur boutique de vêtements. Il s'est aujourd'hui lancé, avec sa compagne Valeria Duflot, dans une nouvelle aventure: Venezia Autentica, une structure qui promeut un tourisme responsable et favorise le soutien aux artisans et commerçants locaux.

Le couple ne pense pas que les touristes puissent aider Venise, mais que nombre d'entre eux ont pourtant envie de le faire, à condition de savoir comment. «Le tourisme est le problème, mais c'est également la solution, dit Sebastian Fagarazzi. Tout le monde proteste [contre le tourisme de masse], mais personne n'a jamais vraiment fait quelque chose pour essayer d'obtenir un effet positif immédiat». L'idée de leur société est donc simple: quitte à avoir les touristes sur place, autant profiter de l'occasion pour leur donner envie de découvrir et d'acheter des produits et objets issus d'un savoir-faire et d'une fabrication locale.

Slate.fr

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