Monde

La ville où les habitants sont obligés de posséder une arme

Repéré par Juliette Mitoyen, mis à jour le 19.07.2017 à 9 h 22

Repéré sur The Guardian

Avec ses quelque 700 habitants, la petite ville de Nucla, dans le Colorado, est devenue célèbre pour avoir voté une loi imposant la détention d’une arme et de munitions à tous les foyers. Et les habitants en sont ravis.

Un vendeur aide un client à choisir une arme dans un magasin de Tinley Park, Illinois, le 11 mars 2015 | Scott Olson / AFP

Un vendeur aide un client à choisir une arme dans un magasin de Tinley Park, Illinois, le 11 mars 2015 | Scott Olson / AFP

Perdue au milieu des montagnes de l’ouest du Colorado, à deux heures du premier Walmart et à 160 kilomètres de l’hôpital le plus proche, Nucla ressemble à n’importe quelle petite ville de l’Amérique rurale profonde. Excepté peut-être qu’elle n’a pas de bars, de cinéma, de magasin d’alcool mais plutôt un stand de tir public, que tous les habitants peuvent utiliser. Sur la porte du bureau du shérif local, une devise annonce la couleur: «Nous n’appelons pas le 911».

Effectivement, à Nucla, les habitants préfèrent faire justice eux-mêmes, comme le décrit le Guardian, qui est allé à leur rencontre en juin dernier.

Armes à feu obligatoires

Lorsqu’en 2013, l’Etat du Colorado, théâtre de la fusillade de Columbine en 1999 et d'Aurora en 2012, vote une loi interdisant la vente de chargeurs de munitions de plus de 15 balles et obligeant chaque détenteur d’arme à faire vérifier son casier judiciaire, Nucla prends la direction opposée et fait les unes de la presse nationale. La même année, le conseil de la ville vote en effet une ordonnance, la Family Protection Order, obligeant chaque «chef de famille» à posséder une arme à feu.

Avant cette décision, la culture des armes était déjà enracinée à Nucla. De nombreux habitants en possédaient déjà une —voir plusieurs— et la ville avait même organisé un championnat mondial de tir sur chiens de prairie en 1990, au cours duquel 3.000 de ces animaux avaient été tués.

Mais Richard Craig, ancien membre du conseil municipal et instigateur de cette loi, a tout de même porposé cette idée, en prenant exemple sur des villes qui avaient déjà une législation similaire, comme Kennesaw, en Géorgie, où le port d’arme est obligatoire depuis 1982:

«Au début, j’ai proposé ça en blaguant. Mais les autres membres du conseil ont dit que ça semblait cool, alors je me suis dit, ok, allons-y.»

Une décision populaire chez les habitants

À Nucla, ceux qui le souhaitent peuvent cependant se déclarer «objecteurs de conscience» et ainsi refuser de posséder une arme. Les criminels et les malades mentaux sont heureusement eux aussi exemptés. Mais dans cette petite ville rurale massivement républicaine, la loi municipale de 2013 a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme par la quasi majorité des 711 habitants. Même les rares Démocrates y sont favorables.

Shirlay Miller, une Britannique originaire de l’Essex qui est venue vivre avec son mari américain à Nucla, n’est pas dérangée par cette loi:

«Bien que je vienne d’une culture différente où il n’y a pas d’armes, je ne vois pas le problème à Nucla. Si je vivais en ville, ces lois me dérangeraient. Mais pas ici, car il n’y a pas de fusillades.»

Marie Templeton, retraitée et historienne de la ville, possède un fusil qui lui a été offert par son mari pour son anniversaire. Elle l’expose fièrement devant l’objectif du photographe de Topic et du Guardian:

«Je suis sûre que les gens qui habitent dans les grandes villes ne se rendent pas compte de ce qu’une arme représente pour nous, qui vivons dans des petites villes. Pourquoi on se sert d’armes? Eh bien, on tue des serpents à sonnette, par exemple!»

Après les reptiles, Marie a un autre objectif dans le viseur: des cougars et des ours qu'elle a récemment vu rôder autour de sa maison...

À part les animaux, les habitants de Nucla n'ont cependant pas vraiment d'ennemis, car le taux de criminalité y est particulièrement bas. L’année dernière, un homme a été abattu alors qu’il tentait de tuer un shérif non loin de la ville. Mais avant cela, les derniers échanges de tirs qui ont eut lieu près de Nucla remontent à... 1986, lorsqu’un homme qui avait essayé de contenir une dispute conjugale avait été tué d’un tir de pistolet.

Se protéger du monde extérieur

Comme l’explique le Guardian, les habitants ressentent également le besoin de porter des armes pour se protéger de ceux qu’ils appellent «les libéraux des grandes villes».

Fondée par des communistes il y a plus d’un siècle, Nucla et sa population désormais républicaine regardent d’un œil inquiet leur avenir incertain. Auparavant prospère car portée par l’industrie minière et l’extraction de l’uranium, la ville ne vit plus aujourd’hui que de sa centrale à charbon, dont la fermeture est programmée pour 2022, ce qui laissera 80 personnes sans-emploi.

Les habitants, qui observent leur ville dépérir petit à petit, en veulent aux activistes et aux politiciens des grandes villes d’avoir fait fermer leurs mines d’uranium qui les faisaient vivre.

«Les emplois ont disparu depuis 25 ans et rien ne les a remplacés. Les administrations successives ont dit que les communautés comme la nôtre se régénéreraient, mais ce n’est pas le cas», affirme Richard Craig.

À Nucla, les habitants ne veulent donc compter que sur eux-mêmes. Ils entendent avoir la main sur ce qu’ils peuvent encore contrôler dans leur ville en plein déclin économique et démographique. Et pour eux, cela passe par un attachement sans bornes à leurs armes à feu, pour «se protéger du monde extérieur».

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