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Si Emmanuel Macron était un personnage de «Game of Thrones»

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 20.07.2017 à 11 h 30

Jon Snow comme Joffrey Baratheon sont arrivés à leur poste de manière inattendue et sont des modérés à penchants autoritaires.

Joffrey Baratheon et Jon Snow dans «Game of Thrones» et Emmanuel Macron, le 14 mai 2017, à l'Hôtel de ville de Paris. CHARLES PLATIAU / POOL / AFP.

Joffrey Baratheon et Jon Snow dans «Game of Thrones» et Emmanuel Macron, le 14 mai 2017, à l'Hôtel de ville de Paris. CHARLES PLATIAU / POOL / AFP.

Game of Trump ou Brexit Game of Thrones? Depuis ses débuts en 2011, la série tirée de la saga de George R.R. Martin a suscité des comparaisons avec notre monde politique ainsi que la fascination de certains de ses acteurs, au point que le leader de Podemos Pablo Iglesias lui a même consacré un livre. Voyez par exemple ce casting de la présidentielle américaine 2012 à la sauce Game of Thrones dont on ne sait aujourd'hui quelle partie paraît la plus datée entre les personnages de la série assassinés et ceux de la course à la Maison-Blanche battus...

Rien d'étonnant à cela: Game of Thrones est nourrie d'épisodes de l'histoire de nos pays, de la Guerre des Deux-Roses britannique à la malédiction des «rois maudits» en France. C'est aussi un jeu de massacre, extrêmement approprié à une époque où un ministre ou un député a l'espérance de longévité d'un invité du «Red Wedding». Une série «dégagiste», qui peut expliquer le comportement de ceux qui sortent aujourd'hui vainqueur de ce phénomène. Maureen Dowd, une des chroniqueuses-stars du New York Times, fait ainsi appel à Petyr «Littlefinger» Baelish et à Ramsay Bolton pour analyser les premiers mois au pouvoir de Donald Trump. Mais cette grille de lecture peut aussi marcher pour quelqu'un en apparence très éloigné du 45e président des États-Unis comme Emmanuel Macron –d'ailleurs, l'Élysée nous avait alerté lors de la récente Fête de la musique en faisant jouer en fanfare le générique de la série.

Comme il est jeune, les internautes fans de Game of Thrones le comparent à Joffrey Baratheon, le sale gosse qui devient roi de Westeros dans la première saison –pas au point de lui souhaiter de mal digérer son vin, quand même? Quant au général de Villiers, le chef d'état-major des armées poussé à la démission, il est le commandant de la garde royale humilié et poussé à une retraite forcée par Joffrey.


Un peu plus tard dans la série, le jeune roi lance à son grand-père Tywin Lannister sa propre version de «Je suis votre chef»:

«Je suis le roi! Je vais te châtier!
–Tout homme qui est forcé de dire “Je suis le roi” n'est pas vraiment roi. Je m'assurerai que tu comprennes cela quand j'aurais gagné ta guerre en ton nom.»

Pourtant, ce n'est pas à Joffrey Baratheon, pur héritier au sens dynastique du terme saisi d'accès de violence incontrôlée, qu'il faut comparer Emmanuel Macron. Un autre personnage, par ailleurs bien plus central à la série, fournit un meilleur point de comparaison: Jon Snow. Il n'est pas un baron local comme les chefs des grandes maisons. Il n'est pas non plus un conseiller de l'ombre comme Littlefinger, qui aurait probablement fait merveille sous notre Ve République. Il a hérité d'une éducation au sein d'un milieu privilégié et habitué au pouvoir (ENA-PS, Winterfell, même combat) mais a fini par être élu, un peu à la surprise générale, en le quittant (Marcheurs et membres de la Garde de nuit, même résultat).

Et s'est très vite, alors que beaucoup le jugeaient fadasse et sans charisme, livré à des accès d'autorité, voire d'autoritarisme. Dans la saison 5, il décapite Janos Slynt, un des officiers sous ses ordres qui refuse le commandement qu'il entend lui offrir («C'était un ordre, pas une proposition»). Dans le premier épisode de la saison 7, diffusé dimanche dernier, il affirme une nouvelle fois sa prééminence en contredisant ses conseillers qui lui demandaient de punir l'ensemble des maisons qui avaient trahi, pas seulement leurs leaders: «Voici ma décision, et celle-ci est sans appel», lâche-t-il en réintégrant les maisons traîtresses.

Une décision impitoyable, une autre indulgente. Jon Snow est prêt à faire couler le sang et «en même temps» il est modéré. Un vrai centriste autoritaire, en somme.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (940 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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