Monde

Des salons feutrés du G20 aux rues violentes de Hambourg

Temps de lecture : 5 min

Les 7 et 8 juillet, Hambourg accueillait le G20, réunion de concertation entre les «grands» dirigeants de ce monde. Comme à son habitude, ce raout a déchainé les passions, critiques et prises de position, sur place comme sur Twitter.

Affrontements à Hambourg au G20.
Affrontements à Hambourg au G20.

Contenu Partenaire - Par définition, les questions qui agitent le monde sont au menu d’un G20. Mais les changements politiques des derniers mois aux Etats-Unis comme en France ont changé la donne. Ils ont contraint les nouveaux et les anciens dirigeants à réévaluer les relations et les rapports de force. Le G20 d’Hambourg a ouvert la voie à des alliances nouvelles et a illustré les divergences des intérêts nationaux et les conflits personnels.

Rivalités personnelles

Plusieurs rendez-vous étaient attendus de pied ferme par les observateurs, au premier rang desquels l’entrevue Trump/Poutine. Et si «#Trump confie à propos de #Poutine, on s’entend très très bien»! Le Président russe ne tarit pas d’éloge sur son homologue («Le Trump qu’on voit à la télé est très différent du Trump réel»), laissant penser à certains twittos que le Russe «parie» sur Trump. La Twittosphère n’a pas la mémoire courte sur les accusations de trahison et d’allégeance du Président américain envers Moscou. Elle a souvent utilisé l’humour pour évoquer cette situation. comme cette caricature s’amusant du possible hacking des élections américaines «Trump et Poutine au #G20: amitié russo-américaine selon #Chapatte dans le New York Times».

Parmi les blagues, on peut mettre en avant celle-là: «Danse sur un volcan, au G20. #Trump et #Poutine comme au bon vieux temps de la guerre froide!» où les chefs d’état s’enlacent en dessin pour un pas de deux. Il y a eu également des intox démontées comme cette pseudo photo de dirigeants massés autour de Poutine, présenté comme un oracle: «Poutine maitre du monde? Le photomontage du G20 qui trompe beaucoup d’internautes». On peut ajouter les controverses comme la présence d’Ivanka Trump «non élue, mondaine, tollé autour d’Ivanka Trump qui a remplacé son père hier au G20».

Mais le G20 a surtout révélé des luttes de pouvoir et des rivalités personnelles. «Au G20, Trump snobe Merkel pour être à côté de Narendra Modi», la vidéo de cet évitement étant depuis devenue virale en Inde. On ne peut nier l'impact médiatique de la présence de Trump à Hambourg. Le Président américain a trusté les regards et les tweets deux jours durant, asseyant de fait un leadership qu’on lui contestait jusqu’alors, «donnant même une leçon de diplomatie à l’Occident» selon Atlantico.

Gérant sa communication, comme toujours, de façon très singulière, le Président américain a tweeté un étrange diaporama de son G20 («Donald Trump est tellement fier de son G20 qu’il en a fait… un diaporama musical»), sorte de pot pourri de son voyage à Hambourg qui n’a pas manqué de faire ricaner une partie des twittos («Quand le#G20HH2017 se résume à un diaporama bien kitchou pour #Trump, le genre que tu te farcis au mariage du cousin Fernand» ).

L’autre petit nouveau de ce G20 n’était autre que le Président français. Emmanuel Macron avait lui aussi besoin d’exister, et ses quelques prises de parole controversées n’ont pas laissé Twitter indifférent. Tout commence par ses propos concernant les «7 à 8 enfants par femme en Afrique» qui ont immédiatement déchainé les réactions. «Commencez par faire un enfant à Brigitte @EmmanuelMacron et vous comprendriez la richesse de la démographie», d’autres pointant «quel ignorant surtout! Les Africains des villes n’ont pas les moyens d’avoir autant d’enfants». Le parallèle a immédiatement était fait avec un de ces prédécesseurs à l'Elysée: «Macron insulte l’Afrique au nom de la France, au G20, avec la vieille théorie de la surpopulation africaine. Sarkozy sors de ce corps!». Si certains défendent cette lecture des problèmes africains («Bravo Macron. Vous avez totalement raison. En Afrique ça devrait être comme en Chine, un seul enfant par couple»), d’autres twittos s’indignent de cette vision en postant des photos de familles nombreuses WASP, sous-titrant leur tweet de «Un problème civilisationnel pour ne pas dire des noirs sous-éduqués. #Macron et les éléments de langage que du bonheur #G20».

Pour éteindre une polémique, rien de plus efficace que d'en créer une autre, ce que Macron a fait en établissant un lien entre réchauffement climatique et terrorisme. Là encore, emballement des réseaux sociaux. Pour Nadine Morano «le climat cause du terrorisme…totalement hors sujet! Ne comptez pas sur Macron pour combattre l’islamisme», tandis que d’autres affirment, articles scientifiques à la clé, que «oui, il y a un lien entre climat et terrorisme.#Macron #pensée complexe».

Après ces épisodes, Macron a marqué sa venue à Hambourg par une présence remarquée aux côtés de Trump, le Français ayant traversé tout l’aréopage des chefs d’Etat pour voisiner avec l’Américain sur la photo de groupe. «Cette vidéo cruelle où Macron tente de se glisser aux côtés du grand Trump» n’a pas échappé à la twittosphère. En dépit de la superficialité apparente d’une photo, elle en dit parfois beaucoup sur la réalité d'une situation, comme ce cliché du président turc isolé, assis à une table vide: «la photo résume tout. #Erdogan est seul au monde. #G20HAM17 ».

Dans les rues

Derrière les discours plus ou moins diplomatiques, les formules de politesse et les poignées de main, un autre G20 se déroulait à Hambourg, nettement moins policé. Dans les rues de la ville, comme dans d’autres avant elle (Gênes en 2001 pour un G7 ou Toronto en 2010 pour un G20), des affrontements violents ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre. Certains témoins évoquent ainsi «la rue du Roteflora qui ressemble à une scène de Mad Max #G20 #Hambourg», ou «#Allemagne. Pillage et saccage d’une pharmacie par des manifestants». Autant dire que les policiers n’ont pas été épargnés. «G20 à Hambourg: près de 500 policiers ont été blessés».

Face à cette déferlante violente, les réactions de la twittosphère sont tranchées dans un sens ou dans l'autre. Tandis que certains pointent la disproportion du traitement médiatique, «donc les journalistes parlent plus des vitrines saccagées par quelques dizaines d’abrutis que du monde saccagé par 20 abrutis #Hambourg #G20», ou «#G20 2 poids deux mesures. Syrie, Méditerranée, Yémen, Soudan face à Hambourg: abominable cette violence», les critiques sont nombreuses envers le Black Block. Cette forme d’action collective a soulevé l’indignation d’une majorité de twittos. «Les #blackblock ne s’attaquent jamais aux sièges ou aux patrons des multinationales… mais aux magasins d’artisans! Anti-capitaliste?».

Certains internautes vont plus loin, estimant qu’il s’agit «de terroristes à traiter comme des terroristes. Tirons dans le tas» et lorsqu’on demande leur avis à des réfugiés arabes, malheureusement habitués à la répression policière, ils estiment que «les émeutiers sont fous». Face à ces scènes d’émeutes, le magazine Bild va même jusqu’à demander l’aide de ses lecteurs pour identifier les insurgés, sollicitant une forme de délation: «G20 de Hambourg: Bild lance des avis de recherche et crée la polémique».

La fascination des médias pour les images choc et les scènes violentes a passé sous silence les manifestations pacifistes qui ont aussi marqué ces deux jours sous tension: «Ils manifestent pacifiquement et artistiquement au G20 et n’ont presque aucune couverture médiatique». Il y a eu des manifestations poétiques («derrière les images de violence, la poésie, l’art et la lutte») ou plus symboliques comme cette marche de zombies, «des morts-vivants défilent dans Hambourg pour symboliser l’apathie de nos sociétés face à l’hégémonie capitaliste». Twitter leur a donné un moyen d'exister.

Reste maintenant à panser les plaies d’une ville secouée par les affrontements. «Des milliers d’habitants remettent Hambourg à l’endroit après le G20», ce qui n’empêche pas «Hambourg de se réveiller groggy et en colère après le G20. Violence attisée par des populistes ici et là».

Après voir joué leurs cartes diplomatiques comme médiatiques, Macron et Trump laissent Merkel se débrouiller pour remettre la ville en ordre, pour mieux fêter chez nous le 14 juillet. C’est la scène imaginaire croquée par Placide et relayée par Twitter, «Hambourg dévastée par le G20», les Présidents français et américains, bras dessus, bras dessous assénant à la chancelière: «Encore merci Angela et surtout n’oublie pas: make a planet great again!».

Slate.fr

Newsletters

Voilà des années que je n'ai franchi un pont

Voilà des années que je n'ai franchi un pont

[BLOG, You will never hate alone] À la lumière de la tragédie de Gênes, j'ai une confession à faire: j'ai une peur panique des ponts. De tous les ponts.

Rien de ce qu’Omarosa dira ou fera n’a d’importance

Rien de ce qu’Omarosa dira ou fera n’a d’importance

Le flot constant de révélations sur le racisme et l'incompétence de Donald Trump fait paraître celles de son ex-conseillère, considérée comme une opportuniste sans principes, peu dommageables.

Un prêtre pédophile a été recommandé par son diocèse pour un job à DisneyWorld

Un prêtre pédophile a été recommandé par son diocèse pour un job à DisneyWorld

On l'apprend dans le rapport qui met en cause plus de 300 prêtres américains pour abus sexuels sur enfants.

Newsletters