Culture

La solitude m'est indispensable pour tenir tête au monde

Temps de lecture : 2 min

[Blog] Elle m'accompagne depuis toujours.

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old Home Place 1985 anoldent via Flickr CC License by

J'aime à être seul. Me tenir compagnie. Fuir la compagnie des hommes et me reposer loin de tout ce vacarme qui sied tant à la vie moderne. Retrouver le goût du silence, de l'introspection, du dialogue avec soi dans l'intimité d'un appartement où tout demeure à sa place, dans le parfait ordonnancement de pièces vouées à l'écriture, à la lecture ou à la simple rêverie.

Renouer avec l'essence des choses et partir là où personne ne peut venir vous déranger, loin, très loin de toute cette fureur du monde qui du matin au soir vous prend à la gorge, vous assaille, vous somme de la regarder en face, dans toute sa laideur hypocrite avec son chapelet de faux-semblants, de règles préétablies, de modes imbéciles qui vous jettent plus bas que terre et froissent votre dignité.

Se retirer du monde pour mieux le défier et imposer qu'il ne vous abîme pas de trop, qu'il vous laisse tranquille, qu'il cesse de vous importuner avec toute son agitation stérile, son fracas impétueux, son bruit harassant qui jamais ne cesse, jamais ne s'arrête, jamais ne s'accorde une pause et vous amène toujours à renoncer à ce que vous êtes vraiment, un être plein de blessures et de doutes qui a soif avant tout de lumière et de légèreté.

La solitude m'accompagne depuis toujours.

Même au plus fort de mon adolescence ou plus tard lors de mes années de jeunesse, quand je n'étais encore que bouillonnement furieux et désordonné, aspiration à prendre d'assaut ce monde qui me terrifiait autant qu'il me subjuguait, j'avais besoin de me retrouver seul avec moi-même, de rester de longues heures à ne rien faire, assis sur un banc ou allongé sur mon lit, tout à l'écoute de mon cœur inquiet qui se demandait encore et toujours le pourquoi et le comment de toute vie.

J'étais déjà sauvage, je sentais bien que je n'appartiendrais jamais vraiment à la société des hommes, qu'il me faudrait trouver un moyen pour cohabiter avec eux sans m'abîmer de trop, que mon existence ne ressemblerait jamais à une ligne droite tranquille qui me déposerait un jour au seuil de la vieillesse sans que je visse passer le temps, mais bien plus une lutte de tous les instants où à tout moment je risquais de trébucher si je ne prenais garde à écouter cette pulsation de mon âme qui me commandait d'être patient, obstiné et résolu dans mon besoin d'authenticité et de tranquillité.

Et ce goût et ce besoin de solitude ne m'ont jamais quitté.

Je la retrouve chaque après-midi quand je m'installe à mon bureau pour fixer mes vertiges, déverser mes colères, dire mes indignations, dans ce face-à-face avec moi-même qui me laisse à chaque fois insatisfait, désemparé, défait et qui est pourtant si essentiel à mon équilibre que je ne pourrais vivre sans.

La solitude n'est pas un abandon, c'est juste une parenthèse que l'on ouvre pour mieux se sentir vivant, pour tenter de retrouver le chemin de son moi, pour s'extraire de la folie du monde, du chaos des hommes et s'enfouir dans la plénitude de heures qui prennent le temps de passer, dans le parfait ravissement de minutes lentes à dérouler leurs secondes, parmi le silence d'une musique qui chuchote la douce mélodie d'un cœur enfin apaisé, enfin tranquille, enfin paisible.

Surtout la solitude n'est pas triste, bien au contraire. Elle est l'expression la plus pure, la plus juste de la joie intérieure, de cette pulsation de l'âme qui enfin prend le temps de s'écouter et decouvre, ravie, qu'elle n'est pas encore morte, qu'elle vit, pense, agit, par-delà les contigences de l'existence.

Au fond, la solitude est juste une respiration sans laquelle la vie serait un enfer.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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