Monde

Copenhague doit être la dernière des conférences sur le climat

Michael A. Levi, mis à jour le 23.12.2009 à 16 h 39

Tous les pays n'ont pas besoin de travailler ensemble pour résoudre le problème du réchauffement climatique.

Je ne sais pas si ce sont les adeptes du maître suprême Ching Hai qui se baladaient déguisés en poulets ou le fait de m'être lentement transformé en glaçon tandis que je faisais le pied de grue pendant sept heures pour entrer dans le Bella Center, mais quelque chose, ces dix derniers jours, m'a convaincu une fois pour toutes que les négociations des Nations Unies sur le climat n'aboutiront jamais à rien. Maintenant que les discussions de cette année sont derrière nous et que les observateurs essaient de comprendre ce qui s'est vraiment passé ici, une chose est sûre : le processus de l'Onu ne doit pas rester au centre des efforts mondiaux pour aborder le problème du réchauffement climatique.

Le problème structurel de ces discussions est clair depuis longtemps: il est difficile de trouver un accord entre 193 pays, et carrément impossible de négocier quand toutes les parties ont leur mot à dire. Mais tant les activistes que les diplomates et de nombreux analystes ont toujours insisté sur la nécessité de faire participer tous les États membres de l'Onu jusqu'au dernier. Le réchauffement climatique est un problème mondial, disent-ils, qui nécessite par conséquent une solution mondiale. D'ailleurs, le logo de la conférence de Copenhague montre un cercle parcouru de 192 lignes qui s'entrecroisent (il a été dessiné avant que la Somalie ne la rejoigne le 10 décembre). Ce motif est censé symboliser à quel point nous sommes interconnectés. En fait, on dirait juste une pelote de fil emmêlé.

Heureusement, le monde n'a pas besoin que tous ces pays travaillent ensemble pour résoudre le problème du climat. Les pays du G20 (les 19 plus grandes économies du monde et l'Union européenne) sont responsables d'environ 85% des émissions globales, et les États-Unis, l'Europe et la Chine en représentent à eux seuls quasiment la moitié. Les 100 plus petits pollueurs, en revanche, constituent à eux tous moins de 3% du problème. Ne gardez que les plus gros poissons et vous aurez une négociation bien plus rationalisée et efficace.

Combat de titans

Copenhague nous a donné un aperçu de la manière dont cela pourrait fonctionner. Après presque deux semaines d'émeutes et d'arrestations dans les rues, de disputes à peine productives entre des milliers de négociateurs et la menace d'un arrêt total des discussions, les principaux dirigeants mondiaux sont arrivés pour sauver la situation. Ce qui n'a pas empêché les différentes parties de rester dans l'impasse. La conférence a fini par se réduire à un combat spectaculaire entre deux participants : les États-Unis et la Chine. Tard dans la nuit, en présence des dirigeants du Brésil, de l'Inde et de l'Afrique du Sud, le président Obama et le Premier ministre chinois Wen Jiabao ont fini par accoucher des grandes lignes d'un texte final. Le résultat est un Accord de Copenhague important, mais limité. Et les autres participants n'ont guère eu d'autre choix que de s'accommoder de ce résultat.

Au cœur de ce combat de titans, il y avait le fait que les deux pays ne se font pas confiance -depuis Kyoto, la Chine ne croit plus que les États-Unis respecteront leurs engagements concernant les émissions internationales, tandis qu'aux États-Unis, rares sont ceux qui ont foi en les promesses de la Chine. Les dirigeants ont abordé ce problème en acceptant de créer un système international qui servirait à analyser les efforts de réductions d'émissions. À présent, ils doivent résoudre d'autres problèmes critiques, comme décider qui doit porter quelle partie du fardeau de la réduction des émissions de carbone. Une avancée vers des discussions en groupes de taille plus réduite ne réalisera pas cet objectif d'un seul coup, mais vaudra mieux que de laisser des débats cruciaux s'éventer dans une véritable pagaille impliquant 193 pays.

Une conférence qui a pourtant du mérite

Cela ne veut pas dire pour autant que l'initiative de l'Onu n'ait aucun mérite. Le conflit qui a opposé les États-Unis et la Chine ces deux dernières semaines visait, sous de nombreux aspects, à soutenir les pays les plus pauvres du monde. La Chine et quelques autres-comme le Brésil et l'Inde ont essayé d'échapper aux engagements de réductions d'émissions en se fondant dans ce groupe plus vaste. À leurs yeux, il ne faut pas accabler les pays en développement avec ce genre d'engagements. Les États-Unis ont réagi en proposant d'aider à lever 100 milliards de dollars par an afin d'aider ces pays -sous condition d'aboutir à un accord fructueux à Copenhague, dont la responsabilité reposait alors sur la Chine. Cela a eu pour effet de monter la majorité du monde développé contre Pékin et de faciliter la conclusion vers un accord final. Si ces pays plus pauvres n'avaient pas été présents lors des discussions, la Chine n'aurait peut-être pas été prête à faire des compromis.

Donc, la nature mondiale des discussions a aidé les principaux acteurs à négocier un accord. Mais notre succès, ou notre échec, à le faire réellement appliquer -et à réduire de façon plus significative nos émissions de gaz à effet de serre-dépendra des politiques nationales des principaux protagonistes. La coopération internationale devrait pouvoir renforcer ces efforts nationaux, mais ce genre de bricolage doit être adapté sur mesure aux plus grands pollueurs. Les États-Unis et la Chine, par exemple, doivent résoudre leurs désaccords sur les droits de propriété intellectuelle et les barrières douanières (les deux camps protestent qu'elles font obstacle au libre échange des principales technologies énergétiques propres). Ces dernières années, l'Inde, avec l'aide des États-Unis, a dû se replacer correctement dans le régime de non-prolifération afin d'avoir accès à la puissance nucléaire aux émissions proches de zéro. Ce genre de détail ne peut se régler au sein d'un groupe de 193 pays, où prévaut le plus petit dénominateur commun.

Le processus est en marche

Heureusement, deux forums ont commencé à émerger, au sein desquels de plus petits groupes de pays peuvent coordonner leurs politiques climatiques avec davantage de précision et de souplesse. Le G20 a récemment accepté de supprimer les subventions aux énergies fossiles, une démarche qui devrait réduire les émissions tout en consolidant les économies nationales. La Rencontre des économies majeures sur l'énergie et le climat, un groupe de 17 pays abordant exclusivement des problèmes énergétiques et climatiques, a initié un grand partenariat visant à renforcer la coopération dans le domaine du développement et de la diffusion des technologies propres. La démarche peut paraître un peu dérisoire comparée à la promesse d'un gigantesque accord mondial sur le climat destiné à sauver la planète. Mais si l'on se fie à ce qui s'est passé ces deux dernières semaines, ce genre de renversement spectaculaire semble encore très loin d'arriver.

Le processus enclenché par l'Onu ne s'arrêtera pas. Les futures conférences sur le climat, en appliquant l'accord convenu à Copenhague, pourront contribuer à assurer la transparence lorsque les pays prendront des mesures pour réduire leurs émissions, et serviront sans doute au moins à nous rappeler la gravité du problème. Mais il est difficilement imaginable de faire reposer de quelconques espoirs de sauvetage de la planète sur ces négociations trop collectives dans les années à venir. Si cela signifie que les poulets illuminés vont rester chez eux, c'est déjà ça.

Michael Levi

Traduit par Bérangère Viennot

Image de Une: Un graffiti près du Regent's Canal à Camden, Londres. REUTERS/Luke McGregor

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