Boire & manger

À Saint-Tropez, Byblos célèbre cinquante ans de fêtes et de luxe dans l'euphorie

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 16.07.2017 à 11 h 39

Le premier grand hôtel de la presqu’île reste au cœur de la folie tropézienne.

L'Hôtel Byblos à Saint-Tropez

L'Hôtel Byblos à Saint-Tropez

La haute saison a commencé dès l’Ascension et le printemps. Le mois de juillet voit déferler dans l’ancien village de pêcheurs cher à Signac et Colette les fidèles de Saint-Tropez: les touristes étrangers représentent 85 pays. Un exploit dans le Var.

Pour l’heure, le grand événement c’est le demi-siècle du Byblos, le premier grand hôtel de la presqu’île dont le port, les plages, les adresses hôtelières, les 800 boutiques de mode, les 250 restaurants sont devenus des destinations internationales. Six millions de touristes en juillet et en août, et quatre mille résidents hors saison –le Saint-Tropez d’hier.

Situé au cœur de la Cité du Bailli, le Byblos a beaucoup contribué à la magie tropézienne, à l’image festive de l’ancien port de pêche où la kyrielle de yachts sur le quai en face de Sénéquier ont remplacé les pointus (barques de pêche) et les embarcations familiales.

À deux pas de la place des Lices chère aux joueurs de boules, le Byblos est l’œuvre d’un hôtelier libanais, Jean-Prosper Gay-Para, un bâtisseur francophile, propriétaire de l’Excelsior à Beyrouth. Au Byblos, après deux ans de travaux pharaoniques, le Libanais entendait édifier un palais des Mille et une Nuits pour Brigitte Bardot dont il était amoureux –c’est la légende romantique.

Labyrinthe provençal

 

En mai 1967, le Byblos du nom d’un des plus anciens ports du Liban et les Caves du Roy, une boîte de nuit légendaire sous la piscine, sont inaugurés en grande pompe –Mireille Darc qui a tourné La grande sauterelle au Liban en est la marraine.

Sept-cents invités découvrent un établissement hôtelier hors normes, un enchevêtrement de maisons de couleur pastel, de places, d’escaliers, de terrasses, de coins et recoins: une sorte de labyrinthe provençal édifié autour de la piscine turquoise où le barman Tony faisait descendre, par un monte-charge, du vin frais ou du pastis aux baigneurs et naïades plongés dans l’eau fraîche.

Au Byblos, Jean-Prosper Gay-Para a inventé l’hôtellerie bohême où l’amitié, les rires, la joie de vivre sous le soleil, les nuits sans fin vont attirer une clientèle captivée par l’été à Saint-Tropez qui va devenir une station de vacances leader en France, rivale de Cannes et Nice. Le Byblos a façonné le mythe tropézien: sea, sex and sun. Il a peu vieilli.

Hélas pour le valeureux propriétaire, la guerre des Six Jours est déclarée en juin 1967 et Gay-Para doit renoncer à piloter le Byblos qui est vendu à Sylvain Floirat (1899-1963), industriel périgourdin aux multiples activités dans l’aviation (Matra) et les médias – il est propriétaire d’Europe 1, une machine à billets.

Ce sont ses héritiers, la famille Chevanne, qui vont gérer le Byblos, les Manoirs de Tourgéville sur les hauteurs de Deauville et la Réserve à Saint-Jean-de-Luz: trois hôtels de classe, pas plus.

Naissance du phénomène tropézien

 

Ah l’étonnant jeu de constructions! En contemplant le Byblos aujourd’hui –sur 17.000 mètres carrés– on est frappé par la situation particulière du palace cinq étoiles depuis 2012, à deux pas de la place des Lices, au cœur du village.

Les Chevanne ont pu, dès les années 1970-1980, étendre les surfaces à bâtir sur une ancienne usine de bouchons au bas de la colline. Il n’y avait rien qu’une villa 1900 et des terrains vagues rachetés et viabilisés.

À l’époque, la ruée sur l’immobilier n’était pas d’actualité. En cela, la famille propriétaire a été singulièrement visionnaire. Il fallait investir et parier sur l’avenir touristique de la Cité du Bailli qui n’avait que deux petits hôtels de charme: le Sube sur le port et la Ponche dans le vieux Saint-Tropez.

En clair, le Byblos est à l’origine de la magie tropézienne, de l’attractivité du village où Bardot a tourné Et Dieu créa la femme de Roger Vadim (1956). Le film, un énorme succès aux États-Unis, déclenchera le phénomène tropézien, des fêtes sur les plages commencées dans l’euphorie douce des parties privées dans les villas, et achevées au petit matin sous la houlette d’Eddie Barclay, aux Caves du Roy, l’archétype du night-club chic et mondain.

La nuit n’en finit pas et au Club 55, face à la mer, rendez-vous des noctambules, la dernière commande du déjeuner est fixée à 17h30 pour le melon jambon, la daurade des pêcheurs et la tarte tropézienne bien crémeuse.

Lancé en 1967 comme «le palace dans le vent», le Byblos dispose d’un restaurant au bord de la piscine, lit-on dans les publicités de l’époque. Une innovation jamais vue: les femmes croquent le pan bagnat et la salade niçoise en maillots de bains, les pieds dans l’eau. On est en pleine révolution des mœurs et de la liberté des femmes. Boris Vian, Sartre, Beauvoir et les Pompidou vont adopter Saint-Tropez.

Mick Jagger et les Beatles

 

Ainsi le Byblos a pu attirer la jet-set et le gotha. Les premiers habitués de l’hôtel se nomment Liz Taylor, Richard Burton, Duke Ellington, Romy Schneider, Charles Aznavour, Louis de Funès, Michel Polnareff, Gibert Bécaud… En 1971, c’est le mariage de Mick Jagger et Bianca Perez –une fête mémorable aux Caves du Roy– les jeunes mariés ont pour invités d’honneur les Beatles. Mais c’est Eddie Barclay qui a été l’empereur des Caves du Roy, un noceur au cœur d’or. Sa bande de copains vivait chez lui, dans sa somptueuse villa du Cap Camarat: Barclay reste l’icône de Saint-Tropez.

Le Byblos demeure le plus ancien hôtel international de la Cité du Bailli. En perpétuelle modernisation, il a maintenu son statut de leader –numéro 1 du Michelin 2017– parce qu’il na pas été intégré à un groupe genre Barrière ou Accor et qu’il est dirigé par la famille des origines. Et depuis 2006, par Antoine Chevanne, en totale concertation avec sa mère Mireille, une décoratrice née, et son père Sylvain, excellent homme d’affaires –tous trois décident ensemble des objectifs et des investissements. Ce sont eux qui ont fait le Byblos des années 2000.

Bel homme au regard perçant, le quinqua Antoine Chevanne est le contraire d’un fêtard couché à 7 heures du matin, il est titulaire d’un DEA d’Économie industrielle à Dauphine et a effectué un tour de France des grands hôtels: une initiation sur le terrain achevée au Royal Monceau du groupe Raffles actuellement.

Alain Ducasse et Vincent Maillard

Cash machine

 

C’est lui qui a engagé en 2001 Alain Ducasse pour le Spoon, premier restaurant de grande classe du Byblos –c’est aujourd’hui le Rivea, 170 places sous le ciel tropézien, une cuisine italo-méditerranéenne signée de Vincent Maillard, dix ans de maison, très apprécié de la clientèle étrangère du Byblos. Et c’est ce chef longiligne, ouvert et perfectionniste, qui pilote le restaurant de la piscine: salade bar (30 euros), des spécialités comme les beignets de courgette, la daurade marinée, le loup de mer (49 euros) – dernières commandes du déjeuner à 18 h 30 (pour les noctambules) et minuit trente pour le dîner avant le rush dans les Caves du Roy.

Salle du restaurant Rivea

Avec le temps et les trouvailles originales de Mireille Chevanne, les habitués sont d’une fidélité remarquable, 60% des résidents exigent la même chambre ou suite, toutes personnalisées – la vue sur les toits tropéziens, sur la plaine du Var très vert est privilégiée (chambres 606, 621, 511 et 611) toujours louées dès le début de la saison, en juin pour la clientèle étrangère, les Brésiliens en tête.

Veau, asperges et morilles au restaurant Rivea

La clientèle américaine reste majoritaire (30 %). Le cœur battant du Byblos demeure la piscine (chlore contrôlé) et le restaurant adjacent –600 personnes le weekend, c’est là qu’il faut être vu. C’est l’agora mondaine avant l’ouverture des Caves du Roy à minuit (26 euros la consommation) et pour le 50e anniversaire, le mathusalem de Dom Pérignon coûte 50.000 euros– et il n’y en aura pas pour tout le monde. En haute saison, les Caves refusent des centaines de clients le weekend. Une véritable cash machine.

En un demi-siècle, il y a eu 1.500.000 clubbers aux Caves superbement refaites et climatisées. Antoine Chevanne croule sous les demandes de franchises hors de France – les Caves de Saint-Tropez doivent rester uniques, comme l’hôtel au charme fou conçu par Prosper Gay-Para et achevé par les Chevanne (300 employés, un ratio égal à celui du Ritz de Paris).

La saison 2017 en pleine effervescence –le Byblos archi-complet– s’achèvera en partie le 28 septembre (les Voiles de Saint-Tropez au début octobre) par l’inauguration de la statue en bronze de Brigitte Bardot signée d’un sculpteur italien. Elle sera exposée en face du Musée de la Gendarmerie (150 000 visiteurs en 2016), la curiosité numéro 1 de la cité. La star et son mari ont validé l’esthétique de la statue, mais Brigitte ne sera pas là pour la présentation officielle par le maire Jean-Pierre Tuveri. BB, ex-épouse du playboy Gunter Sachs, mariée à la Ponche, reste confinée à la Madrague, icône éternelle de la Cité du Bailli.

• 20, avenue Paul Signac 83990 Saint-Tropez. Tél.: 04 94 56 68 00. Restaurant de la piscine et le Rivea supervisé par Alain Ducasse, dîners et soupers à partir de 80 euros. Rosé Terrebrune de Bandol extra. Directeur Stéphane Personeni, dix ans de maison. Chambres à partir de 420 euros selon la saison. Parking gardé.

L’Althoff Hôtel Villa Belrose a vingt ans

Entre le Golfe de Saint-Tropez et Gassin s’élève une demeure patricienne de 40 chambres, perchée sur la colline, au cœur d’une pinède de jardins paysagers (7.000 mètres carrés) d’où la vue panoramique sur la baie tropézienne reste le joyau de l’endroit. La mer aux reflets d’argent est devant vos yeux, c’est l’horizon liquide planté de yachts immobiles: un rêve méditerranéen qui vous laisse saisi et heureux d’être là.

Villa Belrose

On vient à Belrose pour cet emplacement unique tout de sérénité et de beauté. Un séjour, un weekend, de longues vacances vous ressourcent et font oublier le stress et les tracas urbains. Cette villa des années 1970 fait du bien au corps et à l’âme, piscine chauffée de 200 mètres, fitness, SPA, centre de beauté et soins haut de gamme. M. Althoff, le propriétaire, est un grand hôtelier allemand qui a façonné sa villa high class avec un goût, une sorte d’excellence qui mérite un coup de chapeau. Belrose, dirigé par Robert van Straaten, directeur d’expérience, est privatisable, une folie pour 21 000 euros – mariages et séminaires.

Pietro Volontè et Robert van Straaten à la Villa Belrose

En cuisine, l’italien Pietro Volontè, né à Côme, vient de l’Eden de Rome et du Trianon à Versailles où il a progressé grâce au chef étoilé Simone Zanoni, aujourd’hui au George V, le restaurant italien du Four Seasons de Paris. Au restaurant du Belrose, il panache la cuisine de la mer et des spécialités italiennes: la queue de homard à la pastèque vinaigrée (62 euros), le carpaccio de bonite à la pêche et verveine (42 euros), le filet de Saint-Pierre poêlé sauce champagne (41 euros). Le répertoire pourrait être simplifié, épuré: de la camomille et une gelée de Sauternes avec les asperges au caviar, c’est trop, et les fraises des bois au basilic sur le risotto Vialone, pourquoi charger la préparation?

De l’épure, de la simplicité, aurait dit le maestro Joël Robuchon, chef à Monaco. Et puis les tarifs sont cinglants, le porc à la purée d’ail sauce marsala à 60 euros, le prix d’un menu décent au Girelier sur le port.

L’étoile Michelin est quand même là, peut-être pour les pâtes au pistou (26 euros) au déjeuner près de la piscine, et le service féminin au dîner, si agréable dans la nuit douce face à la Grande Bleue: un enchantement loin de la foule des badauds en goguette.

• Boulevard des Crêtes 83580 Gassin. Tél.: 04 94 55 97 97. Menus italien à 135 euros, de la mer à 145 euros, dégustation à 155 euros. Carte de 120 à 150 euros. Bon petit déjeuner. Chambres rénovées à partir de 410 euros. Forfaits trois ou cinq nuits. Une adresse mémorable.

 

Une sélection d’hôtels à Saint-Tropez

Le Château de la Messardière

Un palace cinq étoiles isolé sur les hauteurs, un parc de 12 hectares, des chambres et suites disséminées dans les bâtiments roses, terrasses sur la mer et le parc aux essences rares: un isolement bienfaisant pour le repos et le farniente. Déjeuner au bord de la piscine, dîner chic sur le promontoire face au paradis vert. Clientèle fidèle de tous pays.

• 2, route de Tahiti 83990 Saint-Tropez. Tél.: 04 94 56 76 00. Chambres à partir de 600 euros.

La Bastide de Saint-Tropez

Le seul relais & Châteaux de la cité des pêcheurs, quatre bâtiments autour de la piscine, table étoilée et grand confort.

• 25, boulevard des Antiboul 83990 Saint-Tropez. Tél.: 04 94 55 82 55. Chambres à partir de 730 euros.

Les Palmiers

Place des Lices, une villa rose au cœur de la cité, ouverte toute l’année. Prix humains.

• Boulevard Vasserot. 83990 Saint-Tropez. Tél.: 04 94 97 01 61. 25 chambres à partir de 159 euros.

L'Hôtel Sube

Le plus ancien hôtel de Saint-Tropez, sur le fameux quai de Sénéquier, face à la parade des yachts, pris d’assaut par les amoureux de la presqu’île. Un site unique.

• 23, quai du Bailli Suffren 83990 Saint-Tropez. Tél.: 04 94 97 30 04. Ouvert dès la fin mars. 25 chambres à partir de 200 euros.

Le Mas de Chastelas

Une agréable maison provençale bien située, au calme dans un parc avec piscine. Des fidèles toute la saison, les plages tout près.

• Quartier Bertaud 83580 Gassin. Tél.: 04 94 56 71 71. Chambres à partir de 420 euros.

Nicolas de Rabaudy
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