Monde

Les mails de Donald Trump Jr. prouvent qu'il y a bien eu collusion entre Trump et la Russie

Michelle Goldberg, traduit par Peggy Sastre, mis à jour le 12.07.2017 à 7 h 38

Si le scandale de l'ingérence russe a été jusqu’ici un océan de mensonges, de fausses-pistes et de ouï-dires, nous y voyons enfin clair.

Donald Trump, Jr., lors de la convention républicaine à Cleveland, Ohio.
JIM WATSON / AFP

Donald Trump, Jr., lors de la convention républicaine à Cleveland, Ohio. JIM WATSON / AFP

Enfin, nous l'avons, la preuve tant attendue dans le scandale trumpo-russe. Le corps du délit est apparu dans une étrange flambée de tweets postés par un membre de la famille Trump. Mardi matin à l'heure américaine, visiblement au courant que le New York Times s'apprêtait à publier un article sur ses échanges avec un intermédiaire russe, Donald Trump Jr. a lui-même dévoilé l'historique des mails incriminés. Difficile de saisir les raisons d'un tel geste. Est-ce qu'il pense que la transparence lui permettra de minimiser la gravité des messages? Si c'est là la stratégie de Trump –essayer de berner le pays en faisant croire que ces révélations ne sont pas fracassantes ni édifiantes–, alors tous les Américains un tant soit peu sensés se doivent de réagir.

La preuve

L'échange numérique débute avec Rob Goldstone, l'agent d'un chanteur par ailleurs fils d'un oligarque russe proche de Donald Trump. Goldstone contacte Trump Jr. pour lui proposer des informations mettant en cause Hillary Clinton:

«Ces informations sont évidemment très sensibles et de la plus haute importance, mais elles traduisent le soutien que la Russie et son gouvernement assurent à M. Trump –ainsi qu'à Aras et Emin», écrit Goldstone.

(Aras Agalarov est un oligarque avec lequel Trump avait un jour projeté de collaborer pour construire une Trump Tower à Moscou. Emin Agalarov est son fils, pop-star en Russie). La réponse de Trump Jr.:

«[S]i c'est ce que vous dites, j'adore, surtout pour plus tard cet été».

Une conversation que rejoignent ensuite le beau-frère de Trump Jr., Jared Kushner, et le directeur de campagne de Trump, Paul Manafort –Trump Jr. leur transfère l'intégralité des messages– pour préparer un rendez-vous avec une «avocate du gouvernement russe», comme l'écrit Goldstone. Cette juriste est Natalia Veselnitskaya, avec laquelle Trump Jr., Kushner et Manafort s'entretiendront le 9 juin 2016, dans un bureau de la Trump Tower.

Que Veselnitskaya leur ait ou non fourni des informations lors de cette entrevue est accessoire. L'échange démontre que la campagne de Trump était disposée à se faire aider par la Russie pour nuire à la campagne de Clinton. Une aide qui se concrétisera dans le courant de l'été, lorsque la Russie dévoilera les mails piratés de l'équipe de Clinton. Une révélation survenue trois jours après la modification, par la campagne de Trump, du programme républicain: désormais, fournir des armes à l'Ukraine en conflit avec la Russie n'était plus à l’ordre du jour.

L'acceptation de l'intervention d'une puissance extérieure

Dans le scandale trumpo-russe, il y a toujours énormément de choses que nous ne savons pas. Nous ne savons pas ce que l'ex-conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, a pu dire lors de sa conversation téléphonique avec l'ex-ambassadeur russe Sergueï Kislyak. Mais on sait que cette conversation a poussé Sally Yates, ex-procureure générale adjointe des États-Unis, à estimer que les Russes avaient de «réels moyens de pression» sur Flynn. Nous ne savons pas pourquoi, en décembre, Kushner a rencontré un banquier russe très proche du Kremlin. Nous ne connaissons pas les détails de son projet d'établir un canal de communication avec le gouvernement russe, indétectable par les renseignements américains. Nous ne savons pas si les informations électorales piratées obtenues par la Russie ont profité à la campagne de Trump, notamment dans son démarchage sur internet.

Mais nous en savons suffisamment pour affirmer sans l'ombre d'un doute que la campagne de Trump a accepté –par écrit et avec ardeur– l'aide d'une puissance étrangère hostile. Nous savons que des membres de l'équipe de campagne de Trump ont menti, à plusieurs reprises, sur leurs liens avec des agents du gouvernement russe. Nous savons que le gouvernement russe a la mainmise sur Trump Jr. et Kushner, vu qu'il peut révéler leurs mensonges à tout moment.

Ne pas s'habituer

Il est encore trop tôt pour savoir si cette nouvelle bombe sera suffisante pour que les Républicains en charge du Congrès décident de faire autre chose que les gros yeux. Mais il incombe au reste des Américains de ne pas laisser leur inaction nous paralyser dans un sentiment d'impuissance. Au cours des six derniers mois, atroces, de la présidence Trump, nous avons souvent eu l'impression d'être les fameuses grenouilles mortes de n’avoir pas vu l'ébouillantage arriver. Nous avons beau résister de toutes nos forces, difficile de ne pas nous acclimater à des comportements politiques jadis intolérables: Trump et son mercantilisme éhonté, Trump qui vire le directeur du FBI, Trump qui transmet des informations classifiées à la Russie, Trump qui transforme les États-Unis en paria mondial. Trump et ses alliés espèrent probablement que cette dernière révélation rejoigne la caravane des couleuvres à avaler parce que nous n'avons pas d'autre choix. Peut-être pensent-ils pouvoir nous assommer et nous faire croire que ces mails n'ont rien d'une preuve accablante...

Et c'est là une petite raison d'espérer. Jusqu'à présent, l'hypothèse que des cadres haut-placés de la campagne Trump aient pu fricoter avec la Russie pour garantir l'élection de Trump souffrait d'un problème de plausibilité. Qu'importe l'empilement de faits inexplicables, le portrait général d'un Trump en pantin de Poutine semblait trop gros, trop farfelu, trop sorti d'un roman d'espionnage de supermarché. Beaucoup de gens étaient découragés à l'idée de devoir touiller dans un océan de mensonges, de fausses-pistes et de ouï-dires pour y trouver la vérité. Mais aujourd'hui, la brume se dissipe et nous y voyons enfin clair. Des membres du premier cercle de Trump ont voulu pactiser avec la Russie, et le sentiment d'impunité les étouffe tellement qu'ils l'ont écrit noir sur blanc dans un mail collectif. Sans le moindre scrupule, ils se sont alliés avec une puissance étrangère hostile aux dépens de leurs concitoyens. La grande question qui se pose désormais est la suivante: les Républicains du Congrès vont-ils les imiter?

Michelle Goldberg
Michelle Goldberg (7 articles)
Journaliste à Slate.com
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