Science & santé

«Je ne digère pas que mon copain m'ait jugée pour avoir eu des plans cul avant lui»

Lucile Bellan, mis à jour le 17.07.2017 à 17 h 44

Cette semaine, Lucile conseille S., une jeune femme en colère après avoir reçu un texto offensant.

Jeune femme | par Emile Munier via Wikimedia CC License by

Jeune femme | par Emile Munier via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

J’ai 25 ans et depuis quelques mois, je sors avec ce garçon. Si au départ je ne savais pas forcément si cette histoire serait sérieuse ou non, aujourd’hui, j’ai des sentiments et je les lui exprime (c’est-à-dire que je lui dit que je l’aime).

Seulement voilà il y a quelques jours, au cours d’une soirée avec des amis, après avoir bu quelques bières nous avons commencé à parler de nos expériences passées et j’ai donc dévoilé que j’avais connu «plus de 3 plans cul» dans ma vie. Jusque-là rien de bien grave.

C’est le lendemain matin que tout se gâte. À mon réveil, je constate que j’ai reçu un SMS de mon chéri au milieu de la nuit. Celui-ci me fait comprendre qu’il est très gêné de savoir que j’ai eu plus de 3 aventures sans lendemain, que lui ne comprend pas comment on peut apprécier ce genre de pratique et que cela lui fait peur. Il doute, a besoin d’être rassuré et souhaite que l’on discute.

Il me rejoint donc chez moi le soir pour qu’on parle de tout ça. J’ai passé la journée à relire son SMS en boucle n’aimant pas vraiment ce que j’y comprenais. À son arrivée nous sommes gênés et finalement tout ce qu’il trouve à me dire c’est «Je m’en veux, je suis nul, laisse tomber, c’est pas grave».

Sauf que si en fait. Parce qu’il m’a jugé.

Bien qu’il y ait mis des grandes phrases et utilisés de grands mots son texto voulait dire: «En fait, je viens de me rendre compte que t’es une fille facile (pour ne pas dire autre chose) et du coup je m’demande si tu vas pas me tromper avec le premier type qui passe.»

Et ça, je ne digère pas.

À ma demande, nous en avons reparlé. Je lui ai exprimé mon mal-être vis-à-vis de ce jugement. Il s’est à nouveau excusé, il a écouté et compris mon point de vue. Pourtant, c’est comme si maintenant, quelque chose entre nous était différent, cassé. Je n’arrive pas à me sortir ce SMS de la tête et le jugement qui en découlait. Et cet épisode ne fait que mettre en lumière un second «problème»: On ne voit/vit pas l’amour de la même manière.

Lui c’est un passionné; quand il aime, c’est tout de suite avec un grand A, les feux d’artifice, les «la femme de ma vie» et une attitude que je qualifierais «de lover».

Moi je suis plus pragmatique; mes sentiments sont aussi sincères que les siens mais quand je lui dis bonne nuit je ne lui souhaite pas «de beaux rêves étoilés», je lui souhaite juste de beaux rêves. Si j’ai régulièrement des marques d’affection romantiques pour lui (photos de nos initiales dans un cœur dans le sable, mots doux laissés chez lui…), je ne suis pas dans une «kawaii attitude» au quotidien.

Mon côté pragmatique est donc pour lui une justification des doutes qu’il pourrait avoir. J’ai l’impression que parce qu’il est le passionné et moi la pragmatique, c’est à moi de faire les efforts et cela me fatigue.

S

Chère S,

Chacun exprime son amour comme il l’entend et vous ne semblez pas négliger votre partenaire de ce côté donc des reproches sur cette question seraient hautement malvenus. Par contre, concernant votre passé, il semble que votre compagnon ait largement dépassé les limites. C’est malheureusement un classique, d’une banalité à pleurer. Certains hommes ne supportent pas de ne pas avoir été «les premiers», «le seul et l’unique», celui pour lequel on aurait préservé sa petite fleur pendant des années. Cet état de fait hypocrite a conduit des femmes à réfréner leur désir, minimisant leurs besoins et leurs envies, de peur de passer pour des «filles de mauvaises vies». D’autres passent sous silence leur passé, que ce soit pour un amant ou pour dix.

Ce reproche, en plus d’être extrêmement passéiste, est aussi profondément injuste. Il ne vient jamais à l’idée des femmes de reprendre le passé de leur compagnon point par point pour ensuite leur reprocher les expériences accumulées avant de les rencontrer. Il est même bien vu pour un homme d’avoir cumulé les histoires, afin d’être un meilleur amant. Tandis que les femmes ne seraient optimales qu’immaculées.

Être le premier ne permet aux hommes que de préserver leur égo de la comparaison avec d’autres hommes. Comme pour tout, moins la femme en sait, plus elle est malléable.

Bien sûr que lire de telles inepties en 2017 me révolte. Parce que je suis une femme, avec un chemin de vie qui m’est propre et que je n’imagine personne d’autre que moi pour me reprocher tel ou tel passage. Il n’est non plus écrit dans aucun texte de loi que le sexe doit obligatoirement être pratiqué par deux adultes ayant impérativement des sentiments amoureux.

Vous le savez déjà S, personne n’est en droit de vous juger. C’est votre vie, votre corps, votre passé, l’histoire qui vous a conduit à être la personne que vous êtes aujourd’hui. S’il n’est pas prêt à l’accepter, c’est son tort. De votre côté, vous avez le droit d’être choquée du regard qu’il a posé sur vous, et en droit d’avoir besoin de temps pour décider si oui ou non vous êtes prête à continuer l’histoire avec lui. Vous pouvez encore lui pardonner si ses remords sont véritables et que ses excuses sont sincères. Vous pouvez aussi décider que c’est la goutte d’eau, que ce n’est qu’une preuve de plus de vos différences. La suite est entre vos mains. Je vous souhaite pour ma part de partager votre vie avec quelqu’un qui vous respecte pleinement, accepte votre parcours et sait apprécier la personne que vous êtes devenue aujourd’hui. 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (169 articles)
Journaliste
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