Monde

Les candidats à la Maison-Blanche n'ont pas toujours accepté de mystérieux coups de pouce

Grégor Brandy, mis à jour le 11.07.2017 à 17 h 33

En 1992 et en 2000, les équipes de George H.W. Bush et d'Al Gore avaient refusé des documents qui auraient pu leur faciliter la route vers la présidence.

Donald Trump Jr. et son père, le 7 novembre 2016, à Manchester, dans le New Hampshire. MANDEL NGAN / AFP.

Donald Trump Jr. et son père, le 7 novembre 2016, à Manchester, dans le New Hampshire. MANDEL NGAN / AFP.

Les révélations continuent de s'enchaîner sur la collusion possible entre Donald Trump et la Russie. Le New York Times a révélé un nouveau lien, cette fois-ci entre l'équipe de campagne du candidat républicain et une avocate russe, Natalia Veselnitskaya, en rapport avec le Kremlin. Donald Trump Jr., l'un des fils de Trump, Jared Kushner, son gendre, et Paul Manafort, alors son directeur de campagne, l'ont rencontrée en juin 2016 alors que les primaires républicaines venaient de s'achever et que Donald Trump était quasi-assuré d'être le candidat du parti à la présidentielle.

Le New York Times assure que Donald Trump Jr. avait accepté de la rencontrer car elle lui promettait des informations compromettantes sur Hillary Clinton, alors quasiment certaine d'obtenir l'investiture démocrate. Donald Trump Jr. a finalement reconnu que cette rencontre a bien eu lieu, et qu'elle concernait effectivement Hillary Clinton.

«Cette femme a indiqué qu'elle avait des informations portant sur le fait que des individus en lien avec la Russie finançaient le Comité national démocrate et soutenaient Mme Clinton. Ses déclarations étaient vagues, ambiguës et insensées. Aucun détail ou information confirmant ses propos n'ont été fournis ou même offerts. Il est rapidement devenu clair qu'elle ne disposait d'aucune information importante.»

Depuis, le New York Times a également révélé qu'avant cette rencontre, Donald Trump Jr. avait été informé par e-mail que les documents qu'allaient lui offrir l'avocate russe faisaient partie de la campagne du gouvernement russe afin d'aider la candidature de son père. Ce 11 juillet, le quotidien a également publié des extraits d'emails dans lesquels Donald Trump Jr. écrit que «si c'est ce que vous dites, j'adore ça, particulièrement pendant l'été».

Pour le quotidien, tout ceci constitue «la première indication publique qu'au moins certains membres de l'équipe de campagne de Donald Trump étaient prêts à accepter l’aide de la Russie».

Inenvisageable par le passé

Ce point-là est particulièrement sujet à polémique au sein du monde politique américain. Le Huff Post a ainsi interrogé plusieurs stratèges républicains qui ont travaillé sur de nombreuses campagnes (parfois des présidentielles), et aucun n'aurait participé à un tel entretien, assurent-ils.

Sans même parler d'aide de la part d'une puissance étrangère, tous les coups de pouce ne sont pas les bienvenus lors des campagnes présidentielles. C'est d'ailleurs ce que notait un journaliste de FiveThirtyEight dans le dernier épisode du podcast politique du site.

«Si des Russes avaient contacté Hillary Clinton et lui avaient proposé de lui fournir cette information, rien ne permet de dire qu'elle aurait accepté. D'ailleurs, en 2000, l'équipe de campagne d'Al Gore avait reçu un paquet envoyé anonymement qui contenait des éléments de préparation du débat de George W. Bush, et elle l'a donné au FBI. Rien ne montre qu'ils [les membres de l'équipe de Trump] auraient dû accepter cette rencontre. Je ne sais pas si c'est légal ou non. Mais ils auraient pu gérer ça de nombreuses façons.»

Une cassette de préparation et 200 pages

En 2000, le camp démocrate avait effectivement reçu un colis envoyé anonymement. À l'intérieur se trouvaient environ 200 pages de documents et une vidéo de préparation au débat présidentiel qui devait opposer George W. Bush à Al Gore quelques semaines plus tard. Un membre de l'équipe de campagne d'Al Gore, Thomas Downey, avait commencé à regarder la vidéo avant de réaliser au bout d'une minute ce qu'elle contenait et de contacter son avocat, qui avait remis la totalité des documents au FBI.

Thomas Downey avait ensuite préféré ne pas jouer le rôle de George W. Bush lors de la préparation du débat présidentiel.

«J'ai dit à l'équipe de campagne qu'il n'était probablement pas approprié que je joue le rôle de Bush, et ils ont accepté. Peu importe qui a envoyé cette vidéo pour essayer de me piéger ou de m'aider. La bonne chose à faire était de ne pas conserver ce paquet.»

Quelques mois plus tard, Al Gore s'inclinera, et George W. Bush deviendra le 43e président des États-Unis.

Pousser au crime

Huit ans plus tôt, en 1992, le camp Bush (le père cette fois-ci) avait également dû gérer une telle affaire. Lors de cette campagne, le candidat indépendant Ross Perot s'était lancé dans une théorie complotiste qui voulait que les Républicains aient mis en place un plan pour mettre son bureau sur écoute, raconte alors le New York Times. À l'époque, Perot assurait qu'une source venait de lui fournir des plans du bâtiment dans lequel se trouvait son bureau et «des numéros de téléphone qu'ils voulaient mettre sur écoute».

«M. Perot dit avoir remis ces documents aux autorités, qui lui ont demandé de réaliser un enregistrement de sa voix qu'elles pourraient utiliser comme appât pour un piège. Le FBI a confirmé en août qu'il enquêtait sur ces accusations et avait proposé les enregistrements au directeur de campagne de M. Bush au Texas, Jim Oberwetter [contre 2.500 dollars]. Celui-ci a refusé et a prévenu le FBI.»

Jim Oberwetter avait été particulièrement agacé par cette tentative de la part du FBI de le pousser au crime, mais avait résisté à cet attrait, comme l'avait alors félicité le président Bush. Une attitude très éloignée de celle dont ont apparemment fait preuve des membres de l'équipe de campagne de Donald Trump.

Cet article a été mis à jour après la publication d'extraits d'emails de Donald Trump Jr. par le New York Times.

 

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