L'attitude de Sarkozy face à la crise inquiète les libéraux
Le chef de l'Etat ferait le lit de la gauche en critiquant le capitalisme financier et les bonus des patrons.
- Sarkozy, ici entre les deux tours de l'élection, avait fait campagne sur une thématique libérale. REUTERS/Charles Platiau -
Les libéraux se rebiffent. Ils avaient cru trouver leur homme en Nicolas Sarkozy, un ami des patrons, décomplexé sur les questions d'argent. Ils se retrouvent face à un Président qui brandit l'Etat comme le seul bouclier contre les dérives du capitalisme. Et crient à l'arnaque. La raison de leur grogne: l'attitude du chef de l'Etat face à la crise. Leur poulain se serait transformé en espèce de Che Guevara apôtre des nationalisations.
Dans les couloirs du Palais-Bourbon, de nombreux députés UMP s'inquiètent sous couvert de l'anonymat: à force de s'en prendre aux bonus des actionnaires et de fustiger les abus du patronat, le Président ferait, selon eux, le lit de la gauche. Eux, ce sont les libéraux de la majorité, anciens UDF ou RPR, qui ont suivi sans ciller un Nicolas Sarkozy qui a fait toute sa campagne de 2007 sur le slogan «travailler plus pour gagner plus». Ils ont applaudi les premiers pas du gouvernement (paquet fiscal, assouplissement des 35 heures) mais depuis le début de la crise, ils tremblent à chaque nouvelle déclaration du Président.
Premier motif de désaccord: la rapidité avec laquelle Nicolas Sarkozy est grimpé au créneau. «Il a voulu être le premier à réagir comme d'habitude, m'a confié un parlementaire. Il a surjoué la crise alors que celle-ci n'était pas encore arrivée en France et cela a eu pour effet de tétaniser les investisseurs». Autre reproche: les sorties à répétition du locataire de l'Elysée sur les bonus. S'ils admettent que le recours à l'Etat était indispensable pour éviter un effondrement du système bancaire, les libéraux de la majorité tiquent devant la nationalisation rampante dans le cadre de la fusion entre la caisse d'Epargne et la Banque populaire. Plus largement, c'est la condamnation au plus haut sommet de l'Etat du capitalisme financier qui leur fait froid dans le dos.
Elu avec une sauce gaulliste-libérale
Alors, Nicolas Sarkozy aurait-il trompé son monde? Ne serait-il en fait qu'un gauchiste qui s'ignore? Certains, à droite et dans les milieux proches du Medef, ne sont pas loin de le penser. L'actuel Président a pourtant toujours été un libéral bon teint. Pas à la Alain Madelin dont il moquait les excès mais à la manière d'un Edouard Balladur dont il a été ministre du Budget de 1993 à 1995. C'est en partie avec cette sauce gaulliste-libérale qu'il s'est fait élire.
Voulant marquer sa différence avec les deux mandats de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy avait séduit sur la double thématique sécuritaire et libérale: revalorisation du travail, soutien aux entrepreneurs à base de baisse des charges, chasse aux fonctionnaires. Vu d'aujourd'hui, le thème de la rupture se révèle n'être qu'un slogan de campagne. Le briseur de tabous d'hier s'est transformé en l'espace de quelques semaines en un ardent défenseur des vieilles structures étatiques. Deux ans après son élection, on en est loin. Certains à droite voient dans ce revirement l'influence de son épouse Carla Bruni qui n'a jamais caché ses sympathies pour la gauche. Il semble, plus sérieusement, que Nicolas Sarkozy soit frappé par le syndrome de l'Elysée. Face à la réalité économique, à la pression des syndicats et au poids de l'opinion, il a mis une sacrée dose d'eau dans son vin libéral.
Au plus bas dans les sondages deux ans à peine après avoir été élu, il veut chercher à reconquérir le cœur de ses électeurs déçus.
Erosion de la cote de popularité du chef de l'Etat
Cette évolution inquiète jusque dans les rangs même du gouvernement. «Le discours de Sarko est simplifié sur le terrain, constate un secrétaire d'Etat. Dans les circonscriptions, ce qu'on en retient c'est "à bas les actionnaires", "à bas les entrepreneurs", c'est très mauvais et cela déroute nos électeurs». Il en veut pour preuve l'érosion de la cote de popularité du Président. Quitte à entendre un credo social et étatique, les électeurs préfèrent se tourner vers l'original, la gauche, plus crédible sur ses sujets que la droite: «Sur le terrain de la critique du capitalisme, la gauche a une longueur d'avance sur nous. On se retrouve à sa remorque. Nous sommes en train de perdre la bataille idéologique or les défaites idéologiques préfigurent souvent les défaites électorales».
Par comparaison, Silvio Berlusconi en Italie, qui avait un profil similaire à celui de Nicolas Sarkozy, ne souffre pas de la même baisse de popularité que son homologue français. Mieux: il gagne les élections. L'explication est toute trouvée pour les libéraux: le Premier ministre italien a attendu que la crise arrive dans son pays pour s'exprimer et il est resté droit dans ses bottes concernant sa politique économique.
Circonstance aggravante pour Nicolas Sarkozy d'après les libéraux: son acharnement à pratiquer l'ouverture. La récente nomination de Jack Lang comme conseiller spécial es Cuba est très mal passée à l'UMP. «Notre électorat dégueule, assure un député. Lang est pour la droite un chiffon rouge. Ceux qui ont voté pour nous craignent que ce soit désormais la gauche qui nous dicte notre politique». Lors du dernier bureau national de l'UMP, de nombreux responsables du parti ont failli s'étrangler en voyant l'ancien socialiste Eric Besson assis à droite du secrétaire général Xavier Bertrand. «Il est chargé du Think Tank, c'est-à-dire de nous fournir des idées, c'est une aberration quand on se souvient que c'est lui qui a fait l'argumentaire anti-Sarko pendant la campagne», m'a lâché l'un d'eux.
Si les libéraux tirent la sonnette d'alarme, ils se contentent pour l'instant, de le faire anonymement. Nicolas Sarkozy tient encore très bien ses troupes. Mais jusqu'à quand?
Ariane Istrati
Image de une: Nicolas Sarkozy en Che Guevara. © Zorrodeconduite
Mis à jour le 06/03/2009 à 15h54






































Nicolas Sarkozy trouble effectivement son électorat par sa dérive à gauche. Au départ du quinquennat, l'ouverture peut se comprendre puisqu'il s'affirme président de tous les Français mais les postes offerts sont trop prestigieux pour ne pas subodorer une dérive et une mise à l'écart des personnalités de son parti tout aussi capables.
La crise financière est arrivée. Pour autant, sa prise de parole a été peu critiquée car les médias et l'opposition étaient demandeuses de prise de position rapide. Mais, le président de la république en bute à une gauche et un MODEM en opposition systématique et facile, voit son message de campagne complètement brouillé. En outre, le martèlement de discours négatifs et anxiogènes de la gauche comme sait bien le faire Mme Royal avec des termes forts comme souffrance, victimes etc... forment une gangue qui semble le paralyser.
Le départ de Cécilia ex Sarkozy a eu des effets insoupçonnés mais rapidement perceptibles qui ont également été négatifs sur la personne de Nicolas Sarkozy. Déjà le choix de Cécilia des vacances sur un yacht, le Fouquet's ont été une erreur majeure de communication. Son départ a provoqué un désœuvrement, une dépression chez cet homme qui s'appuyait sur la seule personne en qui il avait toute confiance. La période bling-bling en est l'illustration. Elle marque le début du désamour des Français qui se sont sentis floués. Elle marque également les incohérences dans la politique de Nicolas Sarkozy
Aujourd'hui, il essaie de tenir tout en faisant passer des réformes, certaines connues et polémiques. D'autres moins mais liberticides comme celle sur Internet. Pour arriver à ses fins, en fin pragmatique, il n'hésite pas à marchander avec les syndicats, l'opposition en choisissant des hommes ou femmes de gauche, en privilégiant des accords onéreux mais ayant la préférence des syndicats ou du P.S.
De plus, malgré les dénégations, Carla Bruni Sarkozy donne son avis, son sentiment du moins. Ainsi il y a eu le cas Marina Petrella, Batisti. Elle veut du temps pour le couple, ce qui donne des weekends à la neige, au Brésil, au Mexique très mal perçus dans un pays en crise qui voit son président non pas comme un Tché mais comme un monarque décomplexé.
Bref, Nicolas Sarkozy est inclassable, virevoltant mais se retrouve malgré tout le dos au mur, acculé à accepter certaines choses pour tenir tout en ayant perdu l'adhésion car il ne fait pas ce qu'il dit, il fait ce que la rue veut, il fait ce que la rue ne voit pas !
Enfin, l'UMP et ses militants passent pour de gentils godillots sans cervelle, des perdants incapables de conserver leur mandat. Cette image réductrice ne peut conduire qu'à un désamour durable et revanchard.
Le constat est pour l'instant très moyen et risque de se déteriorer encore car Nicolas Sarkozy pense qu'il peut tout se permettre au prétexte qu'il travaille ! Mais discourir est-ce travailler?
Le syndrome élyséen touche toujours celui qui n'arrive au Château que par amour du pouvoir plutôt que par amour de la France !
Au coin les libéraux avec le bonnet d'âne et autant de lignes à recopier que les peuples auront de milliards à débourser pour espérer redresser la situation : "je demande pardon à la planète et à tous ceux que la crise atteint dans leur dignité humaine" "je demande pardon à...".
Il faut déblayer le terrain : au coin les marxistes (on le sait depuis novembre 1989) et au coin les ultra-libéraux. Qu'émerge une voie (avec un e) de la raison qui trace l'avenir entre les chimères du collectivisme et celles du tout-marché, qui sache concilier développement durable et humanisme. Intellectuels au boulot pour définir une "politique de civilisation". Ne pas le comprendre c'est ne rien comprendre à ce qui tombe sur la tête de l'honnête homme. Au coin les mauvais élèves, à commencer par les députés UMP libéraux.
Interessant mais je ne suis pas sd'accord sur 3 points :
1. l'influence de Carla Bruni, 'de gauche'. C'est faire beaucoup de cas de son influence...
2 Sarkozy a toujours été un libéral bon teint : faux. Justement, c'est le grand malentendu de l'election de 2007. Qu'il ait un discours 'liberal bon teint', peut-etre, mais la realité jacobine est remontée rapidement a la surface. On est pas ministre de l'Interieur pour rien, ça aurait du en avertir plus d'un. Donc non, oubliez le 'Sarko libéral' il n'existe pas, s'il a jamais existé. Sarkozy est un véritable crypto-étatiste qui s'ignore peut-etre, mais il l'est.
3. un parcours similaire a celui de Berlusconi : non. Sur la forme un peu exubérante peut-etre mais ça s'arrete là. Berlusconi est un chef d'entreprise depuis les années 60, bien loin du parcours de Sarkozy.
"L'attitude de Sarkozy face à la crise inquiète les libéraux"
La belle affaire. Elle inquiète aussi Parisot et le Medef? La belle affaire.
Comme tout responsable politique, Obama, Brown et Merkel, Sarkozy a compris que le monde doit et va changer, inéluctablement.
Un chef d'état, contrairement à un patron, est responsable de la gestion d'un pays et il serait irresponsable de ne pas voir que la révolte gronde.
Bien sûr elle était là depuis un moment, alimentée par des injustices croissantes, mais comme la machine semblait tourner à plein régime, on remettait à plus tard le début de réflexion sur les excès de l'ulra-libéralisme.
Maintenant que le roi est nu, il ne sert à rien d'avoir un cache-sexe pour masquer son impuissance.
Le pragmatisme étant une doctrine philosophique consistant dans la justification de l'idée par ses effets, quand ceux-ci sont désasreux, nos dirigeants sont bien inspirés de vouloir réformer le capitalisme.
Et tant pis pour nos amis libéraux qui n'ont décidément pas compris ou va le sens de l'Histoire.
Les libéraux auraient torts de s'inquiéter de l'attitude de Sarkozy:
Ce qui plombe aujourd'hui le libéralisme, ce n'est pas le discours de Sarkozy, ce sont les effets du capitalisme financier sur l'économie mondiale...
Ce qui a déçu les électeurs, ce n'est pas que Sarkozy ait changé de discours, c'est qu'il leur avait vendu lors de l'élection un modèle économique qui s'est effondré quelques semaines plus tard.
Et enfin, ils surestiment l'influence de Sarkozy sur l'économie : «Il a voulu être le premier à réagir comme d'habitude, m'a confié un parlementaire. Il a surjoué la crise alors que celle-ci n'était pas encore arrivée en France et cela a eu pour effet de tétaniser les investisseurs». Ce parlementaire a besoin de redescendre sur terre. Ce n'est pas le président qui a tétanisé les investisseurs, c'est la faillite de Lehman Brothers.
Alors je comprends bien que les parlementaires UMP aient des problèmes d'identité. Mais qu'à cela ne tienne, dans l'immédiat et en attendant des jours meilleurs, ils n'ont qu'à faire comme Sarkozy et se renier comme si de rien n'était. Ils ne risquent pas plus que Sarkozy de faire le lit de la gauche. Pour que les électeurs puissent se tourner vers la gauche, il faudrait qu'elle soit audible et pour l'instant on en est encore loin.
Le courage de l'ANONYMAT une honte et on voit combien ses députés et autres sont accrochés à leur fauteuil SANS HONNEUR.
Le pire un député à priori dit "notre électorat dégueule" belle image!!! et quel électeur????
Les messieurs COURAGES ANONYMES DEVRAIENT tout d'abord démisionner.
Concernat le MEDEF, je suis particulièrement outré du manque de citoyenneté de Mme PARISOT par ces temps difficiles mais également par son souhaite de ne pas vouloir une moralisation du capitalisme.
Messieurs les "Anonymes" vous confondez les purs et durs de droites qui de tte façon voteront à droite ou au pire blanc et ceux qui ont élus NS et qui attendent une moralisation du capitalisme.
La France politique est EXTREMEMENT DECEVANTE par ses petits jeux noirs.
comment peut-on penser qu'un chef d'Etat a réagi trop tôt, ce qu'il ne faut pas lire et entendre... Et qui a pensé une seconde que la France allait devenir un vrai pays libéral, les électeurs ont-ils écouté les discours de Gaino ? Pas les patrons du MEDEF et c'est inquiétant quant à leur lucidité. Gaino est insupportable par son côté homme du sud maurrassien, espèce encore trop nombreuse, mais il semble avoir prouvé son utilité de pare-feu. Le français aime l'Etat, les libéraux essaient de bouger les lignes, la crise les arrête.Les italiens détestent l'Etat, d'où le succès de Berlusconi . La comparaison France-Italie est inopérante : c'est tout juste si l'Italie est un Etat. C'est un peuple et un pays, un Etat...
Le message est difficile à faire passer : déréguler les administrations inutiles et obsolètes, réguler la nouvelle économie.Il faut aussi un dirigeant, et pour l'instant Sarkozy n'est pas terrible dans sa communication, et sa ministre de l'économie une catastrophe. Qui a dit qu'on parlait d'un Etat comme d'un cabinet d'avocat ?
Ces libéraux de l’UMP, à l’instar de certains élus du GOP américain, proposent une analyse purement idéologique de la crise. Les Etats des pays développés ont failli à leur mission de régulation et d’équilibre de la société en laissant la finance organiser son propre suicide par ses dérives et ses débordements (subprimes et titrisation notamment) . Ces Etats aujourd’hui se reprennent pour tenter d’éviter le naufrage, mission qui est non seulement de leur responsabilité, mais aussi qu’ils sont rigoureusement les seuls à pouvoir assumer. Ils ont raison de le faire. En écho à ces libéraux, les idéologues de l’autre bord n’hésitent pas à proclamer, face à la crise actuelle, que « Marx avait vu juste… » ; bientôt 20 ans après la chute du mur !
Je suis persuadé qu’il faut se garder de ces dérapages idéologiques, en demandant à l’Etat de jouer son rôle de garant de l’équilibre de la société, n’intervenant que lorsque cet équilibre est menacé par l’inventivité financière, à distance appropriée de Keynes et de Friedman en fonction des circonstances et de la situation.
A cet égard, au delà d’une nécessaire mise en cohérence des politiques de relance, la difficulté va être, pour les Etats du G20, de proposer un projet crédible de régulation financière planétaire. Ce n’est pas acquis, mais c’est le seul moyen de laisser entrevoir un retour possible de la confiance dans le système, dans un délai raisonnable, condition incontournable pour sortir de la crise.
ils sont bien gentils ces libéraux avec leurs discours décalés: mais si les Etats, en France, en Grande Bretagne ou ailleurs,si tous ces états avaient attendu je ne sais quoi ou qui, il est permis de se demander où nous en serions aujourd'hui!!!
Si nous sommes dans cet état de décrépitude de l'économie mondiale, c'est justement à causes de ces dogmes libéraux qui affirmaient la bouche en coeur et le mépris en bandoulière que "l'Etat n'est pas la solution, il est le problème"... Alors ces messieurs dames de l'ultra libéralisme, qu'ils sortent de leurs dogmes. Quant au président, si il a changé pour plus de réalisme personne ne s'en plaindra... Quant à sa côte de popularité mesurée par les sondages, il devrait s'asseoir dessus. On sait que les sondages, quand ils sont confrontés à la réalité, c'est à dire aux votes, sont bien souvent à côté de la plaque... Il suffit d'avoir un peu de mémoire... Sondeurs, journalistes et politiques devraient relire l'article de P. Bourdieu: "l'opinion publique n'existe pas"!!!!
Un an après, l'inquiétude est toujours aussi forte. Ne se reconnaissant pas dans les partis présents, les libéraux appellent à voter pour le célèbre pamphlétaire Frédéric Bastiat. A lire sur http://collectifantigone.wordpress.com
Merci pour ce lien qui au travers d'Antigone met en évidence la dimension religieuse du libéralisme.
Je comprends mieux pourquoi les doctrines des libéraux continuent à prospérer alors que leur échec est devenu patent.
Il y a longtemps que nous ne sommes plus dans le domaine de la raison, mais dans celui de la croyance.
Ce qui est par contre plus inquiétant, c'est que comme tous les intégristes religieux qui proclament la suprématie de la loi de Dieu sur celle des hommes, ils pronent la désobéissance vis à vis de l'état et le mépris de la démocratie.
Il faut rappeler à ces rois Créon qui nous gouvernent, de gauche comme de droite, qu’ils n’ont pas le droit de violer les Droits naturels des individus.
Il faut remettre l’Etat et ses gouvernements de droite comme de gauche à sa juste place.