Roissy CDG, le «Guantanamo» des taxis
À l’aéroport de Roissy, taxis officiels excédés et «clandés» se disputent le privilège d’être le premier contact avec la France du voyageur.
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A l'énoncé d'une localité du «9-4», le conducteur ne peut réprimer une grimace. Trop près, pas assez bien payé. Après avoir poireauté des heures dans la «base arrière» du terminal 3 de l'Aéroport Charles De Gaulle à Roissy, il rêvait d'une course dans les Hauts-de-Seine, au pire le 17e arrondissement parisien. Une course à 80 euros au minimum, beaucoup plus s'il y a des bagages, un embouteillage voire un gros pourboire. Là, il doit se contenter d'un peu plus de 40 euros, une misère après l'enfer qu'il vient de vivre. Le trajet se passe alors, au mieux, dans un silence pesant; au pire, le chauffeur parle ostensiblement avec ses collègues au téléphone souvent dans une langue que le passager comprend juste assez pour réaliser que ce jour-là il est profondément haï pour habiter aussi près de l'aéroport.
Le chauffeur de taxi cordial et de bonne humeur à Roissy est presque aussi rare qu'un RER qui arrive sans encombre à l'aéroport. «Que voulez-vous monsieur, on a attendu des heures parqués comme des animaux. Et en bas, c'est Guantanamo», confie l'un d'entre-eux. Le mot est lâché: Guantanamo. C'est comme ça que les chauffeurs de taxi ont rapidement surnommé la base arrière où ils doivent patienter avant de monter les rampes vers les queues de clients à la sortie des terminaux.
Tribus
A cause des grillages qui entourent cet immense parking flanqué d'un hangar près du terminal 3 mais aussi de toutes les mesures de sécurité qui l'entourent (présence policière, traçage électronique...). A cause d'une certaine ambiance, aussi. Ici, les jeux de hasard des Asiatiques côtoient les tapis de prière des musulmans. Globalement, même si une certaine solidarité existe quand il s'agit de faire face aux policiers ou de chasser le «clandé», le taxi clandestin, on reste entre soi. On se regroupe sur une base ethnique, on forme des tribus: les «Asiats», les Gaulois, les Africains et les Maghrébins. On parle sa langue, on s'échange des tuyaux, on se méfie des autres...
Et puis, il y a l'attente - interminable certains jours. «Parfois j'ai attendu jusqu'à quatre heures», se plaint un autre chauffeur de taxi. La moyenne se situe entre une heure et trois. Une attente que les taxis espèrent donc rentabiliser avec une «grosse course». De toute façon, disent-ils, c'est mieux que d'errer à Paris pour une course d'une dizaine d'euros.
Bagarre
La liste des doléances des taxis de Roissy est longue comme les queues d'attente devant les terminaux. Il y a tout d'abord cette logistique qu'ils qualifient d' «infernale» mise en place par les Aéroports de Paris (ADP) pour les canaliser. Un dispositif qui malgré - ou à cause - de sa sophistication technique laisse des brèches géantes dans lesquelles s'engouffre la concurrence déloyale des taxis clandestins et des conducteurs de sociétés de grande remise (qui font des transports de personnes à la demande). Ils en veulent aussi aux policiers qui «plutôt que de s'en prendre aux clandés leur cherchent des noises», à eux, qui ont choisi de travailler dans les règles de l'art. Contrôles tatillons, surveillance... En septembre 2009, une grosse bagarre a éclaté entre représentants des forces de l'ordre et conducteurs de taxis à Charles De Gaulle. Il y a eu des interpellations, un tir de flash-ball... Depuis, la tension est là, palpable.
Il faut dire que le phénomène des taxis clandestins fait désormais partie du paysage de la capitale, que cela soit dans Paris intra-muros ou aux abords des aéroports. À Paris, c'est une brigade d'une douzaine de policiers, les «Boers», qui sont chargés de les traquer, à Charles De Gaulle, c'est une section de la Police des airs et des frontières, la «PAF», qui tente de les dissuader d'exercer. En tout, il s'agirait de quelque 200 clandestins. Mais c'est un jeu permanent du chat et de la souris à l'issue souvent incertaine pour les policiers. «Pour que l'on puisse interpeller en flag, il faut que le passager joue le jeu, qu'il reconnaisse qu'il a embarqué dans un taxi illégal. Or, le plus souvent, il se déclare cousin du conducteur...», témoigne l'un d'entre-eux. Oui, car les clandés chassent le plus souvent sur un terrain «ethnique», ils jouent la solidarité, la confiance avec des compatriotes - des «pays».
«Bizness»
Ainsi des Africains font le pied de grue à la sortie des vols en provenance du continent Noir, des Slaves attendent les vols de Moscou, etc. Et de plus en plus de personnes parlant hébreu sont postées aux vols en provenance de Tel-Aviv agitant des pancartes improvisées. A eux se mélangent des chauffeurs en costume trois-pièces qui font tinter leurs clefs: ils conduisent des limousines de grande remise et trafiquent leur ordre de mission pour ne pas revenir à vide. Leur point commun: ils ne font pas la queue comme les taxis officiels et leurs tarifs sont toujours supérieurs. Une cinquantaine d'euros à Paris, le double de l'aéroport, une arnaque qu'ils ont le talent de présenter comme une aubaine au client. Outre des compatriotes un peu paumés, ils ciblent aussi l'Américain, par définition «riche et naïf». Un «bizness» qui rapporte, certains allant même louer des voitures pour le pratiquer, racontent les policiers. La loi prévoit une grosse amende et au pire une peine de prison avec sursis. Mais c'est uniquement la menace de la saisie du véhicule, leur «instrument de travail», qui peut vraiment faire peur à ces hors-la-loi du macadam, disent encore les flics.
Jusqu'à l'affaire Bruno Cholet, du nom de cet ancien chauffeur de taxi accusé du meurtre d'une étudiante suédoise qu'il avait embarqué à la sortie d'un boite de nuit à Paris fin septembre 2009, le phénomène des taxis clandestins restait dans le domaine des arnaques et autres «délinquances astucieuses». Mais cette histoire dramatique a jeté une lumière plus inquiétante sur le phénomène, peut-être à tort vu le profil «très chargé» de l'ex-chauffeur de taxi.
Dans l'immense majorité des cas, la piqûre du taxi clandestin se limite à une note salée. Et s'ils existent et prospèrent, c'est que la demande est toujours là. Pour preuve, le manège des «clandés» n'a jamais vraiment cessé à Roissy, au grand dam des taxis officiels. La meilleure façon d'identifier un faux taxi d'un vrai reste le racolage: le vrai n'a pas le droit de sortir de son véhicule pour accrocher le client, c'est le client qui vient vers lui. Toujours est-il que, vu le quotidien des taxis officiels à l'aéroport de Roissy, c'est le «clandé» qui a des chances d'être plus sympathique... Plus cher et moins sûr aussi.
Venir en France est, pour beaucoup, le rêve d'une vie. Il faut juste espérer que ce voyage pas comme les autres ne commence mal, dès l'aéroport de Charles De Gaulle.
Alexandre Lévy
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Image de Une: Chauffeurs de taxi en grève près de l'aéroport Charles de Gaulle, REUTERS/Antoine Gyori
Mis à jour le 23/12/2009 à 8h47











































Le 9-4 ça ferait plutôt une belle course, c'est à l'opposé de Roissy, du côté d'Orly l'autre aéroport Parisien, au delà des hauts de seine ou du 17ème...
L'auteur devrait réviser sa géographie.
Quant aux problèmes des taxis, il faudrait voir aussi du côté du système antédiluvien des "plaques" et des grosses boites qui font marner leurs chauffeurs.
Pour l'instant, personne n'a su trouver de solutions à ces vrais problèmes, ce qui fait que les clients cherchent des taxis libres longtemps à des prix plus élevés que dans d'autres grandes capitales.
D'ou la tentation d'utiliser des taxis clandestins.
En attendant, aucun taxi ne veut vous prendre à Roissy pour une course très courte et rapide, par exemple pour vous déposer dans une zone de l'aéroport mal desservie par les transports publics.
Le "Guantanamo" des voyageurs qui doivent se rendre ou quitter cet aéroport vaut bien celui des chauffeurs de taxi.
Mais si l'auteur veut parler d'un vrai Guantanamo, il se situe à CDG, pas loin du Terminal 3, et s'appelle "centre de rétention".
Il n'est pas rare de se voir refuser l'accès à un taxi à l'aéroport si le taxi juge la course peu intéressante. Et pour se rendre à l'aéroport lorsque, comme moi on habite en banlieue sud et qu'on veut se rendre à Orly, il faut commander un taxi pour "Roissy", et seulement une fois démarré, dire "oh! pardon, je me suis trompée, en fait c'est Orly!
Au retour, inutile même d'essayer... je me suis déjà fait sortir de force d'un taxi, et mettre la valise sur le trottoir après que, rendue méfiante par l'expérience, je n'ai annoncé ma destination qu'une fois installée dans la voiture.
Je fais partie de ceux qui bénissent les "clandestins" seuls souvent à accepter la course... et contrairement à ce que dit l'article, souvent nettement moins chers que les officiels (cela dit, ils ne payent pas les taxes, impôts, etc)... il ne manqueraient plus qu'ils soient plus chers!
Il se sont enferrés (guidés par les grosses sociétés de taxis?) dans la défense des privilèges et règlements, face à une demande réelle (type taxis londoniens) et une offre clandestine réelle et efficace.
A refuser de changer, on subit les changements, rarement dans son propre intéret !