Monde

Libération de Mossoul: «Je suis venue raconter ce qui s'y passe, mais ce qui s'y passe me submerge»

Temps de lecture : 2 min

Le Premier ministre irakien a proclamé la victoire des troupes gouvernementales sur celles de l'organisation État islamique, après neuf mois de bataille qui ont coûté la vie à des milliers de civils et provoqué des centaines de milliers de déplacés.

À Mossoul, le 9 juillet 2017. AHMAD AL-RUBAYE / AFP.
À Mossoul, le 9 juillet 2017. AHMAD AL-RUBAYE / AFP.

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a proclamé, dimanche 9 juillet, la victoire des troupes gouvernementales sur celles de l'organisation État islamique à Mossoul, principal bastion des djihadistes dans le pays, après neuf mois de bataille. Neuf mois de combats qui ont coûté la vie à des milliers de civils et provoqué des centaines de milliers de déplacés. Mardi, un des envoyés spéciaux du Figaro témoignait des conditions de vie apocalyptiques dans la vieille ville, où avaient lieu les derniers combats:

«À quelques centaines de mètres des ruines de la mosquée, la bataille continue dans un décor d'apocalypse. [...] De ce décor de fin du monde surgissent de chaque maison conquise des dizaines et des dizaines d'habitants, pris au piège des combats depuis des semaines. Hagards, titubant dans ce paysage ravagé, gris de poussière, ils sortent des décombres par groupes ou par familles.»

Libération publiait au même moment un long reportage aux côtés des habitants qui parvenaient à s'échapper:

«Chaque jour, dès que l’armée progresse, des habitants sortent. Ils ne sont parfois que quelques dizaines, parfois plusieurs centaines. Ils apparaissent au détour d’une venelle ou au sommet d’un tas de gravats. Ils trébuchent, se soutiennent, portent les plus vieux et les blessés. Ils n’ont que quelques sacs. Ils s’arrêtent pour saluer les soldats ou détournent le regard.»

Les images de la vieille ville sont d'une grande violence –un observateur a comparé son état à celui de Stalingrad pendant la Seconde Guerre mondiale, ce qui expliquerait d'ailleurs la résistance des troupes de l'EI. Les témoignages sont tout aussi poignants, à l'image de celui de

Karin Huster, une infirmière pour Médecins sans frontières en Irak, a publié dans le New York Times un long récit de la situation des populations civiles de la ville, prises entre les exactions commises par l'EI, qui les retenait comme bouclier humain, et les bombardements des forces irakiennes. Un enfant a vu son père brûlé vivant dans un bombardement. Un grand-père ses petit-fils, deux bergers, gravement blessés par un sniper de l'EI –seul le cadet survivra. Des parents nourrissaient leurs enfants d'eau sale et de poudre de blé.

«Un nombre inconnu d'habitants, des milliers, est encore piégé à Mossoul, écrivait Karin Huster, deux jours avant la libération de la ville. Les gens qui ont réussi à s'échapper décrivent une situation désespérée. [...] Quand les combats s'arrêteront, j'ai peur de ce que nous découvrirons. J'ai peur que ce jour de répit arrive trop tard pour les nombreux hommes, femmes et enfants, trop faibles et épuisés pour survivre.»

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