Monde

Le G20 de Hambourg prouve que Poutine a retrouvé toute sa place

Daniel Vernet, mis à jour le 09.07.2017 à 10 h 30

Le président russe, qui a rencontré son homologue américain pendant plus de deux heures, a montré qu'il était redevenu un partenaire incontournable pour la solution des problèmes qu’il a parfois lui-même contribué à créer.

SAUL LOEB / AFP.

SAUL LOEB / AFP.

Vladimir Poutine en est à son quatrième président des États-Unis. Comme chef de l’Etat ou chef du gouvernement, il a, depuis 2000, connu Bill Clinton, George W. Bush, Barack Obama et enfin Donald Trump. Les deux hommes se sont rencontrés pour la première fois, le vendredi 7 juillet à Hambourg, à l’occasion du G20. Pour la première fois selon la version officielle, du moins. Lors d’un entretien à la télévision avant la campagne électorale, Donald Trump s’était vanté d’avoir déjà serré la main du maître du Kremlin. Aujourd’hui, il fait mine de l’avoir oublié.

En tous cas, «c’est mieux que de se parler au téléphone», lui a dit d’emblée Vladimir Poutine, qui a ensuite expliqué, lors d'une conférence de presse, que «le Trump qu'on voit à la télé est très différent du Trump réel». Les deux dirigeants des deux plus grandes puissances nucléaires ont eu leur aparté pendant que leurs collègues du G20 abordaient le sujet du climat. C’est dire que le président russe n’y accorde guère plus d’importance que son homologue américain.

Depuis que Vladimir Poutine est au Kremlin, les relations avec les présidents américains commencent plutôt bien. Lors de leur première rencontre, George W. Bush avait même lu «au fond de son âme» et conclu que c’était un gars auquel on pouvait faire confiance. C’est ensuite que les choses se gâtent.

Divergences d'intérêt

Avec Donald Trump, la lune de miel avait commencé dès avant son élection. Le magnat de l’immobilier apparaissait comme le candidat du Kremlin face à une Hillary Clinton détestée à Moscou. Les médias russes ne tarissaient pas de louanges à son endroit et entrevoyaient une nouvelle ère pour les relations entre les deux pays. Non parfois sans quelque malice. Leur président ne ferait qu’une bouchée de ce néophyte.

Les officiels russes étaient plus prudents. Ils enregistraient certes avec satisfaction les déclarations amicales à l’adresse de Vladimir Poutine du candidat puis du président-élu qui apprécie les hommes forts, son scepticisme vis-à-vis d'une Otan déclarée «obsolète», son désir de coopérer dans la lutte contre le terrorisme y compris en Syrie, ses propos ambigus sur la Crimée… Mais ils savaient qu’au-delà des bonnes paroles, les divergences d’intérêt entre la Russie et les Etats-Unis demeuraient et que la proximité prêtée entre l’équipe de Donald Trump et Moscou était plus un handicap qu’un atout pour des raisons de politique intérieure américaine.

L’ingérence des services russes dans l’élection présidentielle américaine a d’ailleurs été un des premiers sujets abordés par les deux chefs d’État lors de leur rencontre de Hambourg. Vis-à-vis de son opinion publique, Donald Trump ne pouvait pas l’éviter même s’il ne croit pas aux conclusions de ses propres services de renseignement. Sans surprise, Vladimir Poutine a nié toute intervention dans la campagne. Selon les sources russes, Donald Trump a «accepté» le démenti de son interlocuteur; selon les sources américaines, il a maintenu ses doutes. Les Russes expliquent ces accusations par la russophobie qui régnerait dans les médias américains. «Est-ce que c’est ceux-là qui vous offensent?», a d’ailleurs lancé Vladimir Poutine à Donald Trump en désignant les journalistes autorisés à assister à leur poignée de mains.

«Probablement vital pour la résolution de nombreux conflits»

Dans cette rencontre, le président russe poursuivait un seul objectif: affirmer le statut de la Russie comme puissance mondiale à l’égal des Etats-Unis. Le fait qu’elle ait eu lieu était déjà un petit succès, renforcé par la durée de l’entretien, deux heures et quinze minutes au lieu de la demi-heure prévue, preuve que le président américain prend au sérieux son dialogue avec Moscou.

Sur le fond, il ne fallait pas en attendre grand-chose. Les deux parties avaient réaffirmé, à la veille du G20, des positions intransigeantes sur la plupart des sujets à l’ordre du jour. Toutefois, pour souligner la bonne atmosphère de la rencontre, les deux chefs d’Etat ont annoncé un cessez-le-feu dans le sud-ouest de la Syrie, dans la région de Deraa. Des forces régulières syriennes soutenues par des Russes et des Iraniens y combattent des éléments de l’opposition modérée conseillés par les Américains. Ce cessez-le-feu, de toutes manières précaire, était en germe depuis plusieurs jours. C’est au moins un signe de bonne volonté de part et d’autre alors que le bombardement d’une base syrienne par des missiles américains, le 7 avril, après l’utilisation de gaz contre la population civile par les forces de Bachar el-Assad, avait tendu les relations. Selon Vladimir Poutine, il est «clair pour tout le monde que, sur le problème syrien et le Moyen-Orient en général, il ne peut y avoir de progrès sans un travail constructif conjoint [avec Washington]».

À propos de l’Ukraine, Poutine et Trump ont convenu que les États-Unis apporteraient leur contribution à la mise en œuvre des accords de Minsk. Sur la Corée du nord, qui vient de tester un missile balistique capable d’emporter une tête nucléaire d’une portée susceptible de toucher le territoire américain en Alaska, les deux présidents sont restés sur leur position. Donald Trump souhaiterait que Vladimir Poutine convainque Xi Jinping d’accentuer les pressions sur Pyongyang. Le Russe, qui a pris soin de recevoir à Moscou le président chinois avant le sommet de Hambourg, appelle les deux parties à la retenue et soutient au contraire le point de vue de Pékin: un gel concomitant du programme nucléaire nord-coréen et des manœuvres militaires communes américano-sud-coréennes. Tous doivent bien admettre qu’ils ont peu de moyens de pression sur Kim Jong-un.

Peu importent finalement les désaccords ou les sanctions maintenues voire aggravées contre la Russie. L’essentiel a été résumé par le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Preskov: «Ce dialogue [américano-russe] est probablement vital pour la résolution de nombreux conflits.» Il paraît loin le temps où, au sommet du G20 de 2014, à Brisbane en Australie, le président russe avait précipitamment quitté la réunion, humilié par les bouderies de ses collègues. À Hambourg, invité spécial d’Angela Merkel, il a retrouvé toute sa place, celle d’un partenaire incontournable pour la solution des problèmes qu’il a parfois lui-même contribué à créer.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (430 articles)
Journaliste
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