Monde

Pour des journalistes russes, la couverture américaine des affaires Trump-Poutine vire à «l'hystérie»

Repéré par Juliette Mitoyen, mis à jour le 09.07.2017 à 9 h 01

Beaucoup dénoncent une absence de preuves et la place disproportionnée prise par le sujet.

Le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Putin se rencontrent en parallèle du sommet du G20, le 7 juillet, à Hambourg (Allemagne). SAUL LOEB / AFP

Le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Putin se rencontrent en parallèle du sommet du G20, le 7 juillet, à Hambourg (Allemagne). SAUL LOEB / AFP

Depuis plusieurs mois, les médias américains couvrent les moindres évolutions de l’affaire de l’ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016 ainsi que la possible coopération secrète entre l'équipe de Donald Trump et le Kremlin. Joshua Yaffa, du New Yorker, a décidé de s’intéresser à la manière dont les journalistes russes perçoivent ce traitement médiatique de la relation États-Unis-Russie.

Si ceux-ci subissent énormément de pressions politiques de la part du Kremlin, certains continuent tout de même d’enquêter en toute indépendance. Ce sont ces journalistes-là que Yaffa a tenté d'interroger en priorité. Leurs témoignages montrent une certaine déception concernant la couverture médiatique américaine de l’intervention russe dans la campagne, notamment concernant l’affaire des e-mails interceptés au sein du Parti démocrate et chez le conseiller d’Hillary Clinton John Podesta.

«Aucune preuve»

 

Danya Turovsky, correspondant pour le site d’information Meduza, basé en Lettonie pour contourner la censure de Moscou, a beaucoup enquêté sur les hackers russes. Il a identifié des entreprises privées qui travaillent avec les services de renseignement, a découvert des vidéos de recrutement de l’armée russe destinées aux hackers et a des preuves que des officiels du Kremlin auraient testé une attaque DDoS. Malgré tout, il n’est pas d’accord avec la vision des journalistes américains qui ont dénoncé avec certitude une intervention russe dans la campagne dans le but de favoriser Trump:

«La compréhension générale de l’affaire est correcte, mais les journalistes n’ont pas de vraies preuves. On sait que les cyber-forces russes existent et qu’elles sont capables de faire ça. Mais ça ne veut pas dire que l’on est sûr à 100% qu’elles soient coupables.»

Selon Danya Turovsky, les sources premières des journalistes de Washington sont avant tout les services de renseignement américains. En novembre 2016, la CIA avait assuré dans un rapport que les Russes étaient derrière le hacking des e-mails et avaient favorisé Trump. Or, «les chances pour que ce soit faux sont toutes aussi grandes que celles que ce soit vrai, affirme Turovsky. Parfois, en Russie, ce qui semble totalement absurde se révèle vrai.»

Le Washington Post avait lui même confirmé que «les agences de renseignement ne disposent d’aucune preuve montrant que des responsables du Kremlin auraient "ordonné" à des individus identifiés de transmettre les e-mails du Parti démocrate à WikiLeaks».

«Spéculation et hystérie»

 

D’autres journalistes dénoncent le fait que l’envie qu’ont les journalistes américains de trouver à tout prix des liens entre Trump et Poutine tourne parfois à la «théorie du complot», selon Joshua Yaffa. Elena Chernenko, directrice du bureau de la politique étrangère au Kommersant, un journal régulièrement muselé par le pouvoir russe, critique «la spéculation» et «l’hystérie» qui s’emparent selon elle de la presse quand il s’agit de révéler de possibles liens entre la Russie et les États-Unis.

Pour elle, le comble de cette hystérie a eu lieu quand Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, s’est rendu à la Maison-Blanche en mai dernier pour une visite diplomatique: les journalistes américains n’ont pas pu assister à la rencontre mais un photographe travaillant pour l’agence de presse de l’État russe a été autorisé à entrer.

Des rumeurs ont donc grossi dans les médias américains, qui prétendaient que le photographe avait peut-être caché un dispositif d’écoute dans le Bureau ovale. «Du n’importe quoi», pour la journaliste.

Mauvais feuilleton

 

Joshua Yaffa explique que, parmi la petite dizaine de journalistes russes qu’il a interrogés, les idées de théories du complot et du manque de preuves revenaient souvent, mais que beaucoup estimaient également que les affaires Trump-Poutine étaient surtout trop couvertes.

«J’ai l’impression que beaucoup d’articles qui sont publiés le sont sans vraiment avoir de nouveaux éléments. Ils tournent en rond», a déploré Danya Turovsky. Malgré ça, le journaliste passe toujours une heure tous les matins à scruter l’actualité et les titres de la presse américaine...

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