France

On voudrait faire passer les nouvelles députées pour des incompétentes qu'on s'y prendrait pas mieux

Titiou Lecoq, mis à jour le 07.07.2017 à 13 h 47

Les clichés du XIXe siècle ont la vie dure. Il faut dire que ces messieurs ne nous aident pas beaucoup non plus.

Les députées La République en marche I Gilles Bassignac / AFP

Les députées La République en marche I Gilles Bassignac / AFP

J’ai un problème avec nos nouvelles députées. Je ne les connais pas, je ne les ai pas rencontrées mais si j’essaie de mettre à jour la somme de vagues impressions que j’ai à leur égard ça donne: incompétentes, pas préparées, totalement soumises à Jupicron, dénuées de tout esprit critique et de recul. 

Bon, elles viennent d’être élues dans la majorité donc on ne va pas attendre d’elles qu’elles se positionnent en opposition. Mais cet ensemble de clichés sur elles ne sont pas sans rappeler l’image que l’on avait déjà des femmes et de la politique au XIXe siècle. L’une des raisons pour lesquelles les partis de gauche n’étaient pas favorables au droit de vote pour les femmes, c’est qu’on disait qu’elles n’étaient pas intellectuellement armées pour faire un choix politique et que ces créatures soumises par nature voteraient comme le prêtre leur dirait.

Que j’ai un peu la même image des nouvelles députées alors même que je ne les connais pas ne peut pas être un hasard. On postule leur incompétence, on imagine qu’elles ne suivent pas une vision politique personnelle mais qu’elles sont simplement fascinées par le président beau gosse. Plus facilement que les hommes, elles se feraient avoir par un discours marketing creux (parce qu’elles sont un peu bêtasses et naïves ces petites créatures).

Un regard sexiste?

 

D’ailleurs, si on prend les deux ratages de la campagne législative de LREM, ils viennent de femmes. Anissa Khedher qui veut mettre des paravents pour dédoubler les classes de CP (mandieu…) et Fabienne Colboc, dont on a jamais compris ce qu’elle voulait dire.

Je ne sais pas comment on peut expliquer ce score 100% féminin. Peut-être que des candidats hommes ont dit des conneries qui n’ont pas été relayées. Peut-être qu’elles sont davantage victimes du stress de la prise de parole publique (à laquelle les filles sont moins préparées que les garçons). Une chose est sûre, ces deux cas ont été désastreux pour l’image que nous avions des candidates LREM. Sous couvert de dénoncer l’impréparation des candidats en général, ça nous a surtout confortés dans le stéréotype de la nullité des femmes en politique. 

Prenons le cas de Sandrine Josso. Députée nouvellement élue, elle est accusée de légèreté parce qu’elle sèche la rentrée parlementaire de mercredi pour ne venir que vendredi parce qu’elle a tennis. Exemple de titre:

 
En réalité, elle ne sèche pas. L’Assemblée nationale propose aux députés de faire leur rentrée le mercredi, le jeudi ou le vendredi. Elle a choisi le vendredi parce qu’elle veut voir un peu ses enfants après une campagne qui a monopolisé son temps et avant la session extraordinaire de l’été. Rien de bien fou finalement, même si on peut considérer qu’elle aurait pu venir plus tôt. Mais vu le faible taux de présence de nombre d’anciens députés sans que cela ne fasse de gros titres dans la presse, on peut quand même se demander si ce n’est pas l’équation femme + enfant qui a retenu l’attention.  

Quel pouvoir?

 

Un autre indice renforce l’impression d’inconsistance de ces députées: le peu de place qu’elles ont. Le fait qu’elles ne soient à l’Assemblée pour le moment qu’une masse indifférenciée et muette sous-entend qu’elles sont un peu nullardes. D’ailleurs, on nous a bien dit que si la présidence de l’Assemblée allait à François de Rugy c’est parce qu’il est le plus compétent. (Et pas du tout parce qu’il a les dents qui rayent le parquet.) (François de Rugy is the new Jean-Vincent Placé.)

Ensuite, il y a les postes de chefs de groupe. Chef, comme dans «c’est moi qui va parler le plus». Et là, tout parti confondu, zéro femme. On a du Franck, du Christian, du Olivier, du Jean-Luc. Du coup, le jour de l’ouverture de la session, après le discours de politique générale d’Édouard Philippe, les prises de parole, c’était ça

  
Pas l’ombre d’un poil de foufoune. Bah oui puisque ce sont les chefs qui parlent et que femme = pas chef. De là à en conclure que les femmes n’ont rien à dire il n’y a qu’un pas que l’inconscient collectif franchit allègrement.

Laissez-les exister

 

Mais attendez, il reste les présidences des commissions permanentes dans lesquelles on atteint la parité. Sauf que si on regarde dans le détail, les femmes sont en charge des affaires sociales, des lois constitutionnelles, du développement durable et des affaires étrangères. Et les hommes ont la défense nationale, les affaires économiques, les finances et la culture/l’éducation. Tout va bien. 

 

 

Faire entrer des femmes à l’Assemblée, c’est bien, mais si on ne leur laisse pas la possibilité d’y exister, ça ne sert à rien. Vous me pardonnerez d’être un peu vulgaire mais j’ai envie de dire que c’est de la poudre de perlimpinpin. À elles donc de prendre de la place.

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