Monde

Le boom sans précédent des infrastructures nord-coréennes

Repéré par Juliette Mitoyen, mis à jour le 07.07.2017 à 10 h 02

Repéré sur The New York Times

Six ans après sa prise de pouvoir, Kim Jong-un peut se targuer d’avoir construit et rénové une bonne partie du pays, sans pour autant libérer le peuple du joug de l'État.

Kim Jong-un inspecte un chantier. Photo communiquée le 18 septembre 2013 par la
Korean Central News Agency (KCNA). AFP

Kim Jong-un inspecte un chantier. Photo communiquée le 18 septembre 2013 par la Korean Central News Agency (KCNA). AFP

Alors que la Corée du Nord a annoncé qu’elle avait de nouveau effectué un tir de missile balistique avec succès le mardi 4 juillet, faisant au passage bondir Donald Trump, le New York Times consacre un grand format à tous les projets d’infrastructures menés depuis 2011 dans ce pays dirigé d’une main de fer par Kim Jong-un. En prenant les rênes du pouvoir, le fils de l’ancien dictateur Kim Jong-il a exprimé sa volonté de moderniser le pays, qu’il s’agisse d’infrastructures militaires ou civiles.

Malgré les sanctions internationales qui ont pesé du fait de ses essais militaires et nucléaires, la Corée du Nord a accentué son développement, comme le montrent les photos satellites de Curtis Malvin, un chercheur américain de l’Institut US-Korea. Par ce biais unique d’avoir un aperçu de ce qu'il se passe dans ce pays coupé du reste du monde, il a pu étudier l’expansion des infrastructures. Station de ski, fabrique de chaussettes, orphelinat, bases militaires, marchés ou encore usine de lubrifiant –oui, oui–, le régime autoritaire n'a fait l'impasse sur rien.

«Le peuple nord-coréen ne connaissait rien de Kim Jong-un avant qu’il arrive au pouvoir, explique Curtis Malvin au New York Times. Il a lancé plusieurs projets très visibles ce qui l’a rendu plus sérieux et plus légitime à gouverner.»

Le boom des infrastructures militaires et énergétiques

Avec de nouvelles écoles, des parcs d’attractions et des zones de loisir destinés à améliorer la vie de tous les Coréens, Kim Jung-un affirme travailler pour le peuple, qui est lui-même certain, à coup de propagande, que leur leader veut son «bien», comme en ce témoigne le documentaire de France24. Cette politique de développement touche l'ensemble du pays et pas seulement la capitale Pyongyang.

Avec cette politique de grands chantiers, le dictateur entend répondre au problème de l’insuffisance énergétique que connaît le pays. Dix projets de constructions de centrales électriques ont notamment été lancés, dont deux en collaboration avec la Chine.

Autre point important pour Kim Jong-un, qui affirme que les États-Unis peuvent attaquer la Corée du Nord à n'importe quel moment: l’armement. Une véritable obsession pour le dictateur, qui depuis 2012 a lancé plus de missiles test que ses deux prédessceurs réunis de 1984 à 2011. Des milliers de sites d’artillerie et de lancements de missiles ont été construits et modernisés, dans le but d’avoir une défense solide en cas d’attaque… Une préoccupation totalement déconnectée de la réalité dans ce pays où le taux de personnes sous-alimentées dépasse les 40%.

«De la main d’oeuvre et du ciment bon marché»

Selon Curtis Melvin, ces constructions ont permis de booster l’économie du pays, dont la croissance a crû de 1 à 5% par an depuis 2011. «Le nombre de marchés a explosé et la consommation a beaucoup augmenté», ajoute le chercheur.

Du bénéfice, donc, pour la dictature de Kim Jong-un, mais une question demeure: comment la Corée du Nord a-t-elle payé pour tout ça? Difficile de le savoir, selon le New York Times, car l’économie de ce pays est l’une des moins transparentes du monde. Jeffrey Lewis, spécialiste de la Corée du Nord à l’Institut Middlebury en Californie, affirme que dans ce pays, «la main d’œuvre et le ciment sont bon marché».

Mais pour beaucoup de spécialistes, les travaux titanesques effectués en Corée du Nord auraient été possibles grâce à des transactions illicites ou aux ventes d’armes. Mais également via l’envoi de Nord-Coréens à l’étranger pour y travailler, et dont le salaire –plus élevé que dans leur pays d’origine– est ensuite confisqué par l’État.

Jeffrey Lewis explique cependant que la modernisation des infrastructures nord-coréennes ne signifie pas que le pays va d’un seul coup basculer dans la prospérité:

«Pour beaucoup d’états pauvres et communistes, les investissements associés à des grands chantiers boostent probablement la croissance à court terme. Mais savoir si cela est une base suffisante à une croissance encore plus importante est une autre question.»

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