Culture

Mon chat et moi: une histoire d'amour qui ne veut pas finir

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 06.07.2017 à 11 h 45

[BLOG] C'est comme un frère. Ou un rêve d'ami. Le meilleur des copains. Mon chat va avoir 17 ans et il est toujours aussi présent dans ma putain de vie.

Mon chat

Mon chat

Au commencement était le chat. Enfin mon chat. Mon petit chat. Mon chat à moi. Trouvé par hasard dans une animalerie de cette ville il y a maintenant bientôt dix-sept ans. Oui, dix-sept ans. Une terreur rousse aux yeux noisette qui au premier regard a tout de suite suscité ma sympathie. Et ma convoitise de l'avoir tout à moi. C'était mon premier chat. Je ne me doutais pas qu'il résisterait à l'usure du temps avec cette élégance propre aux êtres qui des années se font des alliées.

C'est que pendant que j'étais occupé à vieillir et à maudire le passage du temps, lui rajeunissait d'année en année. Ou du moins se maintenait avec un tel aplomb que bien souvent j'ai scruté la prunelle de ses yeux pour connaître son invincible secret. En vain. Il n'a jamais rien voulu me confier; il s'est contenté de m'accompagner sur le chemin de la vie, insensible à la pesanteur de l'existence, pareillement joueur au premier âge de sa vie que dans son auguste vieillesse.

Alors oui bien sûr, il n'entend plus très bien, il a parfois cet air accablé et résigné des personnes qui ont vécu trop longtemps, il peut passer des journées entières à dormir et à dormir encore comme s'il s'économisait pour mieux goûter aux années qu'il lui reste à vivre, il a un peu moins le goût de la lutte, des batailles et des courses-poursuites dans le couloir mais dans l'ensemble le bougre se porte bien.

La simple vue d'une friandise suffit à le ressusciter, il peut encore me surprendre en déboulant dans mon bureau le regard fou, le poil hérissé, les moustaches tendues, la queue remontée, poussant des miaulements intempestifs de bête sauvage comme s'il était poursuivi par le diable en personne. C'est avec la même allégresse qu'il dévore ses croquettes et il met toujours la même ardeur maniaque à astiquer le moindre centimètre de sa douce fourrure.

Parfois, je me dis qu'il ne mourra jamais, qu'il a manqué son rendez-vous avec l'éternité et qu'il est désormais condamné à hanter la surface de la terre jusqu'à la fin des temps. Je le vois très bien dans quelques années venir se reposer sur ma tombe pour mieux profiter d'un rayon de soleil. Prendre de mes nouvelles, voir comment je me débrouille, parler de notre vie passée avant de filer vivre de nouvelles aventures.

L'un et l'autre nous sommes pudiques, nous taisons nos sentiments, nous préférons les bagarres aux roucoulades, les coups de griffes aux caresses, les disputes aux confessions énamourées. Je le traite de petit con, il m'appelle le chauve aux idées courtes. Je lui balance des baffes en plein sur le museau, il me griffe l'avant-bras avec une tendre sauvagerie. On ne s'épargne rien. On feint de ne pas s'aimer. On joue aux durs, à l'homme et à la bête, mais quand le soir tombe, que la nuit s'avance, à l'heure où je m'allonge sur le canapé, sans même me demander mon avis, le voilà qui grimpe sur mon ventre et passe de longs moments à ronronner des soupirs d'aise.

La paix descend sur nous. Le monde peut s'écrouler que nous ne bougerons pas d'un pouce. Il étend ses pattes jusqu'à me taquiner les oreilles, il n'est plus là pour personne, il dort, il rêve, il a l'air d'être la plus heureuse des créatures terrestres, il est la félicité même, l'image du bonheur éternel, et pendant qu'il s'oublie dans le sommeil, je lui murmure qu'il est con comme un balai mais que je l'aime.

C'est comme un frère. Ou un rêve d'ami. Le meilleur des copains. Il a le pardon facile, il ne boude jamais vraiment, il est toujours partant pour la moindre bêtise, il a le cœur bon, il ne me juge jamais et quand je ne vais pas bien, il feint de rien remarquer et continue à faire le pitre pour essayer de me distraire.

Sans lui ma vie perdrait cette part de fantaisie qui rend l'existence plus facile à supporter.

Au fond, il m'est indispensable.

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (104 articles)
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