Copenhague: la Chine a étalé ses contradictions
Pékin a su préserver ses intérêts, au risque d'être perçue par certains comme un pays développé.
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Les dirigeants chinois ne sont pas mécontents de la conférence de Copenhague. Ils considèrent qu’ils sont restés fermes sur leurs positions tout en ayant fait de leur mieux en vue d’un accord. Dans le discours qu’il a prononcé à la tribune, le Premier ministre Wen Jiabao a martelé qu’historiquement, depuis deux-cent ans, les principaux responsables d’émissions de dioxyde de carbone sont les pays industrialisés: «c’est à eux de prendre la tête s’agissant de réduction d’émissions quantifiées; c’est à eux d’apporter un soutien financier et technologique aux pays en voie développement».
Un point de vue parfaitement compris par la presse chinoise et les Internautes qui n’admettraient pas qu’une limitation de la pollution imposée de l’extérieur entrave une croissance économique chinoise vieille seulement d’une dizaine d’années. La délégation de Wen Jiabao à Copenhague a marqué des points dans l’opinion chinoise en repoussant le projet d’une instance internationale qui serait venue contrôler les mesures prises contre les émissions de CO2. La souveraineté nationale a été préservée.
Mais cette conférence sur le climat souligne aussi les contradictions actuelles de la diplomatie chinoise. Celle-ci s’est trouvée en première ligne tout au long des discussions dans la capitale danoise. Les trois pages de compromis minimum final sont le fruit d’un dialogue sino- américain auquel la Chine a associé in extremis le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud. Pékin ne voulait surtout pas s’enfermer dans une négociation exclusive avec les Etats-Unis; l’idée qu’un G2 pourrait s’instaurer pour gouverner la planète est vivement rejetée par Pékin.
Se rapprocher des petits pays
Pour autant, la Chine connait de sérieuses difficultés de positionnement. Le 17 décembre, un représentant américain à Copenhague ose dire que la Chine, du fait de son PIB et de ses réserves de changes, appartient désormais à la catégorie des pays développés. Un éditorial du site Sohu.com réagit aussitôt: «de tels propos relèvent d’une conspiration antichinoise». Certes la Chine est consciente de sa montée en puissance mais, à Copenhague comme ailleurs, elle estime exprimer les points de vue des peuples dont l’économie est en développement. «Pendant cette conférence, la communication entre la Chine et les autres pays en développement a été suffisante, transparente et fluide», déclare Qin Gang, porte-parole du Ministère chinois des Affaires étrangères le 20 décembre.
Pourtant, après s’être tellement mise en avant pour défendre ses intérêts, la Chine doit maintenant expliquer à des pays particulièrement menacés par le réchauffement climatique pourquoi Copenhague ne s’est pas conclu sur des objectifs fermes. Les petits Etats insulaires du Pacifique notamment s’interrogent sur le comportement chinois. Leur répondre que «ce sont les Européens et les autres pays développés qui les ont endoctrinés contre la Chine», comme le suggère Sohu.com, ne suffira sans doute pas.
Au risque d’abimer l’image d’ouverture que la Chine souhaite donner d’elle-même, la tentation est grande de forcer le trait en entrant dans une polémique avec les pays européens. Au lendemain de la conférence, l’éditorialiste du Xinmin Wanbao écrit: «les Occidentaux nous donnent constamment des leçons de droits de l’homme. Mais quand il s’agit de millions de gens en danger, ils n’en ont rien à faire. Si ce n’est pas de l’arrogance, qu’est-ce que c’est ?».
Pékin veut-il vraiment faire des efforts ?
Pour atténuer les critiques, Pékin semble s’orienter dans deux directions. D’abord, le discours officiel va expliquer que cette conférence n’était qu’une «étape intermédiaire» dans le traitement du réchauffement climatique. Par ailleurs, la Chine va continuer d’affirmer que, sur son territoire, elle fait «des efforts inconditionnels» pour réduire les émissions de carbone. D’ici 2020, ses pollutions calculées par points de produit intérieur brut (PIB) devraient être diminuées de 40 à 45 % par rapport à 2005.
Les experts internationaux se demandent quel sens donner à cet objectif d’apparence ambitieuse: si la croissance annuelle chinoise se poursuit au rythme actuel de 8%, les émissions de carbone se développeront en même temps que le PIB grandira. De toutes façons, les performances chinoises ne seront pas vérifiables puisqu’à Copenhague le projet de contrôle international a été repoussé !
A Copenhague, la délégation chinoise n’avait visiblement pas mandat pour négocier de réelles avancées environnementales. Si au préalable il y a eu débat sur le sujet à Pékin, le compromis s’est probablement réalisé sur une position minimum et intangible. Parmi les responsables chinois, certains souhaitent que la voix écologique internationale de leur pays soit plus ambitieuse. Tout indique qu’ils ne sont pas majoritaires.
Richard Arzt
Image de Une: le Premier ministre chinois Wen Jiabao à la tribune du Bella Center à Copenhague, 18 décembre 2009. REUTERS/Bob Strong
SI VOUS AVEZ AIMÉ CET ARTICLE, VOUS APPRÉCIEREZ PEUT-ÊTRE: «Copenhague, c'est vraiment un échec», ou «Copenhague: Bilan d'un sommet décevant»
Mis à jour le 22/12/2009 à 18h25












































La communication chinoise est nécessairement bipolaire... Son unité nationale repose sur l'agressivité envers l'étranger arrogant par définition (chaque 'critique' émise contre la Chine est une aubaine pour la sécurité intérieure!) et sur une interminable et invérifiable émergence qui maintient 300 millions de personnes sous le seuil de pauvreté avec une vitrine rutilante dans le concert des nations et la colonisation en cours de l'Afrique... Impossible équation qui permet d'éviter les responsabilités d'un pays développé. Le rapport de la Chine au monde est hyper sélectif, dicté selon une logique qui n'appartient qu'à elle et ne souffre aucune discussion. Le pragmatisme s'accommode fort bien de discours tenus à l'étranger et dont la presse nationale ne reprend que ce qu'il est convenable de communiquer sur un plan intérieur...
Il était évident, depuis les premiers débats de Copenhague, que l'échec, si vraiment échec il y a, était au bout de la nuit de ce gigantesque colloque multi-réunions composés d'acteurs des plus engagés aux plus dilettantes, que ce gigantesque "colloque" allait se terminer par une déclaration compromis non unanime qui n'engage aucun état au-delà de sa propre stratégie avouée ou pas.
Les acteurs: d'un président français qui, à force de vouloir y croire, se démène et se démène encore pour aboutir à un résultat, de son point de vue, correct, ce qui n'est pas le cas en fin de parcours, donc beaucoup de bruit et de mouvements pour rien... à un président russe qui ne parait en rien concerné. Deux acteurs déterminants: le chinois et l'américain, objectifs essentiels: ne pas trop se heurter et imposer leurs intérêts majeurs écomiques et géopolitiques, ce qui est.
La Chine, en pleine expansion dans tous les domaines, ne peut qu'augmenter de façon quasi continue ses émissions CO2. La France, exemplaire? elle se précipite, le sommet à peine terminé, en Chine et pas dans le but de les diminuer. Que vont peser les efforts réels de certains pays pour diminuer leurs émissions par rapport à l'augmentation de celles de la Chine, de l'Inde, du Brésil? Nada pourraient répondre nos voisins espagnols, et ceci au moins dans les deux decennies à venir.
Seuls des progrés techniques d'ampleur pourront répondre aux défis dits de Copenhague, et à long terme il faut oeuvrer dans ce sens. C'est, si danger réel, le seul moyen d'y parer; dans un environnement général où la croissance économique reste le paramètre et l'objectif majeurs.
Les aides Nord/Sud, les taxes carbone ou autres, évitons d'y croire trop, c'est dépenser de l'énergie et de l'argent souvent et malheureusement en pure perte.