Allemagne

Nos voisins allemands n’ont, pas plus que nous, trouvé la solution au chômage de longue durée

Daniel Vernet, mis à jour le 06.07.2017 à 10 h 45

Angela Merkel a présenté son programme avant les élections législatives en septembre, elle promet le plein emploi d'ici 2025.

Angela Merkel, le 3 juillet 2017 à Berlin, lors de la présentation de son programme | 
Odd ANDERSEN / AFP

Angela Merkel, le 3 juillet 2017 à Berlin, lors de la présentation de son programme | Odd ANDERSEN / AFP

L’Allemagne affiche un taux de chômage de 5,5%, comparé à 9,6% en France. Elle pourrait s’en féliciter mais Angela Merkel veut aller plus loin. Dans le programme électoral en vue du scrutin du 24 septembre où elle brigue un quatrième mandat, elle fixe comme objectif le plein emploi d’ici 2025, soit un taux de chômage d’environ 3%. C’est le taux résiduel que les économistes considèrent comme incompressible. À titre de comparaison, Emmanuel Macron se propose de ramener le taux de chômage français à 7% à la fin de son quinquennat.

Il y a dans l’engagement de la chancelière une part de jeu politique. En promettant le plein emploi, Angela Merkel, fidèle à sa stratégie de «démobilisation asymétrique», enlève un argument à son adversaire social-démocrate. Certains économistes allemands estiment qu’elle ne prend pas de grands risques. L’évolution «naturelle» du marché du travail devrait conduire à cette situation. En 2005, le taux de chômage était de 11%. Il n’a cessé de baisser depuis et sauf accident la baisse devrait continuer.

Une paupérisation croissante des Allemands

La réduction officielle du chômage est largement due aux réformes décidées au début des années 2000 par la coalition rouge-verte menée par Gerhard Schröder. Ces réformes, dites Hartz, parce qu’inspirées par Peter Hartz, ancien directeur des relations humaines de Volkswagen, ont fait perdre les élections de 2005 au chancelier social-démocrate. Elles ont en revanche profité à Angela Merkel. Le nombre actuel de 2,5 millions de chômeurs devrait être divisé par deux d’ici 2025 pour que l’Allemagne connaisse le plein emploi.

Cependant ces «succès» sur le marché du travail ont été atteints au prix d’une précarisation et d’une paupérisation d’un nombre croissant d’Allemands. Pendant que le taux de chômage diminuait, le taux de pauvreté augmentait. Il est passé de 12 à 17% de 2005 à 2013. C’est la proportion de la population dont le revenu est inférieur à 60% du revenu médian (autour de 18.500 euros par an).

La loi Hartz IV a sorti des statistiques les chômeurs de longue durée dont les indemnités ont été fusionnées avec le minimum vieillesse et conditionnées à l’absence de patrimoine. Les experts estiment que 60% des chômeurs allemands sont exposés au risque de la pauvreté. Les réformes Schröder ont, d’autre part, ouvert la voie aux «minijobs» payés 450 euros par mois qui sont proposés aux chômeurs, aux étudiants, aux retraités mais aussi aux salariés. Le temps de travail est limité à 15 heures par semaine, payées normalement au SMIC, soit 8,84 euros depuis le début 2017. Les détenteurs de minijobs n’ont pas de couverture sociale qui devrait assurer par d’autres voies, pour les étudiants par l’université, pour les femmes par leurs conjoints (63% des minijobs sont occupés par des femmes). En 2016, l’Allemagne comptait 7,8 millions de minijobs. Ceux-ci sont conçus comme des compléments. Mais ce n’est pas toujours le cas. En apprenant qu’Angela Merkel visait le plein emploi pour 2025, un jeune homme s’est demandé sur Twitter s’il devrait occuper trois minijobs en même temps pour avoir un revenu décent. Le secrétaire général du parti chrétien-démocrate CDU, Peter Trauber, a provoqué une mini-révolte ce 4 juillet sur les réseaux sociaux en répondant: «Si vous avez fait des études normales, alors vous n’avez pas besoin de trois minijobs.» Il n’a pas mis longtemps avant de s’excuser de cette réplique «stupide».

L’Allemagne a aussi introduit les jobs à un euro par heure. En octobre 2016, 90.000 personnes en «bénéficiaient». Il ne s’agit pas d’emplois marchands mais de compléments de revenus pour des personnes travaillant dans le secteur public ou dans des associations. Ces jobs à un euro sont supposés faciliter le retour sur la marché du travail, mais comme les minijobs, ils conduisent rarement à un emploi fixe.

Un marché très différent du marché français

Temps partiel, minjobs, jobs à un euro… l’Allemagne a, depuis le gouvernement social-démocrate de Gerhard Schröder, fait le choix de la flexibilité pour répondre au défi du chômage, contrairement à la France qui aurait «fait le choix du chômage» bien indemnisé. Le contraste n’est peut-être pas aussi caricatural. Car le marché du travail allemand a des caractéristiques différentes de la situation française. La croissance économique est plus forte. Le vieillissement de la population plus rapide. Le nombre de salariés quittant chaque année le marché du travail dépasse de 300.000 le chiffre des nouveaux entrants. Et dans le même temps, l’Allemagne crée en moyenne 500.000 emplois par an depuis 2010, soit au total 3,5 millions. Le problème est plutôt la pénurie de main d’œuvre qualifiée pour remplir les emplois nouveaux qu’un surcroit de chômeurs. C’est aussi la raison pour laquelle les entrepreneurs allemands ont, en général, vu d’un bon œil l’arrivée massive de réfugiés à partir de 2015. Ils espéraient y puiser une main d’œuvre bien formée, même s’ils ont connu quelques déceptions.

«Aucun emploi ne doit rester inoccupé», a déclaré Angela Merkel. C’est cette tension entre des travailleurs précarisés, souvent menacés de paupérisation, et le développement d’emplois qualifiés ne trouvant pas toujours preneurs, qui caractérise la situation allemande. Nos voisins n’ont, pas plus que nous, trouvé la solution au chômage de longue durée. Un million, et plus probablement 1,5 million, de chômeurs de longue durée sont difficilement employables sans un accompagnement public. La grande coalition entre la démocratie-chrétienne et les sociaux-démocrates n’a pas réussi à se mettre d’accord sur un programme spécifique. Le projet de la ministre du travail (SPD), Andrea Nahles, a été refusé par Wolfgang Schäuble pour des raisons de coût, et par les plus conservateurs pour des raisons idéologiques.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (417 articles)
Journaliste
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