Sports

Le retour de la guerre des sexes

Yannick Cochennec, mis à jour le 23.12.2009 à 17 h 34

David Stern, patron emblématique de la NBA, estime qu'il y pourrait y avoir des femmes dans sa ligue d'ici 10 ans.

Ce que veut David Stern, David Stern l'obtient (généralement). Ainsi pourraient être résumées la vie et l'œuvre du patron de la NBA, le championnat professionnel de basket aux Etats-Unis. Stern est un visionnaire et sa réputation fait de lui l'un des personnages les plus écoutés dans le sport américain. Alors, s'il vient de confier au magazine Sports Illustrated qu'il estime «plausible qu'une femme jouera en NBA d'ici à 10 ans», il ne faut surtout pas le prendre à la légère. Car cet homme a toujours eu un coup d'avance, pour le plus grand bonheur de la ligue qu'il dirige depuis 1984 et dont les revenus ont littéralement explosé sous sa gouvernance.

Passée inaperçue au cœur du scandale Tiger Woods, sa déclaration s'est néanmoins propagée dans les rangs de la NBA où elle a été accueillie fraîchement, mais ce n'était pas une surprise. «Dix ans?, s'est interrogé à haute voix LeBron James, star du championnat américain. Mais c'est demain ça. J'aurai 34 ans et je serai encore en NBA. (...) Dix ans? C'est un peu trop tôt, non ?» Anthony Parker, son coéquipier des Cleveland Cavaliers, et dont la sœur Candace, qui mesure 1,92m, est l'une des joueuses les plus en vue de la WNBA, la ligue féminine professionnelle (Candace avait gagné un concours national de dunks très coté aux Etats-Unis face aux hommes en 2004), s'est montré plus catégorique. «Ma sœur a beaucoup de talent, a-t-il reconnu. Mais je ne vois pas ça arriver à brève échéance.»

Difficile, en effet, d'imaginer, aujourd'hui, sur un parquet, une femme, même si elle frôlait les 2m, au contact d'un homme culminant à 2,10m et pesant 110kg. Ne parlons pas du choc que constituerait le face-à-face entre Diana Taurasi, la meilleure joueuse actuelle de WNBA (1,83m, 78kg), et un mastodonte comme Shaquille O'Neal (2,16m, 147kg). Même s'il a beaucoup progressé au cours de la période récente, le basket professionnel féminin, qui n'en est qu'à sa 14e année d'existence aux Etats-Unis, est encore loin d'évoluer sur la même planète que celle de leurs homologues masculins, plus physiques et plus rapides.

Phénomène

Mais Stern anticipe la venue, demain, d'un «phénomène» bouleversant la donne, à l'image des sœurs Williams, qui ont révolutionné le tennis féminin en raison de leurs remarquables qualités athlétiques. «En tennis, il n'est pas possible pour une femme de rivaliser avec un homme, a analysé Stern. Au basket, où il y a cinq personnes dans une équipe, vous avez des zones de jeu et vous pouvez faire beaucoup de choses différentes. Alors pourquoi ne pas imaginer une femme très véloce avec un très bon shoot?»

Ce n'est pas la première fois que la NBA caresse ce rêve de mixité forcément attractif en termes de retombées médiatiques. En 1980, déjà, une femme, Ann Meyers, avait été recrutée dans un premier temps par l'équipe des Indiana Pacers, mais n'avait pas été finalement retenue après une période d'essai à l'orée de la saison à venir.

La bataille des sexes pourrait donc faire rage un jour en NBA. «The battle of the sexes», expression célébrissime aux Etats-Unis, popularisée par un match qui fit les plus gros titres voilà 36 ans et reste, outre-Atlantique, l'un des moments de référence du mouvement féministe. Le 20 septembre 1973, à Houston, Billie-Jean King, 29 ans, alors n°1 mondiale du tennis, affronta Bobby Riggs, 55 ans, vainqueur à Wimbledon en 1939. Provocateur né, Riggs avait proclamé que n'importe quel homme pouvait battre n'importe quelle femme issue du circuit féminin. King releva le défi et l'affronta à l'occasion d'une rencontre restée dans les annales à cause du déchaînement populaire et journalistique qu'elle suscita. Plus de 30.000 personnes assistèrent ainsi à ce choc au sommet suivi par plus de 50 millions de téléspectateurs branchés sur ABC (la plus forte audience pour un match de tennis, jamais approchée depuis).

Vieillard qui marche comme un canard

La mise en scène avait été soignée. Riggs, qui s'était bombardé «militant du mouvement de libération de l'homme», arriva sur le court assis sur un pousse-pousse tiré par de jolies créatures. King était, elle, juchée sur une chaise à porteurs soutenue par de solides gaillards et n'avait pas ménagé son adversaire au début du direct d'ABC: «C'est un vieillard qui marche comme un canard, qui ne voit pas, n'entend pas et, en plus, est un idiot.»

Trop âgé, Riggs ne fit pas le poids et s'inclina 6/4, 6/3, 6/3. «En jouant contre moi, il a montré qu'il était possible pour un homme et pour une femme de mieux se comprendre», dira King des années plus tard. Car cette bataille des sexes n'avait évidemment pas démontré qu'une femme pouvait se mesurer à un homme sur un court s'ils sont issus de la même génération. C'est tout simplement impossible dans un sport aussi physique que le tennis.

En 1998, lors d'une exhibition à Melbourne, Serena  et Venus Williams, bravaches, avaient défié, sur un set, un joueur allemand, Karsten Braasch, 203e mondial, mais s'étaient inclinées 6-1 (Serena) et 6-2 (Venus), ne donnant le change qu'au service. Raquette en main, hommes et femmes ne peuvent pas jouer l'un contre l'autre, seulement ensemble en double mixte, épreuve réintroduite tout récemment aux Jeux Olympiques et donc au programme des Jeux de Londres en 2012.

Annika Sorenstam

En golf, où la puissance physique n'est pas un élément aussi déterminant que dans la majorité des disciplines, la Suédoise Annika Sorenstam, alors n°1 mondiale, est devenue, en mai 2003, la première femme depuis 1945 à tenter sa chance sur le PGA Tour, le circuit de golf masculin, lors d'un tournoi organisé à Fort Worth, au Texas. Trop nerveuse, elle ne passa pas le cut, mais fut loin d'être ridicule. Ce n'est pas son manque de distance qui lui coûta le plus, mais son putting complètement déréglé par le trop-plein d'émotions.

Car face au stress, dans le sport comme ailleurs, les femmes sont également moins bien armées que les hommes comme l'a expliqué, par exemple, Alain Braconnier, psychiatre, dans son livre Le sexe des émotions. Alors que les hommes sont sous l'emprise de leur testostérone qui développe leur agressivité, les femmes doivent composer avec leurs hormones oestrogènes progestérones, celles de l'anxiété et de l'anticipation.

Mais il arrive, pourtant, que ces dames battent ces messieurs, et parfois de quelle manière, dans des compétitions intégralement mixtes. Disciplines plus égalitaires que les autres et qui exigent de faire preuve de technicité, de sensibilité et de finesse (qualité pas très masculine) en «domptant» des éléments extérieurs (cheval, bateau, voiture...). On pense notamment aux navigatrices Florence Arthaud, victorieuse de la Route du Rhum en 1990 devant Philippe Poupon, et Ellen Mac Arthur, deuxième du Vendée Globe en 2001, également victorieuse de la Route du Rhum dans la catégorie monocoques en 2002. En équitation, les exemples de suprématie féminine abondent également. En concours complet, aux Jeux d'Athènes en 2004, le podium, composé des Britanniques Leslie Law et Philippa Funnell et de l'Américaine Kimberly Severson, fut ainsi entièrement féminin. En France, personne n'a oublié la jockey Darie Boutboul, première femme victorieuse du tiercé en 1984 sur son cheval Abdonski.

En sports automobiles, les exploits de la Française Michèle Mouton, vice championne du monde de rallyes en 1982, ont aussi laissé des traces dans la mémoire collective. Aux Etats-Unis, Danica Patrick, première femme à remporter une course d'IndyCar, serait, elle, en passe de rejoindre les circuits de la très virile NASCAR. Un événement jugé «impossible» il y a quelques années. Comme, aujourd'hui, la présence d'une femme au sein d'une franchise NBA.

Yannick Cochennec

Image de Une: Un match de WNBA à Flushing Meadows, REUTERS/Keith Bedford

Yannick Cochennec
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