Monde

L'autre match de catch de Donald Trump

Temps de lecture : 2 min

En cette semaine de fête nationale, le président américain n'est pas seulement énervé contre CNN: il en a aussi après les États qui tentent de bloquer ses manœuvres électorales.

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Vous n'avez pas pu le rater: dimanche matin, Donald Trump a tweeté un GIF de lui en train de démolir un catcheur dont la tête avait été remplacée par le logo de la chaîne CNN.

La veille, un autre tweet du même, déjà énervé au petit matin, avait connu beaucoup moins de succès. Le président des États-Unis y accusait plusieurs États de refuser de transmettre leurs données à une commission sur la fraude électorale: «Qu'essaient-ils de cacher?»

Début mai, Trump a annoncé la création d'une commission chargée d'examiner la régularité des élections américaines. Présidée par son vice-président Mike Pence, celle-ci compte parmi ses membres le secrétaire d'État (ministre de l'Intérieur) du Kansas, Kris Kobach, connu pour avoir inspiré des lois anti-immigration très strictes. Ce dernier a demandé à tous les États de fournir à la commission des fichiers contenant le nom, numéro de Sécurité sociale, adresse, date de naissance, casier judiciaire, affiliation politique et «casier électoral» (le fait de savoir si un électeur a voté ou non tel ou telle année) de leurs habitants.

Selon un décompte établi par CNN, la quasi-totalité des États ont déjà refusé tout ou partie de ces demandes. Pas seulement des États dirigés par le parti démocrate, donc. Le secrétaire d'État du Mississippi, le Républicain Delbert Hosemann, a ainsi plus ou moins poliment envoyé la commission se faire voir en lui suggérant d'aller «piquer une tête dans le golfe du Mexique». Les nombreux réfractaires arguent notamment des messages de protestation reçus de leurs habitants et de leur inquiétude quant à l'utilisation et la protection des données.

«Voter suppression»

Mais leur préoccupation est plus globale, car si la question de la régularité des élections paraît technique, elle est aussi éminemment politique. Depuis novembre, Trump ne cesse de vanter l'ampleur de sa victoire (plus de 57% des grands électeurs), au point que Slate.com a mis en place un observatoire de ses vantardises. Problème: au plan national, il a accusé dans le même temps près de 3 millions de voix de retard sur Hillary Clinton (plus de deux points). FAKE NEWS! VERY SAD!

Il cherche donc à ternir ce résultat en affirmant qu'il y a eu un vote massif en sa défaveur (justement 3 millions de voix, selon lui) de la part d'électeurs illégaux. Et ce alors qu'un think tank spécialisé dans la fraude électorale affirme pourtant qu'«il y a davantage de chances de voir un Américain frappé par la foudre que de le voir se faire passer pour quelqu'un d'autre dans un bureau de vote».

Les adversaires de la commission estiment qu'elle constitue justement un moyen pour la Maison-Blanche de limiter l'accès au droit de vote chez certaines minorités –ce qu'on appelle outre-Atlantique la voter suppression. Ils accusent aussi la présidence de tenter d'outrepasser ses pouvoirs, dans un pays où il appartient aux cinquante États, et pas à l'État fédéral, de réglementer l'organisation des élections.

Polémique idéale, donc, pour cette semaine de fête nationale américaine, que cette lutte entre le pouvoir central et ses contre-pouvoirs. Y compris ceux qui peuvent ambitionner d'y arriver un jour, au pouvoir, comme le gouverneur démocrate de Virginie Terry McAuliffe, très engagé dans la lutte contre la commission sur les élections. Et qui, dans un récent et très intéressant entretien accordé à Télérama, déplorait que «les problèmes, Trump fonce dedans tête baissée, et pour ne rien arranger, il passe son temps à tweeter à tout va, ce qui aggrave son cas…»

Ce texte est paru dans notre newsletter hebdomadaire consacrée à la crise de la démocratie. Pour vous abonner, c'est ici. Pour la lire en entier:

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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