Culture

David Hockney, l'anticonformiste

Anne de Coninck, mis à jour le 02.07.2017 à 15 h 42

Décalé, le peintre britannique fait l'objet d'une rétrospective au Centre Pompidou à Paris. Il a remis le figuratif à la mode dans les années 1960 et toujours très actif rejette encore aujourd'hui les honneurs et le conformisme. Mais il puise son inspiration dans l'histoire de la peinture et se réfère aux grands maîtres.

David Hockney Canvas Study of the Grand Canyon 1998 Huile sur 9 toiles Photo Richard Schmidt

David Hockney Canvas Study of the Grand Canyon 1998 Huile sur 9 toiles Photo Richard Schmidt

«Je pense que je suis insatiable, mais pas insatiable pour l'argent -cela peut être un fardeau- je suis insatiable d'une vie exaltante». David Hockney est un peintre britannique, délicieusement décalé et anticonformiste. Tandis que dans les années 1960 l’abstraction était partout, et le figuratif presque nulle part, il a su renouveler la peinture figurative de façon à la fois insouciante et sexy. Mais il est plus que cela.

L'art de dissimuler son sérieux

La rétrospective qui s’est ouverte au Centre Georges Pompidou à Paris et se terminera le 23 octobre offre la possibilité de d’entrevoir les 60 ans de carrière du peintre et donne l’opportunité d’une mise au point sur bon nombre d’idées reçues sur l’artiste. Il n’est pas seulement le peintre californien des piscines lumineuses et des gazons bien coupés, ou un défenseur de la cause homosexuelle. David Hockney est un iconoclaste obsédé par les anciens maîtres, qui croit sérieusement à son art même si son humour cherche à faire croire le contraire et de temps à autre son dilettantisme. «L'art doit vous transporter alors que le design ne le fait pas, à moins qu'il ne s'agisse d'un bon design pour un autobus».

David Hockney Photo Art Gallery of New South Wales  Jenni Carter

Né en 1937 à Bradford, une ville industrielle du nord de l'Angleterre, David Hockney grandit au sein d’une famille ouvrière. Son père, proche du parti communiste, objecteur de conscience pendant la Seconde Guerre mondiale, transmet au petit David son refus des hiérarchies et sa méfiance des idéologies. Hockney refusera lui aussi de faire son service militaire et optera pour un service civil. Mais avant cela il quitte l’école à 16 ans pour entrer dans l’école d’art de Bradford où il apprend la peinture traditionnelle avant d’intégrer en 1959, le Royal College of Art de Londres.

«Deux semaines» dans l'abstraction

Dès ses premières toiles, David Hockney expérimente plusieurs approches de la figuration. Presque naturellement, il opte pour le réalisme socialiste, dans la lignée d’un peintre célébré au Royaume Uni depuis les années 1930, Stanley Spencer. Mais il est loin d’être enchanté par ces débuts. Comme toute sa génération il regarde alors vers la modernité que représente l’expressionisme abstrait de l’école de New-York. Là encore, il n’est pas complètement satisfait. Il avouera plus tard que sa propre aventure abstraite durera en réalité «deux semaines». Le laps de temps nécessaire pour se rendre compte que l’abstraction manque d’humanité.

The First Marriage 1962 Huile sur toile ∏ David Hockney Collection Tate London

David Hockney s’engage alors résolument dans une peinture figurative dans laquelle il amplifie un graphisme aux formes et aux couleurs plates, sans perspective, donnant un rendu presque enfantin. Et surtout, il incorpore une narration illustrative dans son travail: il défend la cause homosexuelle, bousculant la législation répressive qui ne sera abolie au Royaume-Uni qu’en 1967. Il défie par petites touches, en forçant les codes d’une culture underground homosexuelle, en ponctuant ses œuvres de signes de l’identité réprimée en empruntant des bouts de textes de Walt Whitman, ou nommant ses œuvres de titres explicites: Two boys together clinging, Love Painting… (Deux garçons collés ensemble, Peinture d’amour).

Le succès est rapide. Dès 1963 Hockney s’envole pour les Etats-Unis. A New-York de sa rencontre avec Andy Warhol il retiendra la peinture acrylique… et la chevelure platine que le britannique adopte alors.

Libéré par la Californie

Mais c‘est en 1964 en Californie qu’il découvrira la lumière, les piscines, les paysages de banlieue et… la liberté. Il s’installe à Los Angeles. Sur ces tableaux une nouvelle palette fraîche et brillante apparaît, celle d’un monde presque idyllique fait de lumière vive, de loisirs et d’ouverture sexuelle… un univers bien éloigné de son île natale et de sa grisaille.

David Hockney A Bigger Splash 1967 Acrylique sur toile Collection Tate, London

Son travail évolue: l’artiste britannique se libère des règles picturales, déconstruit les proportions et les perspectives linéaires, son style prend un langage visuel proche de la publicité, utilisant des couleurs franches, éclatantes, les ombres s’évanouissent et la perspective disparaît. Pourtant, Hockney garde son obsession du cubisme, il combine souvent dans ses toiles plusieurs scènes créant une vue composite.

Au début des années 1980, à l’affût de nouvelles techniques, Hockney passe à la photographie et aux collages notamment à partir de Polaroids. Il crée des arrangements, sorte de «patchwork» photographiques, en fragmentant les portraits, les attitudes, en déconstruisant des paysages, en prenant de nombreuses photos d’un même sujet, sous différents angles. Il voulait donner à la photographie un élément visible reflétant le passage du temps.

La technologie et les grands maîtres

En 1982, Hockney photographie le Grand Canyon, produisant plusieurs collages photos qui ont servi de base à une série de peintures de 1998 du Grand Canyon, «Composition Study for a Bigger Grand Canyon». Hockney combine alors des techniques cubistes, géométrie et formes superposées, avec le style utilisé dans ses collages photo.

Seasons Woldgate Woods 2010-2011 36 videos numerique David Hockney

Hockney s'est toujours intéressé à la perspective, à la façon dont nous voyons le monde en trois dimensions. Pour aller toujours plus loin dans ses recherches pour continuer à se réinventer, il va utiliser toujours plus de technologie. La photographie et le Polaroid, mais aussi le photocopieur couleur, le fax, la vidéo numérique à plusieurs panneaux, jusqu’à l’iPhone et l’iPad.  Au point que certains ont pu trouver que cet engouement pour la technologie était une façon de «moderniser» son travail à peu de frais.

Reste que David Hockney crée encore la surprise au tournant des années 2000, en publiant après plusieurs années de recherche un livre sur les secrets des grands maîtres de la peinture. Il a assemblé des photocopies de peintures, de l'art byzantin à Van Gogh en passant par les peintres de la Renaissance, sur un immense mur dans son studio à Los Angeles. Il voulait comprendre et démontrer que les progrès réalisés, par les peintres européens à partir de la Renaissance, notamment dans l’évocation de la perspective, sont liés  à l'utilisation de miroirs et de lentilles. Selon lui, les anciens maîtres étaient déjà des adeptes de la camera obscura/camera lucida (chambre obscure/chambre claire).

Une théorie qui a été accueillie avec scepticisme par les historiens d’art. Selon eux, son livre ne démontre que superficiellement sa thèse à partir seulement d'explications visuelles des œuvres étudiées.

David Hockney reste incroyablement prolifique. Multipliant les expériences, notammment numériques, il continue à produire énormément: portraits de ses amis ou paysages changeant de son pays d’origine, sur divers supports vidéo, iPad ou toile, il partage son temps entre la Californie et la campagne du Yorkshire.

Mais il demeure un iconoclaste, refusant les hommages institutionnels et les honneurs et créant la polémique. Il a rejeté une invitation à peindre un portrait de la Reine Elisabeth II. Il s'en prend à Damien Hirst et à ses assistants.  Il juge excessif la valeur des oeuvres du peintre allemand Gerhard Ritcher. Il conteste même la multlplication des restrictions contre les fumeurs, notamment aux Etats-Unis. A croire que David Hochney n'est jamais de son temps.

-David Hockney jusqu’au 23 Octobre 2017 au Centre Georges Pompidou, 19 Rue Beaubourg, 75004 Paris de 11h à 21h tous les jours, sauf le mardi

Anne de Coninck
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Journaliste
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