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Volker Beck, l'homme du mariage pour tous

Annabelle Georgen, mis à jour le 02.07.2017 à 16 h 08

Tout au long de sa vie, le député écologiste allemand Volker Beck, qui n'a jamais caché son homosexualité, a mené un combat sans relâche pour l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Alors qu'il s'apprête à quitter le Bundestag, l'adoption du mariage pour tous le 30 juin 2017 en Allemagne constitue à la fois l'apothéose de sa carrière politique et le plus beau cadeau de départ qu'il pouvait espérer.

L'image fera date: vendredi matin, une pluie de confettis multicolores s'est abattue sur Volker Beck dans le décor solennel de la salle des séances plénières du Reichstag, quelques instants après l'annonce du résultat du vote. Le président du Bundestag, Norbert Lammert (CDU), a trouvé ça de mauvais goût. Mais les députés écologistes à l'origine de ce petit happening étaient trop occupés à savourer leur victoire et celle de leur héros du jour pour prêter attention aux remarques du trouble-fête.Le mariage pour tous est enfin une réalité en Allemagne, le projet de loi a été adopté à 393 voix contre 226. Pour Volker Beck et les siens, ce jour est l'issue tant attendue de la fastidieuse bataille menée par Alliance 90 / Les Verts au cours de la législature écoulée: avant de parvenir à faire inscrire in extremis l'examen de ce projet de loi à l'ordre du jour de la dernière session parlementaire avant la pause estivale, le parti écologiste a dû essuyer pas moins de 30 refus au cours des derniers mois. Volker Beck jubile, enchaîne les poignées de main, bientôt les larmes l'interrompront. «Nous avons déclenché l'avalanche», commente-t-il quelques heures plus tard quand nous l'interviewons en marge de la soirée parlementaire «arc-en-ciel» organisée par son parti sous la coupole du Reichstag pour célébrer l'adoption du mariage pour tous. En faisant de l'adoption du mariage pour tous une condition sine qua non à la formation d'une coalition avec la CDU après les élections législatives du 24 septembre prochain, Volker Beck a pris un grand risque. Et a remporté la mise après que le SPD et le FDP se sont ralliés à sa cause.

«Depuis que Madame Merkel est arrivée au pouvoir en 2005, rien n'a plus bougé. Ça été 12 ans d'immobilisme»

Volker Beck

Pour le député écologiste de 56 ans, c'est une lutte qui s'est étirée sur 30 ans qui s'achève ce jour-là. Le combat d'une vie. Originaire de Stuttgart, Volker Beck a rejoint le parti Alliance 90 / Les Verts dans sa jeunesse. Son homosexualité a toujours été au coeur de son engagement politique: assistant parlementaire au sein du groupe écologiste au Bundestag sur les questions liées à l'homosexualité de 1987 à 1990, il a ensuite rejoint les rangs de la LSVD, l'Association allemande des gays et des lesbiennes, avant d'entrer au Bundestag en 1994, à seulement 33 ans. Il a longtemps été le seul député allemand à se présenter ouvertement comme homosexuel et a été l'artisan du «partenariat enregistré», l'union civile proposée en Allemagne depuis 2001 aux couples de même sexe. «Avec cette loi, nous avons été le premier grand pays sur le continent européen, avant la Grande-Bretagne et la France, à réaliser de grandes avancées dans ce domaine», explique Volker Beck. «Depuis que Madame Merkel est arrivée au pouvoir en 2005, rien n'a plus bougé. Ça été 12 ans d'immobilisme.»

Le député écologiste a lui-même officialisé en 2008 son union avec celui qui fut l'amour de sa vie: son compagnon de longue date Jacques Teyssier, activiste français des droits LGBT, avec qui il a partagé sa vie pendant 17 ans. «J'aime Jacques. Nous voulons nous marier!», avait-il alors déclaré dans la presse allemande. Atteint d'un cancer, Jacques Teyssier est décédé un an après leur union. Volker Beck avait délaissé ses activités politiques pendant plusieurs mois pour prendre soin de son compagnon.

«Défenseur des droits civiques à l'ancienne»

Le courage et la ténacité dont Volker Beck a su faire preuve au cours des 23 années qu'il a passé au Bundestag ont dépassé les frontières de son pays. Il a participé à plusieurs marches des fiertés à travers le monde, dans des pays où vivre ouvertement son homosexualité est particulièrement dangereux. Lors de la Moscow Pride de 2006, il avait été attaqué par des militants orthodoxes et des néonazis, avant d'être arrêté par la police russe. Il a également participé à la Istanbul Pride en 2013, en pleine occupation de la place de Gezi.

Volker Beck n'est pas homme à rester dans sa zone de confort. Il ne s'est pas seulement battu pour les droits des homosexuels. Il s'est également battu pour l'instauration de la double nationalité, pour l'adoption d'une loi sur l'intégration des migrants, pour l'indemnisation des survivants de l'Holocauste vivant en Europe de l'Est. Il occupait les fonctions de président du groupe parlementaire germano-israélien, de porte-parole du groupe des Verts sur les questions liées à la politique migratoire:

«Je ne me suis jamais uniquement engagé pour les droits des lesbiennes et des gays, mais aussi pour ceux des juifs, des roms, des musulmans et des réfugiés. Je suis un défenseur des droits civiques à l'ancienne», souligne-t-il.

Des ombres politiques

Ce 30 juin 2017, une page s'est tournée dans la carrière de parlementaire de Volker Beck. Il part sur une victoire mais il part bien: il ne sera pas reconduit au Bundestag après les élections, à cause d'un scandale qui a entaché sa réputation auprès de ses électeurs. En 2016, comme nous le rapportions sur Slate, il s'était fait contrôler par la police berlinoise dans le quartier gay de Schöneberg avec 0,6 gramme de Crystal Meth dans les poches.

Même s'il avait reconnu les faits et quitté la tête du groupe parlementaire, cette affaire s'ajoutait à une première, d'un tout autre ordre: en 2013, en plein scandale sur les accointances du parti écologiste avec les pédophiles à ses débuts, Der Spiegel avait en effet déterré un texte datant de 1988 dans lequel Volker Beck réclamait une «dépénalisation de la 'pédosexualité'». Le député vert avait d'abord nié être l'auteur des passages incriminés, arguant que l'éditeur avait modifié son texte, avant de se rétracter face aux preuves avancées par l'hebdomadaire. Ces faits n'auront pas entravé sa lutte pour les droits LGBT mais son destin politique est aujourd'hui incertain. Il promet néanmoins de continuer à faire ce qu'il sait le mieux: «m'engager pour les droits des minorités».

Annabelle Georgen
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Journaliste
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