Le dilemme de l'affaire Gilad Shalit
Netanyahou doit prendre une décision difficile. Il a été élu pour cela.
- -
Le gouvernement israélien a transmis au médiateur allemand à six heures, heure française, sa réponse concernant l'affaire Shalit. Il est certain qu'aucun homme politique n'a envié la place de Benjamin Netanyahou en ce jour chargé du 21 décembre. Il a subi les pressions des deux camps opposés; celui qui réclamait la libération de Gilad Shalit à n'importe quel prix, et celui des partisans de la manière forte qui refusaient tout échange, quitte à sacrifier l'otage. Les parents Shalit ont compris que la situation semblait compromise pour leur enfant et se sont accrochés, avec l'énergie du désespoir, à toute lueur qui filtrait à l'occasion de leurs multiples rencontres avec le premier ministre.
Le dogme de la protection des militaires au combat était en jeu au point que 4.700 réservistes de Tsahal ont estimé devoir rappeler au premier ministre ce principe qui a été écorné et qui risque d'être bafoué. Dans leur pétition ils rappellent «que son sort est comme un miroir de l'éthique israélienne». Des officiels israéliens doutent qu'un accord avec le Hamas soit signé dans les termes exigés car Netanyahou est confronté au «problème de la libération de prisonniers palestiniens ayant du sang sur les mains» et il a refusé de prendre une décision aussi importante dans la solitude de son bureau. Le chef de la campagne de soutien à Gilad Shalit a exhorté le premier ministre «à être brave et à trouver le courage et le leadership nécessaire pour prendre des décisions qui ramèneront Gilad à la maison pour éviter de créer un nouveau Ron Arad».
Reddition
En écho, les familles des victimes du terrorisme «ont exigé de parler aux ministres qui, sur la tombe de nos chers, nous avaient promis de ne pas commettre les mêmes erreurs, à savoir la libération de terroristes». L'extrémiste Hagai Ben Artzi a même conseillé à son beau-frère Netanyahou de libérer Shalit, non pas par une négociation, mais par une autre guerre à Gaza. La droite extrême, soutenue par le clan des religieux, n'a pas désarmé puisque les députés nationalistes de l'Union nationale ont refusé qu'Israël cède aux terroristes: «La reddition devant une organisation terroriste équivaut à la faillite morale d'un état souverain. Celle-ci va porter une atteinte grave à la force de dissuasion d'Israël.»
C'est pourquoi un cabinet restreint des sept ministres les plus importants a partagé la responsabilité de la décision cruciale après que le premier ministre ait annoncé qu'il était «prêt à aller très loin pour parvenir à un accord mais qu'il ne pouvait pas franchir des lignes rouges, notamment en ce qui concerne la libération de terroristes en Judée-Samarie». Il aura fallu pas moins de cinq réunions, dans la seule journée du 21 décembre, pour parvenir à un accord qui n'a pas été unanime. Le premier ministre s'est trouvé contraint à arbitrer une décision, dont on ignore le contenu à cet instant, qu'il aurait voulue consensuelle.
Le Hamas, de son côté, a usé de fanfaronnade au moment où les dirigeants israéliens planchaient sur leur choix douloureux. Au lieu de garder un profil bas jusqu'au dénouement de la crise, il a préféré attiser une situation déjà compliquée par des déclarations pouvant être interprétées comme de la provocation. Un de ses responsables a claironné que «si la famille Shalit désire voir son fils à la maison, il n'y a qu'une seule condition: la satisfaction totale de toutes nos exigences». Il a exclu par ailleurs tout exil forcé de certains prisonniers libérés qui devraient, selon les exigences israéliennes, quitter la Palestine. Cette annonce de victoire avant l'heure a produit des effets inverses à ceux qu'il recherchait puisqu'une unité nationale israélienne s'est formée autour du dossier Shalit.
En effet, l'opposition a fait taire ses récriminations et a reporté à plus tard son combat politique. Une motion de censure devait être déposée à la Knesset par le groupe d'opposition Kadima contre la décision du gouvernement d'inclure de nouvelles implantations éloignées dans les «secteurs bénéficiant de la priorité nationale impliquant des transferts de fonds publics vers des localités isolées et annulant ainsi le principe de deux Etats pour deux peuples». La chef de l'opposition a estimé devoir retirer cette motion de censure afin de laisser le soin au premier ministre de «concentrer ses efforts sur l'affaire épineuse de Gilad Shalit».
Drame personnel
Le premier ministre avait expliqué à ses visiteurs qu'il avait déjà payé un lourd tribut dans le problème des otages puisque son frère, le colonel Yoni, a été la seule victime de la libération des séquestrés d'Entebbe en 1976. Il avait approuvé à l'époque l'opération, même s'il en avait souffert dans sa chair, car il refusait le chantage auquel était soumis son pays. Il a d'ailleurs fait de multiples conférences sur ce thème lors de ses tournées aux Etats-Unis et écrit des textes où il défendait systématiquement la thèse qu'il ne fallait jamais céder aux terroristes. Aujourd'hui aux affaires, il a subi un drame similaire qui ne peut le laisser indifférent depuis qu'il a touché de près la réalité du deuil.
Beaucoup de ses conseillers ont souligné les conséquences politiques et sécuritaires néfastes liées à la libération de dangereux prisonniers. Le Hamas y verrait une sorte de jurisprudence qu'il s'empresserait d'appliquer tandis que l'Etat d'Israël aurait à supporter les risques inhérents aux chantages futurs auquel il sera confronté. Ce langage, tenu aussi par les nationalistes, n'a jamais été accepté par les parents Shalit, ni par les proches des prisonniers qui attendent leur libération.
Benjamin Netanyahou fait face à un dilemme mais il été nommé pour gouverner et pour prendre, le cas échéant, des décisions difficiles. Sa capacité à les prendre déterminera son avenir politique d'autant plus qu'il est confronté au problème de la parole donnée et des promesses électorales annoncées à ses partisans. S'il les renie, il risque de donner de lui une image de faible, d'illusionniste ou au pire de looser. Il a déjà reculé sur le gel des constructions dans les colonies et il ne peut offrir un spectacle de faiblesse face au Hamas et à son mentor, l'Iran. La décision concernant l'affaire Shalit conditionnera sa stature d'homme d'Etat et le confortera dans le choix stratégique, plus grave et plus conséquent, concernant l'action d'Israël face à la capacité nucléaire iranienne.
Jacques Benillouche
SI VOUS AVEZ AIMÉ CET ARTICLE, VOUS APPRÉCIEREZ PEUT-ÊTRE: «Israël abandonne-t-il Gilad Shalit?» ; «Faut-il médiatiser les prises d'otages?»
Image de Une: Une peinture murale représentant Gilad Shalit, REUTERS/Mohammed Salem
Mis à jour le 23/12/2009 à 1h26










































Ce n'est pas mon fils qui est tenu prisonnier par le hamas ( qui signifie violence en hébreu) est c'est dur de dire non pas d'échanges avec des tueurs.
Mais la vie est elle-même dure, et - comme l'a écrit Alfred de Vigny l'armée a ses grandeurs mais aussi ses servitudes.
Les israéliens n'ont pas cédé à Entebbe et comme Jacques Benillouche le rappelle le premier ministre a payé le prix du sang pour la libération des otages
Les israéliens n'ont pas cédé à Maaloth.
Ben Gourion a fait couler l'Altalena.
Il fut un temps où les israéliens se considéraient comme des soldats en permanence, même entre deux milouhim.
Le courage politique c'est de choisir la sécurité du pays
Cet article me fait bien rire...
C'est un article de journaliste ou de propagande ?
Quand un type se permet de parler d'otage a propos d'un militaire capturé alors qu'il faisait son métier (en l'occurance occuper des terres par la force et avec la barbarie que l'on sait) et parler de prisonnier quand il s'agit de femmes d'enfants de parlementaires qui ont été capturé, sans raison juste pour faire pression sur les occupés pour qu'ils arretent de résister et pour d'autre alors qu'ils ne faisaient que se défendre de l'occupation faite avec la barbarie que l'on sait...
on se pose tout de suite de sacré question sur l'honneteté intellectuelle et sur l'éthique journalistique du type qui a écrit l'article...
C'est des gens comme vous qui empechent la paix... Tant qu'il y aura de soit disant journaliste qui continueront ainsi à légitimer l'occupation et la barbarie, tant que certains feront ainsi tout pour soutenir israel en n'hésitant pas à déformer la réalité, pourquoi israel qui se sent soutenu par de pseudo journalistes comme vous aurait des raisons de changer d'attitude ?
EDIT :
d'ailleurs, c'est assez étonnant et c'est la premiere fois que je vois ca dans un "article".
Les journalistes en general parlent toujours du soldat shalit...
Dans cet article, le mot soldat n'apparait pas une seule fois.... PAS UNE SEULE FOIS.
Tout est fait pour faire tenter d'oublier que Shalit était un militaire qui avait été enlevé en faisant son métier de militaire et d'occupant barbare.
quelqu'un qui débarquerait et lirait cet article penserait que shalit est un type sympa qui marchait tranquillement dans la rue en allant bosser le matin et qu'il s'est ait enlever par de dangereux terroriste sans même comprendre ce qui lui arrivait.
Bravo Bravo Bravo et encore Bravo pour cet exemple d'anti journalisme poussé à l'extreme.
Vrai !
Je n'ai pas envie de croire que ce soit totalement intentionnel.
Mais Mr Benillouche, "Parisien" a raison. Même si des rappels à l'armée sont fait dans l'article, et que l'histoire est connue, il est important de rappeler cela dans l'article, pour "information".
Je serai plus modéré que Parisien, par contre. Il ne s'agit pas d'"anti-journalisme" à mes yeux (ça existe, ce terme ??), plutôt d'un oubli à regretter.
c'est une drole d'erreur que de parler d'un militaire prisonnier de guerre comme d'un quidam qui a ete enlevé par des truands crapuleux...
et oublier à ce point de dire que les prisonnier en israel sont pour la majorité des otages (enormement de femmes d'enfants et d'élus) qui n'ont ete emprisonnés que pour faire pression pour faire cesser la résistance dans le cadre d'une politique de punition collective qu'israel n'essaye meme pas de cacher..
Tout le monde sait que la seule raison pour laquelle Marwan barghouti est emprisonné, c'est parce qu'il fait très peur à israel parce qu'il pourrait réussir à faire la paix... Et parce qu'il a lancé une proposition qui va dans le sens de la paix...d'une paix juste et durable.... le pire scénario pour israel.
Il n'y a que ce "journaliste" qui semble l'ignorer...
si ce n'est pas volontaire, ca montre une méconaissance impressionnante de ce qui se passe dans cette partie du monde... et un "journaliste" qui parle d'une chose qu'il ne connait pas... ca me laisse perplexe.
Bon, vos commentaires sont tellement orientés pro-palestiniens (pour ne pas dire anti-israeliens... ah, si je l'ai dit), que je ne suis pas sur de la valeur qu'aura à vos yeux ma réponse.
Mais :
Le journaliste (et pas le plus mauvais...) parle bien du "dogme de la protection des militaires". Il sous entend donc fortement qu'on parle d'un soldat. Pas une seule fois il ne sous entend qu'il s'agit d'un "quidam enlevé par des truands crapuleux" !!
D'ailleurs, ce seraient des "truands crapuleux" assez lamentables, vu qu'il est clairement indiqué dans l'article qu'ils demandent en échange la libération de prisonniers palestiniens...
Vous dites :
"Tout le monde sait que la seule raison pour laquelle Marwan barghouti est emprisonné, c'est parce qu'il fait très peur à israel parce qu'il pourrait réussir à faire la paix..."
Ah, non, je ne savais pas. Par contre, je sais qu'Israël est la seule démocratie du coin, et que même si ce pays a fait bien des erreurs dans le passé, elle reste un pays qui décide pour le peuple, par le peuple.
Enfin, l'article ne parlait pas ici de Marwan barghouti, mais de Gilad Shalit... il semblerait donc qu'afin de persifler sur le statut de journaliste de l'auteur, vous n'hésitiez pas à tronquer la vérité, voir même la modeler à vos convenances. Ce qui est, ça, de la desinformation.
pour synthétiser, votre réaction était nulle, votre réponse à ma réaction était pire, et vous êtes aveuglés par vos convictions, et c'est dommage.
Vous genez pas...
C'est bien connu que dés qu'on ose parler d'occupation, dés qu'on ose dire que les palestiniens ne font que se défendre, dés qu'on ose dire que les prisonniers palestiniens sont des otages, des qu'on ose dire que galit est un prisonnier de guerre, dés qu'on ose dire la vérité que tout le monde voit...
c'est qu'on est forcément anti israelien...
Alors :
Je pense qu'Israël occupe "illégalement" (car comment parler de légalité en temps de guerre...) nombre de territoires revenant au peuple palestinien. Nous sommes donc d'accord.
Je pense que les Palestiniens ont un droit à la défense, à un état, et à une liberté que les Israeliens ne leurs permettent pas pour le moment.
Par contre, je ne pense pas que tuer des Israëliens (et encore moins des civils de manière aveugle) soit le meilleur moyen de se défendre, sachant que cette situation résulte (à l'origine des guerres des années 60-70) d'attaques de pays contre Israël.
Je pense que les Palestiniens ne sont pas des otages, mais je pense aussi que Galit est un prisonnier de guerre.
Donc nous sommes d'accord à 50% et pas d'accord à 50%. (quand à "la vérité que tout le monde voit"... la preuve que non, vu que je ne la voit pas. Ce n'est donc pas "tout le monde")
Mais votre ton, vos paroles, vos incessant raccourcis (rhétoriques, idéologiques) ne font que montrer que vous ne réfléchissez pas à la question de manière raisonnée, mais plutôt émotive, et uniquement en faveur d'un camp à l'exclusion du camps adverse.
Dommage, cela empêche le débat, et ne fait qu'attiser la haine (votre haine et celle de nombre de Français contre l'état démocratique d'Israël, et la haine des juifs de France qui pensent que la majorité des Français pensent comme vous).
Or la haine, on sait ou ça mène. Ça mène à des massacres dans des camps (revoir Shoah ou Valse avec Bachir pour comprendre que cela arrive partout quand la haine est trop forte), ça mène à des stigmatisations, le rejet de l'autre pour son origine et non sa personnalité, bref, ça ne mène nul part, sauf à la douleur.
Je n'interviens généralement pas sur les débats concernant Israël, car je sais à quel point ils dérapent vite (mais je trouve malheureux que 90% des grands journaux ferment leur section "commentaire" sur ces articles... et ne le font pas sur ceux de l'identité nationale, pourtant aussi nauséabond dans les faits).
Mais il faut parfois oser tenir tête à des personnes telles que vous, qui pensez détenir la vérité unique, et refusez le débat pour vous enfoncer dans une détestation d'un état qui pourtant mérite bien plus de louanges que les états qui sont ses voisins (et qui le menace régulièrement).
J'espère qu'un jour les USA prendront Israël et ses voisins entre 4 yeux et imposeront une solution de paix (connue... dans les grandes lignes, mais refusée par les ultras de droite d'Israël et les ultras de droite ou de gauche des populations attenantes...).
D'ici là, ne comptez pas sur moi pour tout mettre sur le dos d'Israël.
Dites-moi, cher monsieur Benillouche, ne sommes nous pas face à un de ces dilemme douloureux que l'Histoire impose, de temps en temps, aux hommes de pouvoir : aujourd'hui à monsieur Netanyahou, hier à Pie XII ?
Pauvre M. ?etanyahou.
Quelle belle histoire d'un grand homme politique de paix victime de la cruauté du terrorisme international malgrés lui.
Nous avons tous versé une larme pour lui en lisant votre article.
On se demande même pourquoi il n'a pas obtenu le prix nobel de la paix... Quelle injustice..
Faire un article sur Shalit pour montrer votre admiration sans borne pour M. Netanyahou... c'est très imaginatif.
Oh qu’il est difficile de parler d’Israël sans être critiqué ! C’est la règle du jeu. C'est la règle du jeu depuis plus de 60 ans.
Mes articles sont piratés sur plusieurs sites israéliens, tunisiens, palestiniens et même algériens. J’ai constaté que pour le même article et avec les mêmes mots, les lecteurs avaient des avis divergents. Les lecteurs israéliens me traitent de dangereux gauchiste, les nationalistes ne sont pas loin de me proposer le peloton d’exécution tandis que les Slateurs me transforment en porte-parole de Netanyahou. Cela me réconforte car je pense que la vérité se situe certainement quelque part au milieu.
L’affaire Guilad Shalit traine depuis trois ans; elle a été expliquée de long en large et il ne me semble pas nécessaire de reprendre à chacun de mes articles la genèse de la capture du soldat Shalit. Il suffit de se reporter à mes précédents articles.
Mon rôle est de rapporter des faits, des entretiens privés avec des responsables militaires ou politiques, de rendre compte de l’analyse de mes confrères israéliens qui sont loin d’être des « gentils », de décrypter l’atmosphère régnant à l’occasion d’un évènement comme celui des négociations pour l’échange du captif, de rapporter l’état d’esprit des israéliens et du pouvoir confronté aux évènements chauds. Vous ne trouverez jamais dans mes articles mes impressions personnelles qui n’intéressent personne. Mais en vivant dans le pays, nous avons en effet une vision moins déformée de la situation ; l’éloignement est un prisme déformant.
Malheureusement les Slateurs oublient souvent les guillemets et considèrent que mes articles expriment uniquement mon avis personnel.
Je ne vois pas en quoi cet article fait une quelconque propagande. Le gouvernement israélien n’a pas besoin de moi. Il dispose de diplomates beaucoup plus compétents et plus rompus en la matière.
La notion d’otage est toute simple selon le Robert : « personne que l’on arrête et détient comme gage pour obtenir ce que l’on exige ». Je pense que Shalit répond à cette définition.
Quant aux palestiniens, ils sont détenus et enfermés, à tort ou à raison car je n’ai pas à en juger, dans des prisons et pour cela je les considère comme des prisonniers. « L’honnêteté intellectuelle » consiste à mon avis à utiliser la bonne sémantique.
Dans quelle ligne de l’article, de celui-là ou d'un autre, ais-je légitimé « l’occupation et la barbarie » ?
Quant à « mon admiration sans borne pour M. Netanyahou », elle risque de déplaire à ses amis car ce serait alors une admiration d’un nouveau genre. En effet, ils n’apprécient nullement mes articles critiques sur lui, pourtant fondés uniquement sur des faits et sur ses propos. Ma façon de le présenter leur parait plus que discutable. Ils ont tenu à me le faire savoir.
Je vous conseille d'ailleurs la lecture de l’article du 28 novembre sur Slate intitulé « Israël : Face à Netanyahou, le vide », l’article du 1er novembre « Israël de plus en plus isolé » et enfin la dénonciation des crimes de haine dans l’article du 13 décembre. Vous y trouverez ma profonde « admiration » pour le premier ministre.
Il faudrait que l’on arrive à parler du problème israélo-palestinien dans des propos qui ne soient pas excessifs parce qu’ils deviennent alors stériles. La courtoisie reste le meilleur argument. Les protagonistes préfèreraient certainement que le débat fasse avancer les deux causes mais la violence de certains propos me laisse perplexe.
Pour certains commentaires, j’aurais tendance à faire appel à mon professeur de français qui marquait dans la marge, en rouge, : CS (contre sens) lorsque je m’éloignais du sujet de notre dissertation. Cet article concernait la libération ou non du soldat Shalit.
Enfin, en ce qui me concerne, je me permettrais de reproduire la réponse d’Eric Leser à un Slateur :
« Slate.fr a un correspondant en Israël qui est un Israélien francophone et écrit des articles reflétant les points de vue, les débats, les émotions et les problématiques du pays où il vit. C'est exactement ce que nous lui demandons.
On peut être ou non d'accord avec ces arguments et ces idées, en général plus que modérés sur l'échiquier politique israélien, c'est légitime. Mais il est absurde de s'offusquer et de lui reprocher de nous donner un point de vue israélien sur la visite du pape, c'est son rôle. A moins qu'être Israélien signifie par construction avoir un point de vue inacceptable. »
Enfin, je ne peux bien sûr résister à répondre à Marianne Arnaud sur un sujet qui peut faire l’objet d’un article entier mais je me bornerai à soulever un point précis seulement.
Les hommes de pouvoir ont choisi de l’être et il leur revient de se montrer à la hauteur de la tâche qui leur incombe. S’ils ne sont pas capables de décider dans les moments difficiles, alors autant démissionner. De Gaulle a décidé. Ben Gourion a décidé et Rabin aussi.
Mais la comparaison entre Netanyahou et Pie XII est osée même si tous deux ont eu à faire face à un dilemme. L’un est un homme politique avec les défauts communs à tous ses pairs. L’autre est un homme de religion dont on attend un comportement exemplaire au sens de la morale et dont la parole recèle un côté mystique.
Le premier doit résoudre un problème de politique intérieure sur lequel il a tous les pouvoirs et en particulier le pouvoir de décider et d’imposer. Le second a eu à prendre position sur un problème qui se passait à l’étranger pour lequel il n’avait certes aucune mainmise.
Mais la parole d’un Pape reste sacrée, exemplaire et respectée. Les survivants de la Shoa pensent que cette parole a manqué au moment où ils étaient dans la détresse. Je ne sais pas si cela aurait changé les choses compte tenu de la barbarie des nazis et de l’état de démence de leurs dirigeants. Mais cette parole aurait soulagé le cœur et l’esprit à défaut de soulager le corps. C’est aussi cette parole réconfortante qui avait manqué à Benoit XVI au mausolée de Yad-Vachem à Jérusalem.
J'ai bien lu l'opposition que vous faites entre l'homme politique "avec les défauts communs à tous ses pairs" et le Pape "dont on attend un comportement exemplaire". (Rien que ce "on" pourrait donner lieu à tout un paragraphe.)
Cependant votre vision de Pie XII n'est pas partagée par tous les Juifs. Loin s'en faut !
Je mentionnerais des grands rabbins comme Isaac Herzog ou Elio Toaff ainsi que madame Golda Meir qui ont tous rendu hommage, à un moment ou un autre, à Pie XII pour son action en faveur des Juifs "pendant la décennie de la terreur nazie".
Plus près de nous, en 2005, le rabbin David Dalin dit, dans son ouvrage : "Pie XII et les Juifs. Le mythe du pape d'Hitler" :
"Imputer la condamnation qui revient à Hitler et aux nazis à un pape qui s'opposa à eux et était ami des juifs est une abominable calomnie. Quels que soient leurs sentiments vis-à-vis du Catholicisme, les Juifs ont le devoir de rejeter toute polémique qui s'approprie la Shoah pour l'utiliser dans une guerre des progressistes contre l'Eglise catholique."
Et Serge Karlsfeld interrogé dans le JDD et parlant de la béatification de Pie XII : " Cette décision ne me choque pas plus que ça... Il a défendu défendu l'Eglise contre le nazisme, a effectué quelques interventions discrètes pour sauver des gens. Et puis des gens comme Roosevelt, qui ne se sont guère préoccupés du sort des Juifs, sont considérés aujourd'hui comme de grands hommes, alors..."
Très cordialement.
Marianne, la question n'est pas de savoir si Pie XII c'est plutôt bien ou mal conduit vis à vis des autres êtres humains, mais de savoir si on en fait un saint.
Serge Klasfeld est juif. Le processus de béatification n'a pas pour lui de valeur religieuse. Certes, il considère que Pie XII s'est comporté plutôt mieux que Roosevelt, mais il n'a jamais été question, à ma connaissance, de faire de Roosevelt un saint. Croyez-vous vraiment qu'un témoignage tel que : "Il a défendu défendu l'Eglise contre le nazisme, a effectué quelques interventions discrètes pour sauver des gens." soit de nature à faire de Pie XII un saint ?
Le rabbin David Dalin semble quand à lui avoir son propre agenda:
"Hitler, the war and the Pope, Our Sunday Visitor, 2000), David Dalin va bien au-delà, et s’inscrit davantage dans le pamphlet politico-religieux, développant son argumentation en trois parties d’inégal intérêt et surtout d’inégale valeur : 1) le Vatican aurait constamment suivi une politique favorable aux Juifs depuis des siècles ; 2) Pie XII, qui n’était pas du tout antisémite lui-même, aurait marqué son opposition au IIIe Reich tout en sauvant de très nombreux Juifs de la déportation ; 3) l’Islam, du moins son visage fondamentaliste, a été et demeure le plus mortel ennemi des Juifs."
http://www.histoforum.org/histobiblio/article.php3?id_article=505
C'est un rabbin conservateur pour qui Pie XII est aussi un argument en faveur de la thèse qu'il entend défendre:
"Selon lui, l’antisémitisme est intrinsèquement lié à la religion musulmane - de telles considérations sont absentes lorsqu’il évoque la religion chrétienne... Epoques et contexte sont mêlés sans réel souci de rigueur, et dans le plus grand simplisme."
Il faudrait l'inviter à participer au débat sur l'identité française :~)
Pour ce splendide commentaire d'un de vos articles :)
Généralement, les bons (journalistes, politiques, hommes d'affaire, syndicaliste, etc.) multiplient les ennemis parmi les extrêmes, et souvent même des deux côtés.
Logique, ces personnes ne veulent pas que les choses s'améliorent, elles veulent que les choses avancent dans leur sens.
En tout cas je souscris à vos paroles et vous engage à continuer à écrire sur le sujet ; moi, en tout cas, j'apprécie d'avoir un regard (autant que faire se peut) objectif sur le sujet.
Et en effet, la prochaine fois, tentez de glisser au moins une fois le mot "soldat" dans un article sur Gilad Shalit... tout le monde ne connait pas encore ce jeune homme, et connaitre sa fonction et les conditions de sa détention, ici, est essentiel à la bonne compréhension de la situation. Et change aussi la perception que l'on peut avoir du problème. Un soldat reste différent d'un civil quand on en vient à la détention en temps de guerre.
(Quand à la comparaison avec le pape... là... j'ai du mal à voir d'où ça sort)
Oh qu’il est difficile de parler d’Israël sans être critiqué !
C'est vrai, mais Slate est un des rares espaces sur le Net où le dialogue sur ce sujet reste possible. Alors s'il vous plait continuez Monsieur Benillouche.
C'est la règle du jeu depuis plus de 60 ans. En France, pendant longtemps le sentiment général a été plutôt pro-israéliens. Je me souviens encore de l'émoi et de la solidarité avec Israël qui avait été suscité par la guerre de Kippour. C'est l'occupation des territoires qui a progressivement modifié la perception que les européens ont des israéliens.
Une fois n’est pas coutume, je dois féliciter M. Benillouche pour son sens du dialogue.
Il est vrai que sa tâche est difficile. Il vit sa vie de journaliste dans un pays où il est difficile de réconcilier les divers points de vue en gauche et droit.
Il est vrai aussi que la seule solution du drame de la Palestine est via le dialogue. Et M. Benillouche, lui, dialogue avec ceux qui commentent ses articles sur Slate.
Je peux le rassurer toutefois que Slate le protège parfois – ce qui est leur droit – des critiques les plus virulentes (les miennes par exemple concernant son article sur le prisonnier Shalit.).
Heureusement des commentateurs plus doués que moi dans la langue française ne le laissent pas dire n’importe quoi.
C’est Churchill qui a dit que les problèmes les plus difficiles à résoudre sont ceux où tout le monde a absolument raison et où tout le monde a absolument tort. Le conflit Israélo-palestinien en est un, c’est clair.
Mais le dialogue en question bénéficierait sur Slate, et ailleurs, des contributions aussi régulières que ceux de M. Benillouche mais de la part d’un journaliste palestinien aussi talentueux que lui.
Car ce qui frustre ceux, comme moi, qui sont horrifiés par ce qui se passe notamment à Gaza, c’est l’absence d’une voix respectée qui nous informe de ce qui se passe. Tous les dés semblent être entre les mains des Israéliens, connus pour leurs talents dans les média.
Pourquoi faut-il laisser à une émission aussi ‘gentille’ que Thalassa sur FR cette semaine le soin de montrer la détresse, le désespoir et l’injustice de la situation dans ce lieu que je n’hésite pas de répéter ressemble à certains tristes ghettos d’antan.
M. Benillouche, quelque part, paie les frais de cette omission.