France

L’engagement méconnu de Simone Veil pour l’environnement

Temps de lecture : 2 min

On connaît peu cette facette de sa vie publique: Simone Veil était également une femme engagée, de longue date dans la protection de l’environnement. Elle a notamment contribué à établir un dialogue entre les collectivités, les associations et les industriels.

Simone Veil en 1984 I MARCEL MOCHET / AFP
Simone Veil en 1984 I MARCEL MOCHET / AFP

Sans doute commence-t-elle à appréhender le sujet en 1987, lorsqu’elle devient présidente du Comité français pour l'Année européenne de l'environnement. La question est alors secondaire dans le débat politique. Simone Veil réunit autour d’elle des élus, de sensibilités diverses, mais aussi des chercheurs, des associations (on ne dit pas encore ONG), des collectivités locales et des entreprises. Elle réussit, c’était loin d’être évident à l’époque, à les faire dialoguer.

Sa personnalité, son entregent, son autorité aussi, facilitent ce dialogue. Ce comité avait vocation à être éphémère. Elle décide de le consolider (et il existe encore aujourd’hui sous le nom de Comité 21(1)). Elle en garde la présidence, jusqu’au moment où elle en démissionnera pour rejoindre le gouvernement Balladur en 1993.

Faut-il protéger TOUTES les espèces?

Entretemps, elle aura notamment participé au Sommet de Rio (1992), dont elle revient avec des questions nouvelles pour elle, dont celle du réchauffement climatique et la protection des espèces menacées. Elle s’interroge alors, à mi-chemin entre la philosophie et la cause environnementale: faut-il tout protéger? Y compris les virus, par exemple?

Dans les débats qu’elle anime, deux restent marquants. Le premier confronte les points de vue, résolument antagonistes, de Greenpeace et d’industriels français, notamment de la pétrochimie. Des deux côtés, cette discussion fait peur. Le débat sera ferme, courtois, les points de vue irréconciliables mais le débat a eu lieu.

Dans une autre conférence, le président de Peugeot, Jacques Calvet, expose ses griefs vis-à-vis de Bruxelles, qui lui impose des normes environnementales excessives (on parle alors beaucoup du pot catalytique). D’autres présidents de grands groupes relaient ce discours, évoquant les difficultés qu’ils rencontrent à s’adapter à des contraintes qualifiées de technocratiques.

«Vous, les industriels français, on ne vous voit jamais à Bruxelles»

Colère froide de Simone Veil qui prend la parole. C’est l’ancienne présidente du Parlement européen qui parle. Elle a vu, des années durant, les industriels de la plupart des pays, et notamment l’Allemagne, porter des exigences environnementales fortes, proposant des normes qui correspondaient à leurs procédés industriels. Voici à peu près ce qu'elle dit alors, calmement, très calmement.

«Et vous, les industriels français, on ne vous voit jamais à Bruxelles. Vous pensez que vous pouvez continuer à polluer tranquillement. En revanche, lorsqu’il s’agit de demander des délais, des reports, de ne pas appliquer la loi qui a été votée, vous êtes les premiers. C’est intolérable. C’est irresponsable. Si vous voulez être entendus, commencez par faire des efforts, améliorez vos procédés industriels et s’ils sont bons, ils seront adoptés au niveau européen.»

Tous regardent leurs chaussures, penauds. En quelques phrases, elle a conjugué ses engagements environnementaux et européens et dit publiquement ce que l’on tait d’ordinaire.

Simone Veil ne correspond sans doute pas à ce que l’on imagine du militantisme écolo. Mais son engagement était sincère et sa stature lui permettait de faire valoir ses convictions au plus haut niveau, notamment des capitaines d’industrie lorsqu’ils pensaient encore qu’ils se débarrasseraient de l’écologie avec un simple coup de peinture verte.

1 — L'auteur de cet article, Jean-Marc Proust, a lui-même travaillé trois ans au Comité français pour l'environnement et le développement durable dit «Comité 21». Retourner à l'article

Jean-Marc Proust Journaliste

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