Monde

Le fabuleux voyage d'une photographe agoraphobe via Google Street View

Temps de lecture : 2 min

Jacqui Kenny raconte comment elle a pu capturer ces endroits du monde où elle n'aurait jamais pu se rendre par elle-même.

Captures instagram streetview.portraits
Captures instagram streetview.portraits

Jacqui Kenny est une photographe néo-zélandaise qui vit à Londres. Selon le New Yorker, terrifiée à l'idée de fermer son entreprise cofondée dix ans auparavant avec une amie, elle commence à explorer le monde sur Google Street View pour tuer le temps. Au début, elle choisit les lieux de manière aléatoire, se promène dans les rues de villes lointaines qu'elle n'aurait jamais pu visiter dans la réalité, prend des captures d'écran à chaque fois qu'elle tombe sur des images assez marquantes.

Kenny est atteinte d'agoraphobie, peur irraisonnée de perdre le contrôle de se retrouver dans des lieux publics, des espaces ouverts. De fait, elle a des difficultés de se rendre parfois dans une épicerie assez éloignée ou d'embarquer dans un avion. Même pour aller au mariage de sa sœur, en Nouvelle-Zélande, elle a dû passer par plusieurs mois de thérapie afin de venir à bout de son anxiété.

Contrôle et reddition

Street View est, pour elle, à la fois un passe-temps et un moyen de visiter des endroits où elle n'aurait jamais pu aller d'elle-même. Très rapidement, elle recherche de meilleures prises de vue: des régions arides avec des horizons clairs, des latitudes avec une inclinaison de la lumière du soleil, elle y passe bientôt des heures. «Je ne savais pas ce que j'allais faire de ma vie. Je n'étais pas d'humeur à affronter les gens», confie-t-elle à propos du début de son histoire avec Street View.

Jacqui Kenny publie maintenant des photos de sa collection sur un compte Instagram appelé Agoraphobic Traveler, référence à sa maladie. C'est une pratique qui implique chez elle un contrôle quotidien entre tension et reddition.

«Tant de fois, raconte Kenny, je vois des choses à distance qui me paraissent incroyables, mais soudain la voiture s'arrête ou quelque chose s'interrompt. Cela se produit 90% du temps. Je dois être prête à faire face à la déception.»

L'œil d'une professionnelle

Dans la plupart de ses photos, on aperçoit un ciel bleu clair et large, donnant l'impression que les clichés ont été pris au même endroit. Mais ses images s'étendent de Lima, au Pérou, jusqu' à Winslow, en Arizona, en passant par Charjah, aux Émirats arabes unis.

Kenny, qui ne se considère pas du tout comme une véritable photographe, a pourtant l'œil d'une professionnelle aguerrie. Elle est attirée par des paysages rigoureux et des arrangements ordonnés: lignes droites d'une route sur une grande distance, maisons rectangulaires identiques...

Les scènes qu'elles voient sont à la fois éloignées et révélatrices de la vie quotidienne des gens. «Si je voulais monter toutes les images folles que j'aies, j'aurais dix fois plus de photos à présenter», révèle la jeune femme. Mais elle en a décidé autrement. Internet a aussi son éthique.

Slate.fr

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