Algues vertes: haro sur le goret
Le lynchage médiatique des agriculteurs bretons est malsain.
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Jeudi 9 décembre, «Envoyé spécial» diffusait un reportage sur les algues vertes. Tout le monde connait vaguement le sujet: l'élevage des porcs entraîne la production de grandes quantités de lisiers dont 80% est épandu dans les champs. Le lisier est chargé en azote et en soufre. L'écoulement dans les rivières et le mélange avec l'oxygène de l'eau provoquent la création de nitrates, favorisant sous certaines conditions de températures, la création d'algues vertes qui s'échouent sur les plages en attendant de pourrir à l'air libre. Cette décomposition provoque des dégagements d'hydrogène sulfuré, un gaz toxique à l'origine de morts suspectes (deux chiens, un cheval, un homme...).
L'affaire est hélas connue. Elle a rebondit par un arrêt récent de la Cour d'appel de Nantes qui a reconnu la défaillance et la responsabilité de l'Etat dans la prolifération des algues vertes, et par les fuites d'un rapport censé être confidentiel, établi par le préfet des Côtes d'Armor, reconnaissant l'impasse dans laquelle il se trouve, face à trop de contraintes contradictoires, entre environnement et compétitivité. Mais le reportage, à charge contre les agriculteurs aveugles et le préfet impuissant, laisse une impression de malaise.
Il y a chez tout Français un mélange de Marie Antoinette et de Fouquet Tinville, l'accusateur public des tribunaux révolutionnaires. La première voulait que ses moutons gambadent au milieu des fleurs et le second n'hésitait pas à envoyer à l'échafaud tous ceux qu'il soupçonnait de trahison. C'est cette même ambivalence qui agit aujourd'hui. Ainsi, la première demande du cochon bio, nourri en plein air et au bon grain. Le second crie «Haro sur le goret», sans voir qui le mène, prévient le docteur Guilllotin qu'il va avoir du travail. C'est sur la place de Grève, près de l'Hôtel de ville à Paris qu'avaient lieu les exécutions capitales. C'est sur la plage de Grèves (Saint Michel en Grèves exactement) que se poursuivent les exécutions médiatiques. Tout est bon dans le cochon, même la tête des éleveurs, abattus en prime time sur les écrans de la télévision publique.
Il y a dans ce lynchage médiatique quelque chose de malsain. Certes, l'affaire des algues vertes est un désastre. Un désastre écologique et environnemental. Un gâchis économique pour 60 communes, qui doivent faire face à 60.000 tonnes d'algues toxiques par an ramassées pour 600.000 €, des pertes de recettes touristiques, une perte de valeur des biens etc. Et un désastre politique pour l'ensemble du monde agricole: en une génération le paysan nourricier est devenu l'agriculteur pollueur. L'élevage breton, parce qu'il affecte une région au cœur du cœur des Français, est hélas un symbole de cette dérive. A l'heure des médias, que pèsent 10 ou 100 millions d'investissement en traitement des lisiers face à de tels dégâts. Il faut un reportage à une heure de grande écoute pour casser une profession. Il faudra plusieurs années pour reconstruire une image. Les dégâts politiques des algues vertes sont hélas irrémédiables.
Pourtant, comment ne pas s'offusquer devant ce lynchage médiatique avec d'un côté les méchants - on les connaît- et de l'autre, les représentants des associations de la nature, chevaliers blancs des algues vertes mesurant les émanations qui se dégagent des tas déposés au bout des champs et prétendant que leurs enfants prennent des risques quand ils viennent jouer par ici (sur les tas de fumiers en décomposition?). Peut-on progresser ainsi? Chacun enveloppé dans sa certitude. La caricature ne mène à rien. On ne sortira pas de ce lisier en accusant les uns et les autres. Les agriculteurs sont confrontés à des concurrences européennes car la France n'est qu'un producteur parmi d'autres, loin derrière l'Allemagne et l'Espagne. Les ¾ de la production du Danemark sont tournés vers l'exportation. C'est aussi ça la réalité du métier. Lors d'une réunion d'information au bureau du Parlement européen à Paris, plusieurs syndicats ont indiqué qu'ils ne voulaient pas entendre parler du mot compétitivité (sic). Une belle position de négociation, bien française, à l'approche du débat sur la future politique agricole commune! Les éleveurs bretons eux, savent ce que c'est la compétitivité! Peut-on les blâmer? Accuser le préfet de laisser faire est facile. Certes, il pourrait - il devrait- refuser les extensions d'élevage mais la pression concurrentielle est là. Il lui reste un constat désabusé: «la diminution de ce phénomène (d'algues vertes) ne pourra passer que par un changement profond de pratiques agricoles sur les secteurs concernés, ce que la profession n'est pas prête à accepter pour le moment».
La télé ne sert-elle qu'à émouvoir? Un reportage plus utile aurait été de savoir s'il y a des algues vertes ailleurs. Que font les Allemands, les Espagnols, de leur lisier indigène pour leur propre consommation de charcuteries? Que font les Danois du lisier des Européens? Et la Chine, premier producteur mondial? Quelles solutions sont envisagées aujourd'hui? La piste du compostage, celle des carburants? Les grandes surfaces ne vont-elles pas se détourner immédiatement des productions locales si leur prix augmente? Les consommateurs sont- ils prêts à payer leur porc plus cher? Peut-on, enfin, trouver des solutions ensemble: producteurs, consommateurs, distributeurs, élus, Etat et médias. Ensemble? Vous avez dit ensemble? Comme c'est bizarre.
Nicolas-Jean Brehon
Image de Une: Lac de Donghu, dans le Wuhan, en Chine, REUTERS/China Daily China Daily Information Corp - CDIC
Mis à jour le 22/12/2009 à 14h50













































plutôt que de lynchage supposé des agriculteurs bretons (dont je ne vois aucune preuve, tant mieux) je parlerais plutôt de silence coupable de longue durée... Si vous habitez (ou aviez habité) en Bretagne vous savez (auriez su) qu'un des travers de la démocratie élective est que dans de nombreuses communes et autres instances notamment en Bretagne les élus sont agriculteurs ou sont liés par la famille ou leurs amitiés à des agriculteurs et que pendant fort longtemps et encore aujourd'hui un éleveur de porc (ou autre production polluante) qui dépose une demande d'autorisation pour étendre son exploitation n'a pas forcément à craindre la réponse qui est très souvent positive... Ceci n'a par ailleurs rien à voir avec le prix du porc pour le consommateur qui est en grande partie décidé par la grande distribution, le coût de revient de la viande de porc étant très faible et comme la plupart des produits alimentaires EN BAISSE ! Ce en quoi je rejoins l'auteur de l'article ce n'est certainement pas sur les agriculteurs qui faut lancer le "haro"...
J'ai vu le reportage en question (très bon au demeurant) et je n'ai pas perçu le lynchage que vous dénoncez. La parole était donnée à tout le monde et les producteurs de porcs reconnaissaient eux-mêmes qu'il y avait un problème tout comme le préfet des Cotes d'Armor qui défendait à sa façon les agriculteurs.
Le plus inquiétant était ces décharges sauvages d'algues vertes, notamment sur la commune de Gourin, bien loin du front de mer. Et les malaises dont étaient victimes les riverains. J'ai trouvé, contrairement à vous, qu'il s'agissait de la télévision à son meilleur, largement supérieur au niveau de votre article moins honnête que l'émission.
Snif, c'est con, j'ai oublié mon mouchoir à la maison. Au moins je peux rire... 100% du cochon français vient de Bretagne de tel sorte qu'il y a plus de cochons que d'humains dans cette région. Ce que les écologistes en premier, puis les citoyens en second (quand ces derniers ont découvert que leur eau était pleine de nitrate malfaisant), dénoncent depuis plus de 30 ans c'est cette concentration aberrante source de tous les déséquilibres environnementaux observés depuis des décennies, pas le besoin de l'élevage de ces porcs ! Nulle question de compétitivité ici ! Juste des choix politiques ! Le préfet, évidemment conscient de la problématique comme l'indique son rapport secret paru dans les médias, non seulement n'en a rien à faire mais en plus ce dernier aggrave la situation en signant des extensions de porcherie en connaissance de cause et sous pression du lobby agricole ! Et il faudrait se taire et se montrer compréhensif vis à vis de ces personnes ? Surtout quand ces derniers, derrière les discours officiels de prise en compte, tiennent un tout autre discours dans les rapports confidentiels et les actes ! Alors oui, le lynchage médiatique est nécessaire et bienvenue. Après 30 ans de combat contre l'autisme des pouvoirs publics, la survenue de catastrophes évitables, n'est ce pas le moindre ?
100% du cochon français vient de Bretagne de tel sorte qu'il y a plus de cochons que d'humains dans cette région.
Vous avez tord car les bretons sont aussi des cochons LOL...
Plus sérieusement la Bretagne produit assez de porc, boeuf , poulet, ou de "volporboeuf" (cet animal improbable digne du dahut qui compose les saucisses type "knacki") sans parler des végétaux ,pour nourrir plusieurs fois la France, et elle en exporte d'ailleurs beaucoup, mais vous trouverez toujours en magasin une large proportion de produits étrangers pour des raisons de marge bénéficiaire (impôts déduits !!) qui flirtent avec la politique et qui rejoint la problématique des paradis fiscaux et des nombreux moyens disponibles pour un grand distributeur qui peut voir un intérêt à importer par exemple du porc même moins bon et même plus cher d'un autre pays, mais sans payer d'impôt (ni en France ni dans le pays d'origine...) Pas mal comme pression...
Rappelons qu'à côté de cela l'agriculteur de base est à peine maître de son exploitation qui appartient au Crédit Agricole et qu'il ne décide souvent même pas de son travail lié qu'il est par contrat strict avec son fournisseur de porcelets, son fournisseur d'aliments pour porcelets et son acheteur de porcs (remplacez porc par tout animal comestible de votre choix) qui sont en général une seule et même boîte à multiples faux-nez (ou le premier lui fait crédit seulement s'il vend au troisième etc...) Si un lobby est à la source du problème alors c'est plus probablement le lobby de la grande distribution ou celui de la finance internationale, et non un lobby agricole...
Donc, pour s'en sortir, une seule solution, pas la quantité, mais la qualité: AOC, artisanal, bio, agriculture raisonnée etc... sont les directions à exploiter. La distribution directe grâce à l'internet, les réseaux de POS "écolo", les marchés etc... Il y a de fortes marges et on contourne les Auchan, Leclerc etc... Les Français sont riches ( oui, en comparaison aux pays du tier monde nous sommes très riche, un chômeur Français est beaucoup plus riche qu'un travailleur Indien) et aiment bien bouffer. De plus nous devons en finir avec les subventions...
habitant dans la région nNntaise dans les années 95, combien de fois ai-je pesté après avoir suivi une benne à lisier sur la route. Le garage empestait pendant 10 jours.
A l'époque je lisais tout ce que je pouvais trouver comme littérature sur le traitement du lisier. Les expériences étaient nombreuses à l'étranger et aussi en France. Nos voisins du nord je crois se chauffent avec. A l'heure où l'on nous parle d'économiser les énergies fossiles n'est-ce pas là une solution?
Je ne pense pas qu'il soit mauvais d'appuyer là où cela fait mal. En quinze ans des solutions auraient pu être apportées. Il n'y a pas que le porc qui pollue n'oubliez pas les élevages de volailles.
En France il ne fait pas bon montrer du doigt les paysans, nos politiques en ont une sainte trouille et pourtant ce ne sont pas les gardiens de la nature qu'ils prétendent être.
Comme d'autres, je n'ai pas vu de procès à charge contre les agriculteurs, mais contre le modèle de développement économique de la Bretagne qui est trop fortement et de manière croissante basé sur l'élevage.
Dans ce cadre, les éleveurs font leur métier et essaient de gagner au mieux leur vie, on ne peut pas leur reprocher.
Le problème est que ce modèle de développement est incompatible avec l'environnement. Même avec des efforts de retraitement, un tel cheptel génèrerait toujours bcp trop de lisier et de pollution.
De la même manière que l'Angleterre essaie de réfléchir à d'autres activités lui permettant d'être moins dépendante de la Finance, la Bretagne devrait cesser de ne compter que sur l'élevage. Elle devrait au contraire stabiliser voire réduire cette production et la remplacer par d'autres... Par exemple, l'agriculture bio dont la France n'arrive pas à couvrir ses besoins.
Il y a une solution toute simple, elle est élégante car non seulement elle nous permet de ne pas polluer, mais en plus elle crée de l'énergie. Ça s'appelle le Biogaz ou plus scientifiquement la méthanogénèse. Nos voisins Germaniques se sont fixé comme objectif qu'avant 2020 15% de leur énergie serait produite par ce procédé.
Le processus est simple, vous récupérez tout le purin (le pipi et le caca des animaux et des humains), vous le mettez dans un "réacteur", un genre de mixer géant, vous ajoutez quelques enzymes pour déclencher la réaction chimique, et prout ma poule, les mètres cube de méthane et de CO2 qui allaient de toute manières rejoindre les autres gaz à effets de serre, servent de carburants pour de gros moteurs genre V8 Chevrolet, pour faire tourner une dynamo qui produit de l'électricité. L'eau chaude du refroidissement du moteur, est elle envoyée dans des réseaux de radiateurs. Ce processus s'appelle la co-génération. Le résidu du réacteur, qui n'a plus de nitrate peut être utilisé comme engrais sans les inconvénients des lisiers.
Vous pouvez aussi mettre les déchets abattoirs et les pailles résultant de la culture de céréales. En fait, toute matière organique, en se décomposant, produit du méthane...
En Allemagne il y au moins 3 000 usines à biogaz. En France il y a un test. En Inde des millions de famille cuisinent avec ce gaz produit avec leurs excréments et ceux de leurs animaux...
à une extrémité nous sommes dans le domaine biologique, vivant, passionnant mais complexe.
A l'autre nous sommes dans le ressenti ( le senti même:le liisier, ça sent mauvais!), dans l'appartenance identitaire (je suis Breton et fier de l'être, je suis agriculteur, éleveur et on me dit que je ne devrais pas être fier, le sens du bien commun, la lutte pour l'intérêt particulier si les algues vertes sont près de chez moi, la confusion des genres, le souci de restaurer l'environnement à l'identique ou celui de le faire évoluer, l'art de recevoir tout problème comme insoluble ou de transformer un problème en solution, bref tout ce qui fait l'Homme pensant, intelligent, parfois aimant.
Et entre les deux la réalité ou les réalités: humaine, économique, chimique, physique, politique.
L'art politique justement consiste à réussir l'harmonie de ce vaste et riche orchestre. Mais où est donc le talentueux chef d'orchestre, incapable de "pensée unique" et se moquant totalement de savoir s'il est politiquement correct ou pas?
On le cherche toujours, celui qui expliquera:
que les algues vertes
-ce n'est pas forcément une calamité mortelle mais peut-être aussi un don de la nature à exploiter et à maîtriser;
-c'est d'abord les rejets de phosphates (rarement agricoles) qui nourrissent ces algues;
Où est-il le chef éclairé qui se souviendra et expliquera que
-si la Bretagne a attiré une très grosse partie de la production de porcs, de volailles ou de lait français, c'est parce que la Bretagne est certes dynamique mais aussi qu'elle bénéficie de ports qui ont permis de recevoir les Produits de Substitution des Céréales et les tourteaux de soja lui donnant un avantage comparatif incontestable;
-tout travailleur, soit-il paysan breton, a droit à une juste rémunération de son travail, donc à vendre son produit plus cher qu'il ne lui a coûté à produire;
-que tout consommateur doit être capable, à chaque fois qu'il critique un producteur, de raisonner de manière assez globale pour relier son comportement de consommateur à celui du producteur;
- que si des représentants syndicaux expliquent à un parterre réuni par des députés européens que la logique de Ricardo des avantages comparatifs, dogme de l'OMC, ne peut pas rimer avec celle de l'environnement préservé, fait de bocages et de myriades d'oiseaux, c'est qu'ils sont en permanence confrontés à ce choix impossible pour eux de ne suivre que la seconde qui signerait leur disparition.
-Que donc il y a toujours des solutions: elles passent par des décisions politiques qui refusent la dictature des dogmes .
En cette veille de Noël on aimerait que le rêve devienne réalité!
Je suis parti quelques jours et lors de mon retour, je lis les observations des slateurs. Elles m'inspirent trois réactions. 1/ sur les questions agricoles, les Français ont une sensibilité à fleur de peau. Quand j'écris un article critique sur la grève du lait, les éleveurs m'insultent. Quand je nuance les critiques contre les éleveurs porcins, les verts de tous verts sont indignés... Bon...
2/ Mon agacement suite à l'émission de France 2 est qu'une fois de plus on est dans le spectacle. Tout ce qu'on a vu et entendu alors est archi connu. Qu'a-t-on appris? Finalement rien. La triste logique des médias est de mettre de l'huile sur le feu.
3/ les agriculteurs doivent se préparer à deux années terribles. La PAC risque fort d'être anéantie. Cette émission et les commentaires des slateurs n'en sont qu'une preuve de plus.