Science & santé

Si vous entendez des voix, un médium peut vous être utile

Repéré par Mathilde Dumazet, mis à jour le 28.06.2017 à 17 h 13

Entre 5 et 10% de la population mondiale entendrait des voix et une étude américaine montre que ces hallucinations auditives ne sont pas forcément associées à une pathologie mentale. Les personnes qui arrivent à les contrôler pourraient même aider celles qui en souffrent à mieux les maîtriser… sans pour autant remplacer complètement les traitements traditionnels.

The Whisper |Brian Smithsonvia Flickr CC License by

The Whisper |Brian Smithsonvia Flickr CC License by

Jeanne d’Arc, Jésus, Zidane, Amélie Nothomb ou Martin Luther King. Invariablement, les articles sur les voix intérieures entendues par près d’un dixième de la population mondiale associent ces quelques noms comme autant d’exemples de personnalités qui attesteraient de l’existence de la «pathologie». Pourtant, selon plusieurs études scientifiques, le phénomène est beaucoup plus répandu qu’on ne le pense.

Dans un long récit, Joseph Frankel s’est intéressé à la question pour The Atlantic. On y apprend notamment que dans les années 1970, les personnes qui déclaraient entendre des voix étaient quasiment systématiquement hospitalisées et diagnostiquées schizophrènes. Depuis quelques années, la recherche a creusé le sujet, notamment dans le cadre de la mise en place de traitements plus adaptés à chaque pathologie. Et les résultats montrent que, si ces voix sont aussi peu médiatisées, c’est car une partie de ceux qui les entendent s’en accommode parfaitement au quotidien.

Un psychologue et un psychiatre ont ainsi comparé deux groupes de personnes ayant des visions: l’un composé de malades, l’autre de personnes qui cohabitent sereinement avec leur(s) voix intérieure(s). Le but ultime: mieux comprendre ce que ressentent «ceux qui ne souffrent pas quand leur esprit dévie de la réalité consensuelle» et mettre ainsi au point des diagnostics plus précis que celui de la schizophrénie, trop générale pour qualifier des symptômes qui varient autant selon les patients.

Diagnostic complexe

 

Au delà du diagnostic, les deux chercheurs ont également essayé de chercher des moyens d’améliorer les traitements. Depuis quelques années, en France et aux États-Unis, des sortes de groupes de personnes qui entendent des voix se sont formés, à l’image des Alcooliques Anonymes. Dans leur comparaison, le psychiatre et le psychologue ont donc cherché à savoir si l’environnement social et la réaction des gens qui entourent ceux qui entendent des voix ont une influence sur le développement d’une maladie mentale.

«Les maladies mentales et la schizophrénie sont de vraies maladies qui doivent donner lieu à un traitement. Mais la manière dont une culture interprète les symptômes peut affecter le diagnostic», confie Tanya Luhrmann, anthropologue.

Plusieurs anthropologues et chercheurs en psychologie ont montré que la perception du fait d’entendre des voix dépend du contexte culturel, historique ou religieux d’un pays. Selon les époques et les pays, entendre des voix n’a pas toujours été associé à une maladie mentale. Ce que montre la récente étude américaine, c’est que ceux qui cohabitent sereinement avec leur(s) voix (intérieure(s) ont souvent bénéficié d’un regard bienveillant de la part de leurs proches. En parler régulièrement avec des personnes qui expérimentent le même phénomène permettrait aussi de mieux vivre avec cette faculté particulière.

Partage d'expérience

 

Nombre d’entre eux se définissent comme des «médiums». Dans l’article publié dans The Atlantic, certains racontent qu’ils arrivent à maîtriser les voix qui leur parlent. «Elles peuvent venir traîner quand je suis au bureau, mais je ne leur parle pas, je dois vivre ma vie humaine», raconte Jessica. La mère de la jeune femme l’a toujours soutenue. Aujourd’hui, elle souhaiterait devenir médium à temps plein.

Pour l’anthropologue Tanya Luhrmann, la jeune femme n’est pas malade. «Les comportements inhabituels comme ceux-là ne devraient entrer dans le royaume du diagnostic médical uniquement s’ils font souffrir les gens» et les thérapistes ont beaucoup à «apprendre de ceux qui arrivent à contrôler leurs voix pour enseigner leur technique à ceux qui en souffrent».

Néanmoins, la démarche de certains d’entre eux qui consiste à remplacer les médicaments par les séances d’écoute peut s’avérer dangereuse pour les personnes qui souffrent de maladies mentales, rappellent les deux chercheurs. Aux États-Unis, le Hearing Voices Mouvement a reconnu l’importance des traitements médicaux mais milite pour un «choix éclairé» de la part des patients qui entendent des voix.

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