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Parité: le foutage de gueule d'Emmanuel Macron

Nadia Daam, mis à jour le 02.07.2017 à 22 h 06

Le nouveau président de la République a-t-il déjà oublié sa promesse d'appliquer la parité?

Emmanuel Macron et quelques unes de ses ministres, le 22 juin 2017 à l'Elysée | Christophe Petit-Tesson / AFP

Emmanuel Macron et quelques unes de ses ministres, le 22 juin 2017 à l'Elysée | Christophe Petit-Tesson / AFP

Ni de droite, ni de gauche, peut-être. Mais certainement pas féministe, et encore moins engagé sincèrement en faveur de la parité et de l'égalité hommes/femmes. Pourtant, au cours de sa campagne, et dans les premiers jours de sa présidence, Emmanuel Macron a fait tout comme il faut. À croire qu'il avait été coaché par une journaliste de Elle qui avait bien potassé son Chimamanda Ngozi Adichie. Emmanuel Macron, féministe, c'était beau comme une conférence TEDx. Rageant, comme n'importe quelle grosse arnaque.

De son vibrant «I am a feminist»  lancé le 2 décembre 2016, au Women’s Forum for the Economy & Society, à ses engagements sur la parité au sein de son équipe gouvernementale et les candidatures LREM aux législatives, il était presque parvenu à faire oublier l'omniprésence de mâles blancs encravatés dans sa garde rapprochée et son bilan très maigre quant aux questions des droits des femmes quand il était ministre de l'Économie.

Mais on est pas si naïfs, et on flairait un peu l'embrouille dans ce féminisme qui se révéla vaguement condescendant. Car le féminisme, quand il est revendiqué par un homme, est souvent le fruit d'un gigantesque malentendu, dans lequel Emmanuel Macron a sauté à pieds joints. Ainsi quand, comme argument de son engagement en faveur des femmes, il avance fièrement la place qu'il compte accorder à sa femme à ses côtés, grand seigneur, c'est pour filer, au passage un petit taquet à deux femmes, Valérie Trierweiler et Julie Gayet: «Elle aura cette place, pas dissimulée, pas cachée derrière un tweet ou une cachette». Oubliant au passage que le féminisme, c'est précisément ne pas mettre les femmes en concurrence pour leurs supposées qualités respectives.

Idem. Quand il finit par tempérer un peu le terme de féminisme (parce qu'il pique toujours ce mot hein?) pour dire lui préférer «l'altérité», c'est pour se livrer à un panégyrique cucul de LA Fââââme.

«Je crois dans l'altérité. La vraie altérité pour un homme, c'est la femme. (...) Je suis profondément féministe car j'aime ce qu'il y a d'irréductible dans l'autre qu'est la femme» (...) Moi-même j'ai plutôt travaillé dans des milieux où les femmes sont peu présentes : la haute fonction publique, la banque d'affaires, la vie politique. Assez rapidement, on s'aperçoit qu'on est bête dans l'entre-soi". Et d'attribuer comme effet à l'absence des femmes: «une perte de vitalité, de l'énergie qui est dans notre société.»

Car oui! Une femme c'est super pratique pour changer une ambiance. C'est comme un tapis, un abat-jour ou une nouvelle coupe de cheveux, ça vous réchauffe une atmosphère ou ça bouscule un peu le quotidien. Ce que dit Emmanuel Macron, c'est qu'une femme, c'est super parce que hey! c'est pas un homme. Et que ça a des qualités supposément typiquement féminines dont on aurait tort de se priver. Oubliant au passage que l'altérité pour une femme... c'est un homme. Et qu'étrangement, le dire simplement n'a jamais suffi à parvenir à la parité.

Et les engagements alors?

Macron a malgré tout eu des engagements concrets qui conduisaient à faire plus ou moins fi de ces postures qui suintaient déjà l'opportunisme et la démagogie. Et il y avait de quoi s'emballer un peu:

Il souhaitait (plutôt) avoir une femme comme premier ministre.

Il s'était engagé à faire en sorte que sa commission d'investiture présente 50% de femmes aux législatives.

Il avait promis un ministère «plein et entier sur les Droits des Femmes».

Il avait promis un gouvernement où les femmes auraient plusieurs ministères régaliens.

Il avait promis de se battre pour une parité à l'Assemblée nationale.

Soyons clairs, PAS UNE SEULE de ses promesses n'a été intégralement tenue, et la dernière reculade a définitivement sonné le tocsin de nos espérances. Les hommes sont partout, les femmes sont là au pire pour faire moderne sur la photo. Au mieux parce qu'elles étaient légitimes, et parce que, fait rare, on ne leur a pas trop tenu rigueur de leur sexe.

Mardi 27 juin, on apprenait en effet que François de Rugy avait été élu pour présider le Palais Bourbon.

Alors, OUI. Macron n'est pas responsable des votes. Ni de ceux de son groupe et encore moins des autres (qui eux aussi n'ont nommé que des hommes). Mais il n'a pas posé comme condition à LREM l'obligation de présenter une femme. François De Rugy, ce grand féministe qui se barbouille les lèvres de rouge pour les violences faites aux femmes, aurait fait savoir qu'il retirerait sa candidature si cela avait été le cas.

Pour le reste de l'Assemblée, calmons-nous. Certes, avec 38%, il n'y a jamais eu autant de femmes dans l'hémicycle, mais on est encore loin de l'égalité en termes de siège. Y avait-il vraiment de quoi titrer «parité: le changement c'est maintenant» plutôt que «c'est pas trop tôt, mais pas encore assez». On oublie qu'on partait de loin pour se rengorger du fait qu'on se rapproche à peine de l'égalité en 2017?  

Il respecte la loi

Si En Marche! a contribué à cette évolution avec 140 députés élues et 266 candidatures féminines, il convient de relever que les femmes ont parfois hérité de circonscriptions plus difficiles que celles octoyées aux hommes. Par ailleurs, en respectant l'égalité hommes-femmes en matière de candidatures, LREM n'a fait que se conformer à la loi du 6 juin 2000 qui sanctionne financièrement les partis qui ne présentent pas 50% de candidats de chaque sexe.

On va pas non plus faire des claquettes quand un parti respecte la loi.  

Enfin, si Macron tenait tant à voir des femmes aux manettes, pourquoi avoir imposé Richard Ferrand à la tête de La République En Marche à l'Assemblée alors qu'aux dernières nouvelles, c'est un mec? (oui, je sais pourquoi, mais vous voyez l'idée). Pour le reste des promesses, elles ont subi le même sort: enterrées, ripolinées, remises à plus tard, ensevelies sous une grosse couche de faux-semblants. Ainsi, sur le papier, le gouvernement Philippe II est parfaitement paritaire: quinze hommes et quinze femmes. Mais c'est en observant la composition exacte que l'on s'aperçoit que cette parité n'est que cosmétique. C'est numériquement fort, symboliquement faiblard.

Aux ministères régaliens (hormis le poste de chef des armées), on ne trouve que des hommes dans le premier gouvernement d'Edouard Philippe. Nicole Belloubet n'a été nommée garde des sceaux que dans dans le deuxième gouvernement, en remplacement de François Bayrou.

Les femmes, elles, héritent de portefeuilles dédiés à ce qu'on appelle le care: l'enseignement, la solidarité, le divertissement... Les postes de pouvoir, d'argent ou tout simplement stratégiques sont attribués aux hommes. C'est aussi les femmes qui arrivent couronnées du sacro-saint statut «issu de la société civile». Ce qui ressemble à une prise de risque «disruptive» (consistant à confier les affaires à des novices en politiques) finit en réalité à dépolitiser les femmes. La ministre de la Culture? Une éditrice. La ministre des Sports? Une sportive. La politique, à l'ancienne, reste une affaire de bonhommes. Les femmes ne font symboliquement que réenchanter la fonction. Voire, y donner une touche de glamour et de finesse.

Et quand une femme est nommée à un poste clé, comme Sylvie Goulard, avant de démissionner, les commentateurs s'empressent de la décrire comme une simple «pièce», utile parce qu'elle serait proche de Merkel. Et qu'elle pourrait discuter couple franco-allemand autour d'une thé et d'une assiette de strudel? Évidemment que la nomination d'un homme n'est jamais vue sous le prisme des sentiments. Une femme, oui. Presque toujours.

Pas de grand bond en avant

Enfin, bien sûr, l'un des premiers renoncements et pas des moindres: Emmanuel Macron s'etait engagé, le 28 avril, à mettre en place un ministère des droits des femmes. C'est finalement un simple secrétariat d'Etat dédié à l'égalité des hommes et des femmes occupé par Marlène Schiappa. Et si ces deux-là ont beau nous dire qu'on fait les fines bouches, parce que, quand même, ce secrétariat dépend directement du président, passer d'un ministère dédié (occupé par Najat-Vallaud Belkacem puis Laurence Rossignol) sous Hollande, à un secrétariat d'État sous Macron, c'est pas ce qu'on peut appeler un grand bond en avant.

Ce qui est intéressant, et déprimant, c'est de voir comment l'exécutif et sa communication réagissent quand on leur demande si on ne se fait pas un peu fait enfler. Quand la journaliste de Bloomberg Hélène Fouquet interroge le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner (oh, encore un homme) sur le faible nombre de femmes dans les cabinets ministériels (là aussi, encore des hommes majoritairement), il s'est empêtré dans une explication vaseuse et balbutiante. Et nous ressort l'argument du «nan mais la parité ok, mais c'est d'abord les compétences et la qualité des personnes».

Comme si l'un excluait l'autre, et qu'une femme nommée au nom de la parité était forcément suspectée d'être moins méritante. Alors que la parité, c'est TOUJOURS à compétences égales.

Le pire est néanmoins atteint quand le même Castaner est interrogé par le journaliste de «Quotidien» Paul Larrouturou à propos de l'élection de François de Rugy quand s'attendait à celle d'une femme. Et que Castaner répond qu'il lui arrive souvent «dans sa vie privée d'avoir ce genre d' espérances face aux femmes et d'être déçu».

Ah les femmes. Cette source d'emmerdes et de complications. Est-il vraiment utile de demander s'il aurait répondu la même chose pour n'importe quelle question à propos d'un homme?

Ne pas reproduire les schémas

Finalement, même si la question de la parité est primordiale, un autre sujet essentiel est pour l'instant escamoté par Macron et ses équipes: celui du sexisme en politique, en entreprise, et du sexisme tout court. Parce que le quinquennat Hollande et les précédents ne sont pas que marqués par l'absence de femmes aux plus hautes instances, mais aussi par les mutiples affaires d'agressions, de commentaires sexistes, de caquetements dans l'hémicyle. Non seulement Macron s'est montré extraordinairement taiseux sur le sujet. Mais il n'a pas annoncé de mesures qui combleraient les lacunes de la loi Rebsamen, n'a pas appelé les nouveaux élus à calmer leur joie quand ils voient une robe, n'a pas évoqué l'absence de légilsation claire sur le règlement national en matière de sexisme, n'a pas soutenu publiquement Cécile Duflot dans son opération pour lutter contre les comportements machistes et dégradants.  

Et la présence de 224 femmes de l'hémicycle ne suffit certainement pas à garantir de nouvelles règles. Comme le rappelait Mathilde Julié-Viot, co-créatrice du site Chair Collaboratrice à Slate.fr: «Il faut prendre des précautions car il y a beaucoup de femmes qui reproduisent les schémas de domination masculine et qui les ont intégrés. Ce n’est pas car plus de femmes sont élues que ce sera la révolution».

Et oui, Emmanuel Macron peut aimer tant qu'il peut «ce qu'il y a d'irréductible dans l'autre qu'est la femme», et même si c'est beau comme du Garou dans le texte, tant qu'il continuera à dire «la» femme et à se faire passer pour féministe, alors qu'il est au mieux romantique, on ne peut décemment pas parler de révolution, ni même de marche pour la parité de l'égalité. On est plutôt sur un go-fast sur l'autoroute du foutage de gueule.

Nadia Daam
Nadia Daam (191 articles)
Journaliste
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