Tech & internet

Bienvenue dans le monde des aspirateurs à LOL sur internet

Vincent Manilève, mis à jour le 17.07.2017 à 14 h 26

Du créateur jusqu'aux plagiaires, de Twitter jusqu'à Facebook, voici comment internet copie-colle les blagues.

Montage Slate.fr I source The Lonely Vacuum Of Space | JD Hancock via Flickr CC License by

Montage Slate.fr I source The Lonely Vacuum Of Space | JD Hancock via Flickr CC License by

Il y a quelques mois, un certain AlexOTime, plus de 320.000 abonnés sur Twitter, est apparu dans ma timeline Twitter, au gré de quelques retweets intempestifs. Ce qui m'a interpellé chez lui, ce n'est pas le contenu de ses messages –de petites blagues inoffensives ou des phrases inspirantes pour adolescents–, ni les milliers de partages et de likes dont bénéficie le jeune homme. Non, ce qui m'a frappé, ce sont les dizaines de réponses qui, à chaque tweet, accusent AlexOTime d'avoir plagié le message.

Pour les gens qui le connaissent, AlexOTime est effectivement un plagiaire réputé. Tous les jours, il copie-colle les tweets les plus partagés et les diffuse sur son propre compte, accumulant des likes et des abonnés sur le dos d'autres internautes bien moins suivis que lui. Plus incroyable encore, il assume complètement ses plagiats, en plaisante régulièrement, et se fait même un peu d’argent grâce à des messages sponsorisés. Le problème, c’est qu’il est loin d'être le seul à se servir sur Twitter pour gratter des retweets et parfois des euros: que ce soit sur des comptes personnels ou via des pages collectives, l'aspirateur à LOL fonctionne à plein régime sur internet.

Du copier-coller amateur au plagiat professionnel

Un point important tout d'abord. Il existe plusieurs types de plagiats, qui surgissent aussi bien sur Twitter, Facebook ou Instagram. Commençons par le plus simple: le plagiat amateur. On parle ici des comptes souvent peu suivis, qui profitent d'un tweet viral pour se l'approprier et se faire mousser sur les réseaux sociaux, ou au moins par leur entourage proche.

«La plupart des twittos reprennent simplement des blagues qui ont bien marché sans préciser qu’elles ne sont pas d’eux, nous a expliqué par mail l’équipe de Twog, un site de curation de blagues Twitter lancé en juin 2013 et mené aujourd'hui par sept personnes. Le but est de devenir populaire et d’augmenter son nombre de followers (abonnés) ou simplement de partager la blague parce qu’elle les a fait rire. Très souvent, ces twittos n’ont pas conscience qu’il s’agit d’un plagiat jusqu’à ce que quelqu’un le signale.»

Récemment, un internaute a ainsi partagé des contenus du site Golden Moustache à partir d'un site buzz qui lui-même les avait repris en intégralité en sourçant à peine les auteurs. Difficile de louer de réelles mauvaises intentions à ce type d’internautes, dont la malhonnêteté s'arrête souvent aux portes du RT. 

Viennent ensuite les comptes humoristiques identifiés, qui ont parfois une présence aussi bien sur Twitter que sur Facebook. Sous pseudos, leur objectif est d’alimenter quotidiennement leur compte avec du contenu amusant, que ce soit en réaction à l’actu ou non. S’ils ne plagient pas de façon régulière, ils profitent parfois d’un tweet viral mais ne bénéficiant pas d’une visibilité suffisante pour que la copie provoque des doutes. Il arrive aussi que certains plagiats soient des traductions de tweets populaires venant d'autres pays.

«Anglo-saxons, espagnols, allemands, chinois, ouzbèques, tout est bon à prendre quand on veut noyer le poisson et ne pas se faire prendre la main dans le sac, m'a expliqué par e-mail LANDEYves, qui tient son compte humoristique depuis 2009. C’est les Panama Papers du LOL, ces comptes qui brouillent les pistes. Après, en étant un peu attentif, en scrutant un compte qui abuse du stratagème, on voit vite le manque de cohérence d’ensemble, ça fait artificiel, on ne ressent pas une patte.»

En fouillant sur Twitter, j'ai ainsi repéré plusieurs profils de plagiaires tenus par des personnes construisant une identité humoristique. AlexOTime, dont on a parlé plus haut, a notamment recopié ce tweet sur celui-ci en le modifiant légèrement.

Sollicité, il a d’abord accepté puis décliné notre demande d’interview, expliquant qu’il préférait garder le «mystère» sur les coulisses de son business. Le compte Alextrxm (et caprxcieve pour les rips de vidéos) fonctionne sur le même registre, mais n'a pas encore la même réputation.

De nombreux récidivistes

 

Dans un registre humoristique plus prononcé, on peut citer des personnes comme Tilah, iWezzy_ ou c1Arabe, également accusés à plusieurs reprises par le passé. Dans un article posté en 2013, un membre du site Twog expliquait comment certains comptes s'adonnent aussi à cette pratique, en modifiant parfois un mot ou une virgule. LANDEYves m'a confié par e-mail avoir effectivement récupéré des contenus ailleurs à ses débuts:

«Au démarrage, j’ai réutilisé quelques fois de la matière qui traînait sur le web. Pas forcément pour gagner en visibilité. Plus pour alimenter régulièrement un compte. Dans les premières années du réseau, c’était un peu le far-west. On faisait tout et n’importe quoi, sans règle, sans se prendre la tête. [...] Aujourd’hui, avant de publier quoi que ce soit, je vérifie souvent s’il n’y a pas des précédents, des formulations proches, pour éviter tout procès en sorcellerie! Et surtout, dans l’idée d’être le tout premier à avoir dégainé.» 

Et quand je lui indique que l'un de ses tweets, publié l'année dernière, ressemble fort à celui d'un autre compte, publié une heure plus tôt, il répond ceci:

«Je peux comprendre l'accusation de plagiat, mais je ne follow pas ce compte et sans lui faire offense, son post n'était pas très visible. Donc je suis passé à côté. Encore une fois, avec mon nombre d'abonnés, c'est un risque. Par contre, je ne me souviens pas qu'on me l'ait signalé.»  

Il est impossible de calculer le pourcentage de tweets plagiés sur chacun de ces comptes. Après tout, la pratique chez ces personnes peut-être aussi bien exceptionnelle que régulière. Mais pour le gestionnaire du compte @LeDemoti, qui chasse les faussaires depuis deux ans et préfère garder l'anonymat, ce type de profil est souvent récidiviste.

«C'est en effet rare qu'on plagie par accident c'est le plus souvent régulier, m'a-t-il écrit sur Twitter. Nous vérifions toujours la Timeline de la personne avant de signaler un tweet, c'est-à-dire que nous allons regarder si la personne plagie régulièrement ou si c'est un accident car, oui, on peut plagier sans volonté de plagier, il arrive que les gens aient la même idée. Si on considère que c'est le cas, on ne signale pas le tweet.» 

«L’endroit où des idiots ont la même idée débile en même temps»

Nain_Portekoi, humoriste sur Twitter, a déjà été confronté à ce genre de situation, qui survient notamment dans le cadre de traits d'esprit autour de l'actualité. «J'ai l'impression que cela rend plus difficile la détection des plagiats, m'a-t-il expliqué par e-mail. Je dis souvent que Twitter, c’est l’endroit où des idiots ont la même idée débile en même temps. Vous n’avez qu’à faire une recherche sur Super Bol le soir du Superbowl…»

Cela ne l'a pas empêché d'être accusé de s'adonner au plagiat, comme n'importe quel utilisateur de Twitter ayant une ligne éditoriale humoristique.

«On m’a évidemment accusé de voler du contenu, généralement c’est juste que j’ai eu la même idée que quelqu’un avec un peu de retard. Ou que j’ai vu le tweet, que je l’ai oublié et puis reformulé quelque temps plus tard. J’ai deux réactions possibles dans ce cas-là: soit il s’agit d’un tweet de quelqu’un que je suis, et là je considère que je l’ai lu et reformulé et j’efface mon tweet en sourçant l’auteur. Soit c’est quelqu’un que je ne connais pas et j’estime être de bonne foi. De toutes manières, je pense que mon historique plaide pour moi: si quelqu’un a le courage (ou la stupidité) de relire mes 33.600 tweets il verra bien que 99,9% de ce que je poste sort de mon cerveau malade.» 

De manière générale, la réaction des faussaires démasqués varie selon le profil de la personne. @LeDemoti m'a expliqué qu'un certain nombre de plaigiaires arrivent à comprendre le problème posé par leurs pratiques. Mais d'autres «l'assument en considérant que le plagiat n'existe pas que c'est la grande famille d'internet et que tout ayant déjà été dit on peut donc tout dire.»

«Cela dit, continue Twog, ce n’est pas une pratique normale et les twittos mis en cause ont souvent, soit changé d’attitude, soit arrêté tout simplement de tweeter suite au “bad buzz” ainsi généré. En revanche, un certain nombre de twittos n’ont cure des remarques dont ils peuvent faire l’objet, et continuent de plagier abondamment.»

S'il y en a un qui, justement, plagie volontairement les autres et ne s'en cache pas, c'est bien Arnaud Nymes. Sur Twitter, où ses photos peuvent faire croire qu’il travaille ou a travaillé au «Petit Journal», il se décrit de la façon suivante: «Véritable orpailleur du web, je sélectionne pour vous les meilleures blagues de tout l'internet.» Du plagiat assumé donc, mais qui se fait sans jamais citer l’auteur de ces blagues. Pire, Nymes appose son logo «Arnaud+» (là encore une référence à Canal+) et s’approprie complètement son contenu. En 2016, à Buzzfeed France, il se justifiait bizarrement:

«Il faut savoir que je ne m'approprie pas les tweets que je poste. Le logo Arnaud+ est simplement là pour dire “approuvé par la communauté Arnaud+”. Je ne reconnais donc pas recopier certains tweets, étant donné que la plupart me sont envoyés par les abonnés à la page.» 

L'industrie du «qui a fait ça»

Le dernier groupe est sûrement le plus imposant: on parle ici de véritables industriels du plagiat. Il s’agit de comptes au nom générique et souvent destinés aux adolescents. Présents aussi bien sur Twitter qu'Instagram ou Facebook, ils cumulent plusieurs centaines de milliers d'abonnés (certains médias établis s'adonnent aussi à la pratique, mais ils font en général attention à citer leurs sources). Aux États-Unis, @Dory ou @GirlPosts assument pleinement ce positionnement et cumulent des centaines de milliers d'abonnés.

En France, on retrouve des profils Twitter comme CrisesDados, NousLesFilles, ou des pages Facebook comme Humour de FDP, Codes de Filles ou Dahk'Man. Et à chaque fois, des formats similaires: des captures d'écran de tweets et des rips de vidéos dont il est difficile de tracer l'origine. 

Le plus incroyable avec tous ces comptes que l'on vient de citer, c’est que le système de vol de contenus humoristiques est à la fois parfaitement structuré et complètement flou. Sur Facebook, certaines captures d'écran de tweets contiennent le nom de l'auteur, d'autres non. Les gestionnaires de ces pages papillonnent en fait de page buzz en page buzz, reprenant à l'infini les contenus et effaçant à chaque fois un peu plus leurs origines.

Difficile donc de savoir si ces pages cachent volontairement ou non le nom des auteurs. Bien souvent, on retrouve des ersatz redécoupés de tweets, de Vines quand ils existaient encore, de vidéos Facebook ou Snapchat. Parfois même, d'une page à l'autre, on retrouve non seulement le même contenu, mais également la même légende (on peut supposer légitimement que ces comptes sont gérés par les mêmes personnes). Cet écosystème s'auto-nourrit en permanence, si bien qu'il est difficile de remonter la piste d'un contenu. Surtout quand l'auteur original est le dernier souci des aspirateurs à LOL. 

«Ils préfèrent supprimer que créditer»

 

Khaled Freak, compositeur et YouTubeur rendu populaire grâce à ses morceaux où il remixe avec humour la vie politique française, est souvent victime de «rip», cette technique qui consiste à télécharger une vidéo sur une autre page pour la republier sur son propre compte. Par téléphone, il m'a expliqué ce duel permanent qui s'est installé avec des aspirateurs à LOL.

«Dès le début, ils ne me mentionnaient pas, ce sont mes abonnés qui me prévenaient. Alors j'ai rajouté le logo dans la vidéo. Mais maintenant ils coupent le logo et ne me mentionnent toujours pas. J'ai essayé d'engager des discussions avec eux, et la réponse qui m'est revenue souvent c'est “On n'a pas le temps, on ne veut pas se prendre la tête à mentionner”. D'autres me répondaient aussi qu'ils ne voulaient pas me faire de publicité, qu'ils n'avaient rien à y gagner. Quand je demandais à ce qu'on rajoute mon nom ou alors j'allais la signaler, la vidéo était vite supprimée. Ils préfèrent supprimer que créditer. Ils s’en tapent de savoir qui l’a fait. Seuls 20% environ me créditent au final en me présentant des excuses et en disant qu’ils ne savaient pas d’où venaient l’original.»  

Il y a quelques jours, YouTunes, un compositeur YouTubeur, a réalisé qu'une de ses vidéos avait été réuploadée en deux parties par la page «Nous Les Meufs», sans qu'il soit crédité. Lorsqu'il a demandé à ce que son nom soit cité sous le post, le ou la responsable de la page lui a demandé dix euros pour le faire...  

J'ai tenté de contacter plusieurs de ces comptes, mais mes questions sont restées sans réponse. 

Le business du plagiat internet

Comment se prémunir contre ce genre de pratiques? La réponse est évidemment complexe quand le dialogue entre l'auteur et le plagiaire mène à une impasse. Mais un événement survenu en juillet 2015 a permis d'apporter un début de réponse, en tout cas pour les plagiats sur Twitter. Olga Lexell, auteure freelance américaine qui vit grâce à ses blagues, a formulé une requête à Twitter pour que le réseau social retire les tweets ayant repris une de ses blagues. Requête acceptée par Twitter en vertu du Digital Millennium Copyright Act (DMCA), chose rare pour les contenus textuels, comme l'a expliqué The Verge à l'époque.

«Habituellement, les réclamations concernent des contenus intégrés comme les photos ou les vidéos, ou pour les tweets qui renvoient vers des sites hébergeant illégalement du matériel protégé par le droit d'auteur, comme les films. Il est plus rare de voir des requêtes DMCA impliquant des tweets de texte.» 

Le raisonnement est le même sur Facebook, qui propose le même type de formulaires régis par la loi américaine.

En 2014, Slate s'était penché sur la protection des blagues sur Twitter et expliquait que la loi les protège dès qu'elles prennent forme, sur un mouchoir ou dans un tweet:

«Les tweets, comme l’explique Maître Anne Cousin, avocate associée au cabinet Granrut, “peuvent relever de la propriété intellectuelle”, pour peu que soit démontré leur caractère original (au sens où l'auteur exprime sa personnalité dans son œuvre, de façon originale).»

Et parfois, il est difficile de montrer sa personnalité dans une œuvre de 140 caractères: «C’est vraiment trop court pour permettre d’atteindre le niveau de créativité requis», estimait en 2015 Nina Gosse, juriste en propriété intellectuelle. 

Pourquoi aller aussi loin pour 140 signes? Parce que certains plagiaires font de l'argent grâce à leurs pratiques. «Il y a un véritable business du plagiat qui dépasse le simple cadre d’un simple tweet, m'explique Twog. Des personnes alimentent leur communauté ainsi et deviennent rapidement des influenceurs du net, ce qui leur permet d’être rémunérés par des marques.» 

Des cas complexes

 

Et parfois, et surtout quand on parle de création de blagues, le business du plagiat va encore plus loin. «À plus grande échelle encore, le plagiat est présent sur des sites de news ou de buzz ou physiquement avec des livres de citations, note Twog. On a eu le cas avec Démotivateur, Larousse ou Tweets Post Mortem 

Voici trois cas de figure très intéressants. En mars 2015, Twog sortait un article dénonçant les pratiques du site Démotivateur, expliquant qu'il avait plusieurs fois repris des articles en les copiant-collant ou des tweets sans citer les auteurs. Le site, qui se vante de faire des dizaines de millions de vues par mois, profite évidemment des espaces publicitaires et gagne de l'argent grâce à des contenus repris sans avoir forcément l'autorisation de l'auteur d'origine. 

En 2014, Larousse a connu une polémique encore plus importante avec la publication d'un livre, Les Perles des tweets et du net, qui a repris des centaines de tweets sans l'accord de leur auteur, oubliant même parfois de les citer. Face à la polémique, la maison d'édition avait décidé de retirer le livre de la vente. 

Le cas de Tweets Post Mortem, sorti début 2017 chez Jungle Editions et écrit par un certain Jeff Domenech, est beaucoup plus complexe. À l'intérieur, on y trouve une série de blagues faussement attribués à des célébrités décédées. Twog parle sur son site de plagiat, mais il est très difficile de faire concrètement le même constat. En effet, en plus de blagues que l'on peut juger «authentiques», les blagues dont on retrouve les traces en ligne ont tellement d'occurrences qu'il est quasiment impossible de retracer leur origine.

Par exemple, Domenech écrit:

«Quand un SDF me demande si j'ai une pièce pour manger, je lui réponds toujours: “Oui... Ma cuisine”.»  

C'est une «blague» qui se répète depuis des années, que ce soit sur des sites, sur Twitter ou sûrement pendant les repas de famille, si bien que le premier auteur est difficile à identifier. Contactée, la maison d'édition a tenu à me faire savoir qu'une équipe juridique avait vérifié la validité du livre et qu'aucune plainte n'avait été déposée après sa sortie. Le livre est présenté comme un recueil de blagues, ce qui sous-entend que certaines d'entre elles ne sont pas écrites par Jeff Domenech mais qu'elles ont été tellement recyclées que certains estiment qu'elles appartiennent au domaine public. Un positionnement délicat et qui ne semble pas avoir de résolution. 

Réclamations

 

Aujourd'hui, pour plusieurs dizaines d'auteurs Twitter, un nouveau combat s'est instauré, cette fois contre Pascal Petiot et son WC Book 2017, livre humoristique édité chez Sand et sorti en septembre 2016. En mai dernier, Le_M_Poireau, qui n'est pas concerné par le problème, découvre que de nombreuses blagues ont été piochées chez des influents de Twitter, qui sont certes cités, mais à qui Pascal Petiot n'a pas demandé l'autorisation.

«On est réunis à beaucoup (au départ 108 mais certains sont partis) en DM groupé, m'a expliqué via Twitter Le_M_Poireau. Il a reçu des courriers recommandés qu'on a fait rédigés par une avocate (les twittos sont des gens normaux, on a tous des relations!) lui offrant une porte de sortie s'il veut réguler sa situation sous peine de… Pour l'instant on en est là. C'est très choquant que Pascal Petiot fasse commerce du contenu des auteurs, qu'il cite mais sans leur demander leur accord ni bien sûr les indemniser.»

Pour l'heure, ils discutent entre autres d'éventuelles suites judiciaires à donner à cette affaire et ne comptent pas en rester là. De son côté, la maison d'édition Sand temporise: «Je suis solidaire de mon auteur, m'a expliqué au téléphone Carl Van Eiszner, PDG des éditions Sand & Tchou et Place des Victoires, tout en ajoutant que la situation concernait avant tout Pascal Petiot et les auteurs Twitter. Pascal Petiot m'a dit que certains tweets étaient déjà des reprises d'autres tweets, mais aussi qu'il pensait faire œuvre de bienfaisance en les citant, car il aime bien ce qu'ils font et il voulait leur faire de la publicité. Mais en soi, le livre ne repose pas sur ces tweets, il peut exister sans, et pour la prochaine édition je lui ai demandé de s'en passer.» 

Notons ici que Bernard Pivot et Pierre-Emmanuel Barré, respectivement critique littéraire et humoriste, n'ont pas forcément besoin de publicité.  

Surtout ne pas être drôle sur Twitter

LANDEYves estime, de façon générale, que «le meilleur moyen de ne pas être plagié, c’est d’être inimitable»:

«Le but ultime, s’il doit y en avoir un, c’est comme pour la musique: qu’à un moment en lisant un tweet, on puisse se dire un truc du style, ouais, là c’est du @ untel.» 

«Le seul moyen de lutter contre le vol de ses blagues sur Twitter c’est de ne pas poster ses blagues sur Twitter», estime de son côté Nain_Portekoi, qui ajoute que les humoristes les plus célèbres se retiennent justement de dévoiler leur matériel en amont pour le préserver jusqu'à ceux qu'ils montent sur scène. Malik Bentalha a expliqué au Huffington Post avoir «décidé de ne pas être drôle» sur Twitter et se comporter comme un «utilisateur passif»Dans sa bio Twitter, Baptiste Lecaplain écrit ainsi: «Mes meilleures blagues sont payantes donc pas sur Twitter.»

Et si certains se retiennent d'être drôles (ou ne le sont pas vraiment), ils sont plusieurs, auteurs comme humoristes, à piller sans retenu les blagues des autres. Au États-Unis, The Fat Jew a été épinglé en 2015 pour ses plagiats de nombreuses blagues sur Instagram. Après avoir juré n'être qu'un «curateur» de l'humour, il a promis de «revenir en arrière, et tout attribuer aux auteurs. Je veux mettre en lumière ces gens qui disent des choses drôles.» En France, Tony Saint-Laurent est accusé régulièrement de plagiat. L'exemple le plus flagrant, et le plus surréaliste, concerne le tweet ci-dessous, qui est en fait un marronnier de la vanne Twitter

Même avec les plus grands, difficile de ne pas se poser de questions. Une blague de Gad Elmaleh et Kev Adams, issue de leur récent spectacle «Tout est possible», traîne sur internet depuis plus de cinq ans. Faut-il parler de plagiat ou d'un hasard malheureux? Cette question n'aura sans doute jamais de réponse. 

Une chose est sûre pourtant: tant que la loi ne statuera pas clairement sur ces situations délicates, et notamment le potentiel artistique d'un tweet ou d'une légende de vidéo, les réseaux sociaux apparaîtront encore et toujours comme un supermarché où les clients se sentent libres de se servir gratuitement, et d'aller revendre ensuite leurs produits au premier venu. 

Vincent Manilève
Vincent Manilève (351 articles)
Journaliste
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