Culture

Doit-on censurer un artiste parce qu'il porte un maillot du PSG au Vélodrome?

Robin Panfili, mis à jour le 30.06.2017 à 10 h 40

Le rappeur français Vald fait l'objet d'une controverse après avoir arboré un maillot du Paris Saint-Germain à Marseille. Une polémique qui pose problème et qui va bien au-delà d'une simple rivalité footballistique.

Vald au Stade Vélodrome de Marseille (Instagram)

Vald au Stade Vélodrome de Marseille (Instagram)

Trois petites heures avant son concert à Marseille, à l'occasion du festival de musique Marsatac, le 24 juin, le rappeur français Vald, originaire d'Aulnay-sous-Bois dans la banlieue parisienne, trompe l'attente en tournant une petite session musicale dans l'enceinte du mythique Stade Vélodrome, dont une partie est réquisitionnée pour accueillir les artistes avant leur entrée sur scène.

Sur place, tout est parfaitement calé: l'équipe du festival demande et obtient «après quelques hésitations» des autorisations de tournage. Le média et collectif de production vidéo Sourdoreille, de son côté, se charge du tournage et de la mise en ligne de la vidéo.

«L’occasion est trop belle pour lier musique et foot en réalisant une session au sein du Vélodrome, écrit l'un des membres du collectif dans un billet publié le 26 juin. Sourdoreille en parle à l’entourage de Vald qui accepte de relever le challenge. Le roi du troll, très peu fan de foot, et encore moins du PSG, nous fait rapidement part de son idée de chanter avec un maillot de Paris. L’idée nous botte bien et on lui dit de foncer.»

Juste après le tournage, en guise de mise en bouche, Vald poste, sur son compte Instagram personnel, une photo de lui dans laquelle il arbore fièrement le maillot du Paris Saint-Germain, l'éternel rival des Marseillais. Sur la légende de la photographie, on lit un sarcastique «Alléééééééé L'OM».

 

Alléééééééé L'OM !

Une publication partagée par Vald Sullyvan (@valdsullyvan) le


Céder à la colère de quelques Marseillais

Peu après, Vald file à son concert. Sur scène, comme dans le public, tout se passe bien. Malgré la petite provocation, il n'est même pas sifflé. «Il y a eu bien quelques chants "anti-parisiens", mais toute l’audience connaissait le côté provoc et second degré de Vald. Et c’est pour ça qu’ils l’aiment. L’ambiance du concert sera donc excellente et très bon enfant», note Sourdoreille. Un constat qu'à confirmé Vald, vidéo à l'appui.

Mais lorsqu'il quitte la scène, l'ambiance change radicalement. Car après les réactions –parfois virulentes et indignées, mais franchement prévisibles– de supporters marseillais en ligne, c'est la mairie de Marseille qui entre en jeu. Après la diffusion de la photo, la municipalité tente même de mettre pression sur Arema, la société qui gère le Vélodrome. Cette dernière, elle, va plus loin, ajoute Sourdoreille. Car Arema confie le dossier à son service juridique et se réserve le droit de déposer plainte contre le rappeur en fonction de l'utilisation des images tournées dans l'enceinte du stade.

«Nous sommes très scrupuleux sur les usages commerciaux du stade», explique une porte-parole de la société au Parisien. La mairie de Marseille, dans une interview accordée au Parisien, s'est dite «mécontent[e] et inquièt[e] quant au respect des règles de sécurité pour accéder à l’enceinte», regrettant le fait de n'avoir pas été mise au courant du tournage.

Sauf que, pour Sourdoreille comme pour l'équipe du festival, tout s'est fait dans les règles. «Nous avons une autorisation validée et écrite du stade pour tourner une vidéo de promotion du festival. Une interview et un morceau freestyle de Vald ont été tournés depuis les loges qui donnent sur le stade», affirme Marsatac. Quant au maillot du PSG à Marseille? «Nous ne fouillons pas les valises des artistes, ils portent ce qu'ils veulent». Et bien heureusement.

Une entrave à la liberté de création

Cet incident pose donc problème sur plusieurs points. D'abord l'annulation d'une vidéo, non pas parce qu'elle comportait des propos violents, haineux ou insultants, mais seulement parce que son protagoniste y porte un maillot du Paris Saint-Germain dans le stade d'un club rival. Un geste qui, jusqu'à preuve du contraire et à quelques rares exceptions près, n'est guère interdit par la loi, surtout dans le cadre d'un festival musical.

C'est pourtant bien ce qui s'est passé. Et ce, grâce à la pression de «quelques personnes influentes» ayant «fait pression sur un festival pour bloquer la diffusion d’une vidéo réalisée par un média» et cédant à l'ire de certains internautes sur Facebook, Twitter ou Instagram. Là est tout le nœud du problème: une société privée, avec l'appui d'une municipalité, est parvenue à interférer dans un processus de création artistique libre et a même réussi à en censurer le résultat final. Une démarche que Sourdoreille regrette:

«On comprend aisément que cela ne plaise pas à la Mairie de Marseille ou au Vélodrome. Mais, dans une démocratie, on ne devrait simplement pas pouvoir empêcher un artiste de s’exprimer et un média de pouvoir produire des vidéos, le tout, en respectant le cadre légal.»

Pris en étau, Sourdoreille a finalement décidé de ne pas diffuser la vidéo en question, par solidarité et afin de ne pas mettre en difficulté le festival Marsatac qui célèbrera, l'année prochaine, sa vingtième édition anniversaire. «Soucieux de ne pas porter préjudice à un festival que nous portons particulièrement dans notre cœur depuis des années, nous avons, la mort dans l’âme, accepté de ne pas diffuser la vidéo.»

Robin Panfili
Robin Panfili (187 articles)
Journaliste à Slate.fr
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