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Macron: «Merci Hollande, mais…»

Gilles Bridier, mis à jour le 27.06.2017 à 12 h 09

Les clignotants économiques passent au vert, Emmanuel Macron tire les dividendes des mesures prises durant le quinquennat Hollande. Mais l’inversion n’est pas brutale. La croissance française ne fera pas mieux que la moyenne de la zone euro cette année.

Emmanuel Macron et François Hollande, le 14 mai 2017 à l'Elysée | ERIC FEFERBERG / AFP

Emmanuel Macron et François Hollande, le 14 mai 2017 à l'Elysée | ERIC FEFERBERG / AFP

«Quelle guigne que les quinquennats!», pourrait pester François Hollande. Qui sait…un an ou deux de plus, et l’ex-président aurait peut-être pu briguer un deuxième mandat, avec un bilan économique plus présentable. Car la tendance s’inverse dans le bon sens depuis le début de l’année, et de nombreux clignotants sont passés au vert. Trop tard pour lui, mais une relative aubaine pour son successeur Emmanuel Macron, au moment où il s’apprête à engager des réformes.

Bien sûr, l’inversion est progressive. Par exemple, lorsque le nouveau président est entré à l’Elysée, il a hérité d’une croissance de 0,5% au premier trimestre 2017, identique à la fin 2016. Le rebond n’est pas brutal, mais bien réel. Et dans sa note de conjoncture de juin, l’Insee considère qu’il devrait atteindre 1,6% sur l’ensemble de l’année en cours, au lieu de 1,1% en 2016. Du jamais vu depuis 2011. Une hausse plus forte que pendant tout le quinquennat Hollande.

Un contexte international stimulant

La France, en l’occurrence, bénéficie d’un contexte international plutôt porteur. Certes, il existe des incertitudes. Elles concernent notamment les États-Unis et la politique de relance budgétaire que décidera de mener le président Donald Trump. Ou le Royaume-Uni, sur lequel plane toujours un risque de récession après une contre-performance à seulement 0,2% au premier trimestre 2017 (soit trois fois moins que dans la zone euro à 0,6% selon l’institut Eurostat).

Mais les projections établies par la Banque mondiale demeurent globalement favorables avec une hausse de 2,7% pour l’ensemble de la planète, alors que la zone euro devrait afficher une progression de 1,7% selon la Commission européenne. Dans ces conditions, et même si la croissance française pourrait demeurer un peu plus molle que la moyenne européenne, elle continuera à être stimulée par son environnement. D’où l’intérêt de renforcer les liens à l’intérieur de la zone.

Mais la tendance favorable ne tient pas qu’à l’environnement international. Les mesures prises au cours du quinquennat Hollande portent maintenant leurs fruits. Sont-ils trop tardifs? Le temps économique connaît toujours une inertie contre laquelle le temps politique est impuissant. L’ancien président en aura fait les frais; Emmanuel Macron récoltera ce que François Hollande a semé.

Ce dont Emmanuel Macron va profiter

Prenons le cas du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), que le nouveau président veut pérenniser sous forme d’abaissement de charges pour les entreprises. Cette transformation  était déjà un projet de François Hollande, évoqué dès 2014. Emmanuel Macron, qui l’avait repris à son compte en 2015, le réalisera. Et en tirera les dividendes. Car même si le CICE aura tardé à produire ses effets à cause de sa complexité, il n’aura pas été inutile pour redynamiser l’activité des entreprises.

Globalement, elles ont d’abord utilisé ce dispositif pour redresser leur trésorerie. «Cet effet de bol d’air financier a pu moduler des décisions d’ajustement d’emploi et sans doute aussi permettre la survie, à court terme ou même de façon durable, de certaines entreprises dont la situation financière était particulièrement fragile», note le comité de suivi du CICE dans son rapport 2016. Par exemple, pour la seule année 2015, plus de 424.000 micro-entreprises ont bénéficié d’une créance fiscale, ainsi que 117.000 PME, 4500 ETI et 250 grandes entreprises. À ce titre, le dispositif a pu contribuer à la baisse du nombre des faillites qui a atteint au début 2016 le plus bas niveau enregistré depuis 2012, selon l’état des lieux établi par la Coface (Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur).

Bien sûr, le bilan est contrasté suivant la taille des entreprises et les secteurs d’activité. Et la bouffée d’oxygène offerte par le système n’a pu ranimer toutes les entreprises en difficulté,  comme l’ont révélé des défaillances et plans de licenciement retentissants aussi bien dans l’industrie (GM&S) que dans le commerce (Vivarte). Mais, globalement, les résultats sont là, de l’aveu même de certains patrons de PME pourtant peu enclins à voter des satisfecits à François Hollande et qui reconnaissent avoir profité de mesures plus intéressantes sous le précédent quinquennat (le CICE mais aussi le suramortissement, les aides à l’embauche, les réductions de charges sur les bas salaires…) qu’au cours des années antérieures.

Mieux: après le recul –même modeste– des défaillances d’entreprises, on assiste à une reprise des créations, de 6,2% sur les trois premiers mois de 2017! Les micro-entrepreneurs animent ce mouvement de reprise, mais pas seulement: les entreprises individuelles et autres sociétés sont dans la même aspiration. Avec des emplois à la clé.

Derrière les investissements, l’emploi

Aussi, après avoir combiné les effets du CICE et du dispositif de suramortissement pour redresser la rentabilité de leur activité, les entrepreneurs sont passés à une phase d’investissement. Dans un contexte de croissance de la démographie des entreprises, on a assisté au début d’année à une hausse de 0,9% des investissements, qui devrait se poursuivre au deuxième trimestre selon l’Insee.

Rien de bouleversant, mais malgré tout un coup de rein des entreprises qui se traduit par une amélioration de la situation de l’emploi. Tel était le schéma vertueux espéré avec la mise en place du CICE, mais qui a trop tardé à s’enclencher pour François Hollande.

On peut le pointer aujourd’hui: compte tenu du «contexte porteur» décrit par la banque publique Bpifrance dans son enquête de conjoncture de juin, l’emploi repart. Doucement, mais sans équivoque. Au premier trimestre de l’année, l’Insee a enregistré 89.700 créations nettes d’emploi, soit une hausse de 0,4% après 0,3% au dernier trimestre 2016.

Les services marchands mènent la reprise, avec un niveau de créations nettes d’emplois presqu’aussi élevé en seulement trois mois que pour toute l’année 2015! Et si l’industrie fait toujours figure de parent pauvre, continuant à détruire plus d’emplois qu’elle n’en crée, la construction est sortie de la crise et se remet à embaucher. Or, quand la construction va, tout va, pourra commenter Emmanuel Macron qui profite de ce redémarrage.

La preuve: sur un trimestre en France métropolitaine, le taux de chômage au sens du BIT (bureau international du travail) a baissé de 0,4 point pour s’établir à 9,3% à la fin mars selon l’Insee. Pour la France entière y compris l’outre-mer, le recul est identique mais le taux est alors de 9,6%. Comme au début 2012!

Ainsi, c’est au moment où Hollande s’en va que le taux de chômage retrouve son niveau du tout début du quinquennat. Et pour Emmanuel Macron, la tendance est orientée dans le bon sens, ce qui n’était pas le cas cinq ans plus tôt! Même l’Unedic table sur un redressement de ses comptes grâce à une nouvelle convention signée pendant le mandat Hollande, anticipant un retour à l’équilibre financier pour 2020.

Un irréductible chômage de masse

Mais les Français perçoivent-ils cette amélioration? Pas encore. Le chômage en France reste toujours plus élevé que la moyenne des pays membres de la zone euro. Et il évolue toujours en dents de scie.

Fin mai, le nombre d’inscrits à Pôle emploi n’exerçant aucune activité a encore augmenté de 0,6% sur un mois. Avec 3,414 millions de demandeurs d’emploi, la hausse est même de  0,9% sur trois mois. De sorte que, sur un an, et compte tenu des hauts et des bas, le recul ne dépasse pas 0,8%.

On comprend que dans les régions les plus touchées par le chômage, l’amélioration des indicateurs économiques ne soit pas perçue par les Français. D’autant que si on ajoute les inscrits à Pôle emploi en situation précaire avec des activités réduites, le total porte à fin mai sur 5,560 millions de personnes, en hausse de 0,8% sur trois mois… et de 2,5% sur un an.

Comment expliquer cette situation alors que le taux de chômage baisse? Avec l’arrivée de nouvelles classes d’âge sur le marché du travail et le recul de l’âge des départs en retraite, la population active augmente plus vite. Mais, grâce à des embauches plus nombreuses, le nombre des demandeurs d’emploi n’évolue pas dans les mêmes proportions. D’où la baisse de ce taux.

Mais cette relance économique n’est pas encore assez robuste pour que le nombre des demandeurs d’emplois se résorbe de façon spectaculaire. Pour les Français, le chômage de masse est toujours là, l’inversion de la courbe se fait attendre. Cette situation n’est pas étrangère à la stagnation des dépenses de consommation des ménages, qui n’ont pas progressé au premier trimestre, illustrant l’inquiétude des foyers et leur prudence dans la gestion de leur budget.

Entre les dirigeants qui ont les yeux rivés sur les statistiques et les citoyens qui ont une perception bien différente de leur réalité, une fracture peut se créer. Voilà qui va singulièrement compliquer la tâche d’Emmanuel Macron pour mener ses réformes, notamment sur le Code du travail dès cet été. Elles seront d’autant moins bien acceptées que l’amélioration de la conjoncture ne sera pas perçue par les Français, et qu’une plus grande flexibilité du marché du travail sera ressentie comme la porte ouverte sur une plus grande précarisation si les embauches ne sont pas au rendez-vous.   

Gilles Bridier
Gilles Bridier (656 articles)
Journaliste
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