Monde

La compagnie aérienne nationale israélienne interdite de changer des femmes de siège pour des raisons religieuses

Repéré par Juliette Mitoyen, mis à jour le 04.07.2017 à 12 h 16

Repéré sur The Guardian

Régulièrement, des religieux ultra-orthodoxes retardaient des avions à destination et en provenance d’Israël car ils refusaient de s’asseoir à côté de femmes.

Un avion de la compagnie aérienne israélienne El Al, le 19 juillet 2016, à l'aéroport international de Ben Gurion, près de Tel Aviv. 
JACK GUEZ / AFP

Un avion de la compagnie aérienne israélienne El Al, le 19 juillet 2016, à l'aéroport international de Ben Gurion, près de Tel Aviv. JACK GUEZ / AFP

La justice israélienne a tranché: les membres d’équipage de la compagnie aérienne israélienne Al El ne pourront plus demander à une personne de changer de siège en raison de son sexe, selon The Guardian. C’est la survivante de l’Holocauste Renee Rabinowitz, 83 ans, qui a poursuivi la compagnie en justice.

En 2015, elle embarque depuis l’aéroport de Newark (près de New-York) pour un vol à destination de Tel Aviv. À côté d’elle s’asseoit un Haredim, un homme de confession juive ultra-orthodoxe:

«Je lui ai dit bonjour, et je pensais que ça s’arrêterait là. Mais j’ai remarqué qu’il parlait avec un steward et qu’ils chuchotaient entre-eux. Le steward me demande alors de changer de place en m’expliquant qu’il y en a une meilleure ailleurs. Mais la place n’était pas forcément meilleure, et j’ai compris qu’il m’avait déplacée car l’homme l’avait réclamé. Il ne voulait pas que je sois assise à côté de lui. J’ai donc demandé au steward quel était le problème, et il m’a répondu que la Torah interdisait cela. J’étais à la fois vexée mais je ne voulais pas non plus passer 11 heures de vol à côté de cet homme qui ne voulait pas de moi, donc j’ai décidé de rester à ma nouvelle place de mon propre chef.»

Renee Rabinowitz ne repense plus à cette histoire jusqu’à ce qu’elle assiste à un débat animé par Anat Hoffman, présidente du Centre d’Action Religieuse d’Israël, une organisation visant à défendre les droits de l’Homme en Israël dans des affaires religieuses et d’état. Ce jour-là, la discussion tourne autour de l’habitude des compagnies aériennes à déplacer les femmes pour satisfaire les passagers ultra-orthodoxes. «J’ai expliqué que ça m’était arrivé il y a peu, sur un vol de l’El Al, et Anat Hoffman m’a demandé si je voulais porter plainte.»

«J'attends mes prochains vols avec impatience»

C’est ainsi que Renee Rabinowitz porte plainte contre la compagnie aérienne nationale... et, ce 22 juin 2017, gagne son procès. La juge Dana Cohen-Lekah a estimé que ces pratiques discriminatoires allaient justement à l’encontre de la loi israélienne sur la discrimination. Elle a ainsi décrété, jeudi 22 juin, qu’en «aucune circonstance un membre d’équipage ne peut demander à un passager de quitter son siège attitré car le passager assis à côté ne veut pas de sa présence du fait de son sexe».

Désormais, la compagnie El Al sera obligée de rédiger des consignes écrites pour son personnel interdisant ces pratiques discriminatoires, et de les entraîner à ce genre de situation. El Al a également été condamné à payer 1.650 euros à Renee Rabinowitz en dommages et intérêts.

La loi donne 45 jours à la compagnie pour changer ses pratiques. Un porte-parole d’El Al a assuré que «ces nouvelles procédures seraient expliquées aux employés» et que la compagnie respecterait «le verdict de la Cour».

Renee Rabinowitz se félicite du jugement rendu:

«J’espère qu’El Al va prendre cette décision au sérieux. J’attends mes prochains vols avec impatience, et j’espère que si j’assiste à une scène où un homme demande au personnel de déplacer une femme, le steward lui dira: «la loi m’interdit de faire cela.»

Le Guardian relève que l’action de Renee Rabinowitz doit être perçue comme une victoire dans un contexte plus large qui est celui de l’attitude problématique des ultra-orthodoxes envers les femmes dans l’ensemble de la société israélienne.

D’autres compagnies desservant Israël ont été témoins de cas d’hommes qui ne souhaitaient pas s’asseoir près de femmes. En février dernier, un vol de la compagnie EasyJet a été retardé car dix ultra-orthodoxes refusaient de prendre place tant que les passagères censées être assises à côté d’eux ne changent de place, ce qu’elles ont fini par faire pour permettre à l’avion de décoller.

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