Culture

Les séries argentines entrent dans leur âge d’or

Temps de lecture : 3 min

Ambitieuses, imprégnées des tiraillements politiques et sociaux du pays et de son passé douloureux, les séries télévisées argentines séduisent désormais bien au-delà du monde hispanique. Comme le prouve la série El Marginal, récompensée au Festival Series Mania 2016 et diffusée sur CANAL+ à partir du 26 juin.

CANAL+, El Marginal
CANAL+, El Marginal

L’Argentine est le plus européen des pays latinos. Non seulement, parce qu’elle est en grande majorité peuplée de descendants d’Espagnols, d’Italiens ou de Français, mais aussi par son côté freudien, et même lacanien, avec près d’un psy pour 700 habitants… Que sa culture contemporaine - qui ne résume ni au tango ni à sa riche littérature - trouve un écho en Europe parait donc naturel.

C’est le cas avec ce qu’il est convenu d’appeler la nouvelle vague du cinéma argentin. Ce courant se développe avec succès depuis une dizaine d’années, après une période de basses eaux durant la dictature, puis le chaos économique qui a conduit à la faillite du pays fin 2001.

Nouvelle génération de réalisateurs

Une nouvelle génération de réalisateurs a surgi : Fabiàn Bielinsky, dont le film Nueve reinas (les neuf reines) a été remarqué sur la scène internationale dès 2000, Pablo Trapero, avec Carancho en 2010 et Elefante Blanco en 2012, et Juan José Campanella qui, avec El secreto de sus ojos (Dans ses yeux), a reçu en 2010 l’Oscar du meilleur film étranger et le Goya du meilleur film en langue espagnole.

Ce cinéma d’auteur ambitieux et créatif, marqué par les blessures de la dictature et par un réalisme décrivant de façon souvent engagée les maux de la société argentine actuelle, se décline désormais dans l’univers des séries télévisées. Celles-ci suscitent l’intérêt à l’étranger, aux Etats-Unis mais aussi de ce côté-ci de l’Atlantique.

La Casa en est un exemple parlant : il s’agit de treize histoires indépendantes, tournées dans une grande demeure argentine unique, située dans le delta du Tigre, non loin de Buenos Aires et brossant un tableau historique, politique et social de l’Argentine, du début du XXème siècle à 2025. Le réalisateur Diego Lerman vient précisément du cinéma (Tan repente). Sa série a été sélectionnée en 2015 par le festival français Séries Mania au Forum des Images.

Critique féroce de la politique

A cette occasion, il avait d’ailleurs déclaré à Courrier International apprécier l’idée d’alterner films et séries, non sans déplorer le « conservatisme » des chaines de télé argentine. « Elles ne s’aventurent pas en terres inconnues. Elles préfèrent reprendre les formules qui fonctionnent et diffuser des séries étrangères. Il y a pourtant chez nous la créativité et le talent nécessaires pour être plus audacieux », expliquait-il.

Au début des années 2010, la très décapante série El Puntero a pourtant été diffusée sur Canal 13. Elle a passionné quelque 2 millions de téléspectateurs argentins avec son héros «chef de quartier», gérant son bidonville sans craindre les accomodements avec la loi.

Au-delà du réalisme cru avec lequel est décrite la vie de galère quotidienne dans les barrios, la série décortique les relations troubles de ce puntero avec les plus hautes sphères de l’Etat, qu’en réalité il sert, tout aussi gangrenées par la corruption. Une critique féroce de la politique «à l’argentine».

Allers et retours séries-longs métrages

Les exemples d’allers et retours des cinéastes entre séries et longs métrages ne manquent pas. Avant d’accéder à la notoriété internationale avec Dans ses yeux, Juan José Campanella avait réalisé en 2006 une série de qualité, Vientos de Agua, au fort contenu social.

Il ne faut pas davantage chercher à opposer l’univers de ces séries, exigeantes dans la forme et le fond, à celui des télénovelas, feuilletons emblématiques de l’Amérique latine, dont la trame narrative sommaire se décline invariablement autour des mantras amour, gloire, beauté, argent et trahisons…

Ainsi, l’un des coauteurs d’ El Marginal, série carcérale en forme de thriller, aussi violente et drôle dans son propos que virtuose dans sa réalisation, récompensée lors du Festival Series Mania 2016, est Sebastiá Ortega. C’est un auteur bien connu en Argentine pour avoir écrit Graduados, une des télénovelas les plus célèbres d’Argentine, qui a battu tous les records d’audience en 2012 sur Telefe…

Au pays des gauchos, il n’y a, apparemment, guère d’ostracisme entre genres cinématographiques. Une différence avec la France peut-être.

Découvrez la série El Marginal

13 épisodes inédits

A partir du 26 juin à 20h55

Sur CANAL+

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