Monde

Le Kazakhstan fait son show à cinq milliards, mais personne n'est là pour le voir

James Palmer, traduit par Pierre Marti, mis à jour le 02.07.2017 à 12 h 51

Le pays d'Asie centrale s’est bâti à Astana une ville futuriste pour accueillir la Foire Internationale et installer sa marque sur la scène mondiale. Le problème, c’est qu’il a oublié d’inviter du monde. 

Des danseurs illuminent l'Expo à Astana (et son Etoile noire), le 10 juin 2017.
Aleksey FILIPPOV / AFP

Des danseurs illuminent l'Expo à Astana (et son Etoile noire), le 10 juin 2017. Aleksey FILIPPOV / AFP

Astana, Kazakhstan

J’avais la Grèce pour moi tout seul. Alors que je marchais dans son tunnel des philosophes, de jeunes Kazakhs enthousiastes m’ont accosté. «Voilà l’alphabet grec! Il comporte vingt-quatre caractères et ça a été la première langue de la science. Par ici, je vous en prie, venez prendre une photo au bord de la mer.» Ils m’ont poussé devant un décor méditerranéen et, seul contre cinq, j’ai été contraint d’écouter leurs explications incessantes.

C’était un après-midi ensoleillé et le deuxième jour de l’EXPO 2017, qui se tenait en périphérie d’Astana, la capitale du Kazakhstan. L’Expo se vante d’être «les Jeux olympiques de l’économie, du commerce et de la culture», un événement mondial où chaque pays participant présente ses réussites nationales dans son propre «pavillon» et où des foules se massent pour voir des bouts de toute la planète. Mais ce jour-là, à la première Expo jamais organisée dans un Etat postsoviétique, il n’y avait pas de foule du tout.

L’Expo était organisée dans la périphérie d’Astana, près d’un des nombreux chantiers de la ville, dans un parc construit pour l’occasion. Surnommée la «cité du futur» mais ressemblant surtout à un vaste centre de conférences, le site était selon les organisateurs indépendant énergétiquement, grâce à un mélange d’éolien et d'hydroélectrique. Chaque pavillon occupe un espace allant d’une simple pièce à plusieurs étages, tout le long d'un cercle de bâtiments neufs construit pour entourer une grande sphère de verre noir placée en son centre: le pavillon du Kazakhstan. Vu de l’Ouest, le dôme surplombe les immeubles d’habitation environnants. «Il y a deux façons d’emmerder les Kazakhs, fit remarquer un délégué. Parle de Borat, ou appelle leur dôme "l’Etoile noire"

Pavillon désert

L’évidente absence de visiteurs, au contraire, n’a pas besoin d’être mentionnée. La Grèce n’était pas le seul pavillon désert. Beaucoup étaient vides, à l’exception des employés. Quelques-uns des grands noms comme la Chine, l’Allemagne ou les Etats-Unis recevaient des groupes d’une dizaine de visiteurs de temps en temps, mais à l’extérieur de la plupart des pavillons, je serpentais entre des barrières dans des files d’attente vides. Sur les avenues au-dehors, deux personnes sur trois portaient les cordons des équipes de l’Expo. Je surpris une conversation entre deux délégués européens: «Nous devons nous préparer au pire cas de figure, qu’il n’y ait personne à notre événement.» Depuis des années, les organisateurs kazakhs ont peu à peu revu à la baisse leurs estimations des visiteurs attendus lors des trois mois que dure l’événement: cinq millions, puis trois millions, et maintenant deux millions.

Le jour de l’ouverture, les chiffres officiels faisaient état de seulement 10.000 visiteurs, mais c’était déjà généreusement arrondi. Le jour suivant, les foules furent clairsemées encore. Dans le pavillon chinois, une vidéo en images de synthèse montrait une vue aérienne d’un site d’exposition plein de monde, mais à l’extérieur, la rue était vide à l’exception d’un gardien fumant sa cigarette. A l’heure du dîner, les tables de pique-nique vides et les immenses baies vitrées du deuxième étage du centre de restauration lui donnaient l’air d’un aéroport de province à deux heures du matin.

Lors de ma précédente visite d’une de ces expos, en 2010 à Shanghai, les rues étaient noires de monde, et 73 millions de visiteurs étaient venus. La dernière Expo «spécialisée», (il s’agit d’évènement en général de taille moindre se tenant entre les Expos mondiales quinquennales) avait eu lieu dans la ville côtière coréenne de Yeosu en 2012 et avait attiré 8 millions de visiteurs. Officiellement, Astana a vendu 670.000 billets, mais de sérieux doutes subsistent quant au réel nombre de ces ventes. En revanche, il ne fait pas de doute que l’événement a bien coûté entre trois et cinq milliards de dollars (entre 2,6 et 4,3 milliards d'euros). Qu’avaient pensé les organisateurs de l’Expo en confiant l’événement à Astana? Et pourquoi cette capitale isolée s’était-elle portée candidate?

L’Expo était autrefois un événement international d’importance majeure, une opportunité pour le pays organisateur et les pays participants de montrer leur puissance à un vaste public. La première, organisée dans le Crystal Palace construit pour l’occasion à Londres en 1851 fut l’incarnation de la puissance et de la gloire de la Grande-Bretagne victorienne. L’Exposition universelle de 1889 laissa derrière elle la Tour Eiffel dominant Paris. En 1939, la World Fair de New York dont le slogan était «Building the world of tomorrow» (Construire le monde de demain) chantait la science-fiction utopique des voitures nucléaires et des robots serviteurs. Pendant la majeure partie de la Guerre froide, les Etats-Unis et l’Union soviétique ont érigé des pavillons vantant leur suprématie sociale et technologique.

Mais depuis les années 80, l’Expo est largement sortie du radar du public occidental. Les évènements sont toujours sous le contrôle du Bureau International des Expositions (BIE) à Paris, mais à notre époque de vols bon marché et de communications faciles, il y n’y a plus de frisson à voir une mise en scène d’un bout d’Espagne, de Thaïlande ou d’Egypte. Dans le même temps, les entreprises privées ont pris une place bien plus grande lors de ces évènements, y voyant une opportunité de présenter leurs produits et d’impressionner des clients potentiels. Le gouvernement américain est même quant à lui empêché par une loi américaine de 1999 de fournir des fonds pour son propre pavillon, rendant celui-ci entièrement dépendant du mécénat privé.

Le Président russe Vladimir Poutine et son homologue kazakh Nursultan Nazarbayev à l'inauguration de l'Expo 2017 à Astana, le 9 juin 2017. Mikhail METZEL / SPUTNIK / AFP

Dans les pays en voie de développement en revanche, l’Expo reste un objet de fascination. Pour le grand public de ces parties du monde, il y a toujours une certaine excitation à entrevoir des lieux et des peuples lointains; pour leurs gouvernements, de tels évènements représentent toujours de rares occasions de se montrer à un public international conséquent, quoique de moins en moins important. En 2010, en tant que rédacteur au sein du Global Times soutenu par le gouvernement chinois, j’avais été obligée de travailler sur des dizaines d’articles consacrés à l’Expo de Shanghai et à son importance pour le pays. (Oui, ils étaient incroyablement ennuyeux, mais c’est toujours comme ça avec les médias officiels, il aurait pu s’agir des Jeux olympiques du sexe et cela aurait de toute façon été assommant.)

Rassemblements absurdes

Il était inévitable que le Kazakhstan soumette un jour sa candidature à l’organisation de l’événement. Avec ses immenses ressources naturelles, c’était le pays d’Asie centrale étant parvenu avec le plus de succès à s’extirper des ruines de l’Union soviétique. Sous le régime de l’autocrate Nursultan Nazarbayev, l’ancien dirigeant du Parti communiste local ayant pris le pouvoir sans heurts lors de la chute de l’Union soviétique, l’économie s’est développée continuellement tandis que la presse restait muselée et la corruption endémique. Son influence internationale est restée très limitée. Depuis les années 1990, le pays s’efforce sérieusement de corriger cette déficience en accueillant le reste du monde le plus souvent possible. Au cours des dernières années, il a été le lieu de toutes sortes d’évènements, de championnats de football en rencontres entre leaders religieux, sans oublier les pourparlers de paix syriens.

Une partie du dynamisme du pays quand il s’agit d’organiser de tels évènements vient de l’ego même de Nazarbayev. A 76 ans, il songe de plus en plus à ce qu’il laissera derrière lui. Un des principaux monuments d’Astana est le Musée du Premier président de la République, un mausolée édifié avant sa mort. Nombre des rassemblements organisés au Kazakhstan sont absurdes: le Congrès religieux international, a commenté un expert du dialogue interconfessionnel, a été «une complète perte de temps mise sur pied à la façon des évènements soviétiques sur la religion et la paix, qui étaient de même pour des régimes répressifs une vitrine destinée à avoir l’air bienveillant».

Mais cela va plus loin que cela. Tout comme il ignore presque tout des autres pays centrasiatiques, le reste du monde ne sait pas où se situe le Kazakhstan et qui sont ses habitants. Pour la fierté kazakhe, trouver un récit national à raconter au monde (ou, pour parler business, une marque à lui vendre) est donc très important.

Les Kazakhs se sont particulièrement bien accordés sur un point: l’hospitalité. Là où d’autres Etats centrasiatiques ont échoué à trouver une marque identitaire post-soviétique forte, les Kazakhs savent ce qu’ils veulent mettre en avant. Les Kazakhs aiment beaucoup, beaucoup vous dire à quel point ils sont accueillants. «L’Expo est très importante pour nous parce que les Kazakhs sont un peuple naturellement amical. Et nous voulons accueillir chacun», m’a expliqué Tilik Zhunnunsova, un cadre de bureau d’Astana. «Et parce que le Kazakhstan était un lieu d’échange sur la Route de la Soie d’autrefois, les invités sont toujours les bienvenus au Kazakhstan.» Dans le pavillon du Kazakhstan lors de l’Expo, un mur entier était consacré à expliquer l’importance d’être un bon hôte.

Cette culture de l’hospitalité est réelle, mais loin d’être unique. Plutôt qu’une invention kazakhe, c'est une tradition partagée avec d’autres, qui puise aux racines du nomadisme turc et arabe d'Asie centrale et du Moyen-Orient. Le Kazakhstan a dépensé des milliards pour ces évènements, un coût élevé pour une nation dont presque la moitié de la population vit toujours avec environ 70 euros par mois. Mais ce récit national n’est pas mauvais pour une jeune nation. «La chose que j’admire réellement chez les Kazakhstanais», explique Anthony de Angelo, directeur de la communication du pavillon américain, «c’est qu’à une époque où tout le monde se détourne du reste du monde, eux veulent au contraire se tourner vers lui».

Un seul autre candidat

Le chemin du Kazakhstan vers l’organisation de l’Expo a été une vraie promenade de santé. Le pays a soumis sa candidature en 2012, quand le seul concurrent était la ville belge de Liège. Comme l’Expo précédente, Milan 2015, s’était déjà tenue en Europe, et parce que le Kazakhstan avait ses coffres remplis de l’argent de son pétrole tandis que la Belgique était prise dans la crise européenne de la dette, la victoire avait été facile. Le BIE avait été heureux de pouvoir se vanter de voir pour la première une Expo organisée dans un pays post-soviétique.

Tout comme les Jeux olympiques, l’Expo est un événement dont l’organisation est devenue une perspective moins attrayante en période de difficultés économiques, une perte d’argent garantie qui reste séduisante surtout pour ceux qui veulent venir au-devant de la scène internationale. Le Kazakhstan a failli remporter également les Jeux olympiques d’hiver de 2022, ne perdant que de quatre voix contre Pékin, le seul autre candidat, toutes les autres villes ayant abandonné en raison de l’opposition de leur population ou de difficultés financières.

C’est alors que la première erreur fut commise. La localisation naturelle de l’Expo aurait dû être Almaty, la plus grande ville, l’ancienne capitale du pays. Almaty n’est pas seulement grande, mais elle est également relativement facile à atteindre, non seulement pour les Kazakhs, mais également pour leurs voisins d’Asie centrale.

Cependant, depuis 1997, le gouvernement du Kazakhstan est basé dans la ville nouvelle d’Astana, à mille kilomètres au Nord d’Almaty, près des frontières du pays, des régions méridionales de la Sibérie, entourée de rien d’autre que de steppe. La ville ressemble à un mélange entre un parc à thème et un grand chantier: des centres commerciaux voisinent de grands palaces (construits, naturellement, pour permettre l’accueil d’événements internationaux) tandis que les structures de nouveaux immeubles d’habitation s’élèvent non loin de là. Nazarbayev a donné de l’agent du pétrole à des architectes célèbres comme le Japonais Kisho Kurokawa et le Britannique Norman Foster pour qu’ils conçoivent la ville nouvelle, tant et si bien qu’elle est pleine de monuments gigantesques rutilants ayant l’air d’être sur le point de muter en Transformers.

Ville à moitié vide

La majeure partie d’Astana est belle mais également à moitié vide, ses hôtels sont ridiculement chers, leurs prix étant tirés vers le haut par le flux de délégations étrangères et d’officiels régionaux voyageant tous frais payés. «La ville est trépidante», a confié avec imagination le chef du pavillon américain Joshua Walker au magazine Forbes. Il est vrai qu’un embouteillage très inhabituel a été provoqué par la cérémonie d’ouverture, une longue procession de SUV aux plaques d’immatriculation personnalisées, mais Astana circulait encore à ce qu’on peut, au pire, qualifier d’allure tranquille. Me promenant dans la ville, je me trouvais souvent seul, en général près d’une statue plaqué or ou d’un buisson en forme de dinosaure.

Presque aucun effort n’était fait pour attirer des visiteurs étrangers. En Russie, une campagne de communication décousue était parvenue à attirer quelques visiteurs, mais chez les autres voisins du Kazakhstan, presque rien n’avait été fait. Air Astana avait promis des billets gratuits pour l’Expo à qui voyagerait sur leur compagnie, mais aux aéroports d’Almaty comme d’Astana, les machines les délivrant étaient cassées.

J’ai rencontré dans un parc d’Astana un duo de touristes chinois observant une carte («je crois que nous sommes ici, tu vois, voilà la grande pyramide de verre»). L’un d’eux, M. Tan, s’avéra vivre à quelques kilomètres de chez moi à Pékin. Retraité des cadres du parti communiste, il était un fan des Expos. «J’ai adoré Shanghai», me dit-il, ravi de ce souvenir. «Il y avait un peu de tant de pays! J’ai été tellement heureux de voir qu’il y aurait une nouvelle Expo près de la Chine cette année». Mais ils étaient les seuls touristes. Accueillir c’est formidable, mais c’est mieux quand on a des invités.

Ressentiment des habitants

De plus, on sentait chez de nombreux Kazakhs un ressentiment contre l’Expo. Certes, beaucoup de gens en étaient fiers. «Nous nous préparons à cela depuis quatre ans! Même les enfants savent ce qu’est l’Expo», me confiait Nikolai German, un commerçant russe kazakhstanais. Mais sur réseaux sociaux kazakhs se sont multipliées les plaintes, évoquant des personnes forcées d’acheter des billets, des fonds de retraite détournés pour financer l’Expo, sans oublier l’absurdité de la dépense de milliards pour un projet d'orgueil tandis que «la moitié du pays chie encore dans des trous dans le sol».

«Le gouvernement fait passer les tourniquets à des clochards pour faire monter les chiffres»

Un habitant d'Astana

Et puis, il y a aussi la corruption. Le gouvernement kazakh a déjà reconnu que des millions de dollars ont été volés lors du processus de construction. En partie en raison des retombées de disputes entre les élites oligarchiques du pays, le dirigeant responsable de l’Expo, le responsable de la construction et le directeur de gestion de la société chargée de l’Expo ont tous été arrêtés pour détournement de fonds. Ce n’est pas surprenant: le Kazakhstan est un pays très corrompu et l’Expo, comme tout événement d’importance, est un terrain de jeu pour escrocs. L’Expo de Milan, en 2015, avait ainsi été secouée par des scandales de corruption, aggravant le cynisme ambiant entourant l’événement.

«Le gouvernement fait passer les tourniquets à des clochards pour faire monter les chiffres», m’a dit un autre habitant d’Astana refusant de me donner son nom. (Le Kazakhstan est au 157e rang mondial pour ce qui est de la liberté de la presse, et les dissidents sont fréquemment arrêtés.) «Bien évidemment, je n’irai pas» a proclamé Tlagat, un ouvrier du bâtiment. «C’est pour les gens comme vous», m’a t-il dit en me touchant la poitrine de son doigt calleux. «Pas pour les gens comme moi.»

Une suite sans fin d’idées vues et revues

Pourtant, peut-être que le plus gros obstacle à ce que des visiteurs soient attirés ait été le fait que la majorité de l’Expo était ennuyeuse. Le thème de l’exposition, «L’énergie du futur», a suscité une séquence sans fin de vidéos d’entreprise sur le soleil (ça c’est bien) et le vent (c’est bien aussi). Plus un Etat pétrolier était riche, plus son pavillon racontait à quel point ses dirigeants étaient tournés vers l’énergie alternative. «S’il vous plaît venez visiter le pavillon Shell» m’a imploré un employé kazakh, «c’est une entreprise très brillante». Beaucoup de vidéos se terminaient sur des images de jeunes femmes aux vêtements transparents souriant au spectateur, ce que les Israéliens surpassaient grâce à la présence d'une vraie danseuse (en vêtements transparents) récompensant le visionnage intégral de leur vidéo.

De façon générale, rares étaient ceux qui semblaient réellement impliqués. Les technologies présentées dans les pavillons n’étaient qu’une suite sans fin d’idées vues et revues. Encore et encore, j’ai pressé des boutons illuminant des diagrammes représentant des maisons éco-responsables. Dans certains pavillons, les budgets avaient clairement été revus à la baisse. Le Venezuela n’avait qu’une pièce vide aux murs décorés de quelques photos du pays. («En tout cas, ces mecs qui sont venus, je les emmerde», a commenté un autre délégué. «Comment est-ce qu’ils ont pu même oser prendre leurs billets d’avion alors que leur pays était en flammes?»)

Les slogans nationaux ont commencé à se mêler: «Land of Energy», «Energy in the Air», «The Power of Energy», «Energy on the Move». «Quelle est la source de l’énergie infinie?» a demandé une voix-off dans le pavillon des Etats-Unis. C’est les gens. Vous, moi, nous tous, ensemble». Mon regard s’est posé tout autour de moi pour m’assurer que nous n’étions pas sur le point d’être transformés en combustible. Puis on a entendu une chanson qui disait: «Il y a une énergie qui se déplace dans l’air/ C’est le pays que nous aimons, c’est le pays qui compte pour nous/ Il y a une énergie dans le monde que nous construisons/ et quand nous l’utilisons nos rêves deviennent réalité.»

Des visiteurs de l'Expo, pas trop serrés, le 10 juin. Aleksey FILIPPOV / AFP

Au milieu de tout ça, il y avait quelques exceptions remarquables, par exemple un excellent pavillon allemand plein de choses à pousser, tirer ou tenir, culminant avec un étourdissant spectacle laser. Le concepteur du pavillon britannique, Asif Khan, barbu, mince et profondément sincère, me fit la visite. «Tout le paysage, jusqu’aux feuilles des arbres, est généré par des ordinateurs», annonça-t-il, désignant les murs s’étendant à 360° autour d’une yourte centrale faite de tubes de graphite en suspension. «La météo elle-même est programmée de façon aléatoire mais plus les gens touchent la tente, plus ils influencent la météo.» J’observai alors un jeune garçon kazakh promenant sa main le long des tubes, s’amusant de les voir s’allumer dans l’obscurité. «Regardez», dit Khan.

«Si un enfant kazakh voit ceci est rentre chez lui en espérant devenir scientifique ou ingénieur, s’il en tire quelque chose, cela voudra dire que j’aurai fait mon boulot.»

Occasionnellement, on a pu entrevoir le sens de tout cela, au-delà des exercices de marchandisation. Les «étudiants bénévoles» américains ont fait des photos avec des visiteurs locaux, les immortalisant sous le signe «HOLLYWOOD» du pavillon et bavardant avec eux en russe. «Pour de nombreux Kazakhstanais, c’est peut-être la première fois qu’ils trouvent un Américain face à eux», a expliqué de Angelo, le directeur de la communication. «Donc nous voulons que ça marque. Mais c’est quand on a annoncé qu’il y aurait un spectacle de cowboys que les visages des gens face à la télévision se sont vraiment illuminés.»

Quelques nations ont eu le bon sens de faire venir des musiciens. Tandis que des danseurs folkloriques lituaniens aux chapeaux pointus tournoyaient devant leur pavillon, un groupe de visiteurs s’est attroupé pour rire, taper des mains et chanter avec eux. Pendant un moment, on a eu l’impression que tout cela valait la peine. Et puis j’ai observé le groupe plus attentivement. Des vingt personnes qui étaient là, seulement quatre n’étaient pas d’autres délégués.

James Palmer
James Palmer (1 article)
Chef de la rubrique Asie au Foreign Policy
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