Culture

Les légendes du polar font partie d'une société secrète

Elise Costa, mis à jour le 23.06.2017 à 10 h 47

Oubliez les chevaliers de la table ronde, le Bohemian club et les francs-maçons. La société secrète dont vous souhaitez faire partie s’appelle le Detection Club.

Mathew and Christie, Agatha | Unknown via Wikimedia CC License by

Mathew and Christie, Agatha | Unknown via Wikimedia CC License by

Parmi les questions futiles qui nous taraudent et qui pourrait nous être posée à «Qui veut gagner des millions?», il y a: «Quand est née la littérature policière?». Du grand écran au podcast, le polar fait partie de nos références culturelles modernes. Mais c’est par le papier que le grand public a commencé à se passionner pour le crime. La date est précise: 1841. Soit l’année où Edgar Allan Poe publie Double assassinat dans la rue Morgue, la première nouvelle de sa trilogie mettant en scène le détective Auguste Dupin.

Quand Poe décède en 1845, la relève peine à arriver. Il faut attendre 1868 pour que Wilkie Collins écrive La Pierre de lune, où le héros est détective privé. T.S. Elliot décrira le boulot de Collins comme «le premier, le plus long et le meilleur roman policier». Il faut dire qu’Edgar Allan Poe avait rédigé des nouvelles et que si Charles Dickens parle bien d’un détective dans son feuilleton La Maison d’Âpre-Vent en 1852, il ne s’agit pas à proprement parler de littérature policière. Vient ensuite Arthur Conan Doyle (qui a lu les aventures de Monsieur Lecoq par Émile Gaboriau et son célèbre Sherlock Holmes (influencé toutefois par Eugène Sue et ses Mystères de Paris) en 1887 ; puis la première femme, Anna Katharine Green (1878) jusqu’au bestseller Trent contre Trent (1913) écrit par l’auteur britannique E.C. Bentley. En 1920, c’est une autre écrivaine britannique qui marque les débuts de l’âge d’or du roman policier avec La Mystérieuse affaire de Styles. Il s’agit d’Agatha Christie.

Motifs, énigmes et «frissons qui parcourent l’échine», le roman policier assouvit notre besoin ancestral d’histoires. Avec un atout supplémentaire: il n’existe que par et pour le lecteur. Sans la participation active de nos neurones, l’enquête, les indices deviennent inutiles. L’auteur ne peut se contenter d’un simple egotrip, car il n’est jamais seul face à son manuscrit. Est-ce parce qu’il sait écrire pour être lu, ou est-ce parce qu’il est parfois contraint de se mettre dans la peau d’un tueur que l’écrivain de polars est amené à faire preuve de plus d’humanité que les autres? Est-ce parce que le genre policier est encore considéré comme une sous-littérature que les auteurs de romans noirs doivent se serrer les coudes?

Aux origines du club

En 1928, en Angleterre, plusieurs d’entre eux se réunissent pour boire, manger, et discuter de leur travail. À table, on trouve le révérend Ronald Knox (qui publie déjà de nombreuses histoires policières classiques), Dorothy L. Sayers, E.C. Bentley, Margaret Cole, Anthony Cox, G. K. Chesterton et bien sûr Agathe Christie. En 1930, la joyeuse bande décide de créer un club officiel: Le Detection Club. Le but est d’établir les règles du jeu, d’après deux lois fondamentales:

1) L’histoire de détectives doit être franc-jeu (c'est-à-dire ne pas duper le lecteur).

2) L’histoire de détectives doit être agréable à lire.

Autrement dit, le lecteur doit avoir la possibilité de pouvoir résoudre l’enquête au même titre que le détective. Dorothy L. Sayers, qui a particulièrement à cœur de faire du genre policier un genre ambitieux, écrit le serment que chaque nouveau membre parrainé devra prêter:

«Promettez-vous que vos détectives détecteront de façon correcte et sincère les crimes qui leur seront présentés, selon le bon sens et autres traits d’esprit qu’il vous plaira de leur accorder, sans jamais avoir recours ni utiliser la révélation divine, l’intuition féminine, le charabia, les magouilles, les coïncidences ou la catastrophe naturelle?»

Selon la biographie de G.K. Chesterton, par Ian Ker, l’intronisation se poursuit alors comme ce qui suit:

«Promettez-vous d’utiliser avec parcimonie les gangs, conspirations, rayons lasers, fantômes, séances d’hypnotisme, passages secrets, chinetoques (sic), super-criminels et fous à lier ; et de renoncer pour toujours aux mystérieux poisons inconnus de la science?»

Cette phrase fourre-tout est une œuvre du révérend Ronald Knox qui a, quant à lui, rédigé une liste des 10 commandements à respecter pour celui qui se consacrerait à l’écriture de romans policiers. On y trouve entre autres les principes suivants: le coupable doit être mentionné dès le début de l’histoire, mais le lecteur ne doit pas avoir accès à ses pensées ; le détective ne doit pas découvrir de nouveaux indices sans en faire part au lecteur ; le détective ne doit pas être l’auteur du crime ; les frères jumeaux et doubles maléfiques sont à proscrire à moins qu’ils n’aient été présentés comme il se doit au lecteur, etc.

Sans en révéler le dénouement final, Le Meurtre de Roger Ackroyd a bien valu à Agatha Christie le renvoi du Detection Club. Face aux accusations de tricherie, Dorothy L. Sayers est venue au secours de son amie et l’a défendue publiquement. Le roman est devenu par la suite le plus grand succès de Christie. Et l’auteure fut élue présidente du club de 1957 à 1976.

En 2017, le Detection Club existe toujours.

Elise Costa
Elise Costa (94 articles)
Journaliste
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