Monde

Les chaussures de luxe «made in Italy» de Louis Vuitton en partie fabriquées... en Roumanie

Repéré par Juliette Mitoyen, mis à jour le 22.06.2017 à 9 h 26

Repéré sur The Guardian

Alors que la marque du groupe LVMH revendique le savoir-faire ancestral de sa fabrique de chaussures de Venise, il semble qu'une grande partie de la production soit confectionnée en Roumanie.

Les chaussures Louis Vuitton de l'actrice Jennifer Connelly, le 5 février 2015, à Hollywood (Californie) | VALERIE MACON /AFP

Les chaussures Louis Vuitton de l'actrice Jennifer Connelly, le 5 février 2015, à Hollywood (Californie) | VALERIE MACON /AFP

Pour s’acheter une paire de chaussures Louis Vuitton ornées du petit «LV», il faut en général débourser une modique somme comprise entre 600 et 2.000 euros. À ce prix, la marque pouvait se targuer de fabriquer ses escarpins et autres bottes dans son atelier de Fiesso d’Artico, près de Venise, en Italie. Mais le Guardian révèle qu’il n’en est rien: la quasi totalité des chaussures serait fabriquée à Cisnadie, une petite ville roumaine située au pied des Carpates.

Des journalistes de l’émission «Complément d’enquête» s’étaient déjà rendus sur place en 2014, mais n’avaient pas réussi à rentrer. Des ouvriers leur avaient pourtant affirmé que des milliers de chaussures étaient presqu’entièrement confectionnées dans cette usine, et qu’elles étaient ensuite envoyées en France ou en Italie pour que la touche finale, à savoir la semelle, soit ajoutée.

Le Guardian affirme s’être rendu sur place. Là-bas, pas de logo Louis Vuitton sur la façade de l’usine, mais simplement le nom «Somarset» sur la porte, une filiale peu connue de la marque. L’usine est extrêmement secrète, mais des selfies postés sur Facebook par les employés ne trompe pas: les journalistes ont pu observer qu’à l’intérieur, Louis Vuitton était partout. Des sacs à mains et des pairs de bottes à 2.000 euros trônent dans des vitrines, selon le journal.

Made in Italy... and Romania

Aujourd’hui, la marque fait une grande partie de son chiffre d’affaire en vendant aussi à une classe moyenne supérieure. Pour produire davantage, la marque a souhaité délocaliser et diminuer ses coûts de productions, ce qui l’a conduit en pleine Transylvanie roumaine. L’usine produirait environ 100.000 paires de chaussures –sans semelle– par an, selon des chiffres trouvés par le Guardian sur le CV en ligne de l’actuel manager des opérations sur place.

Mais alors comment ces chaussures peuvent-elles êtes labellisées «made in Italy» tout en étant fabriquées en Roumanie, 1.200 kilomètres plus loin? Selon les normes européennes, un produit confectionné dans plusieurs pays peut, s’il reçoit «une dernière transformation importante qui se justifie économiquement» dans un pays, recevoir la mention «made in» de ce même pays. Le célèbre atelier Louis Vuitton de Venise se charge de poser les semelles sur les chaussures, qui peuvent ensuite recevoir le label «made in Italy». Pareil en France.

L’entreprise emploie 734 personnes, selon la porte-parole de l’usine avec qui le Guardian a finalement réussi à s'entretenir. Ces ouvriers seraient payés au salaire moyen des employés du textile en Roumanie. Selon l’organisation Clean Clothes Campaign, qui vise à améliorer les conditions de travail dans cette industrie, ce salaire s’élève à 133 euros par mois. L’ironie: un employé de l’usine de Cisnadie devrait donc travailler six mois –sans manger– pour réussir à se payer une paire de chaussures milieu de gamme de chez Louis Vuitton...

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