France

Pour les employés en costume-cravate, l'enfer de la canicule

Juliette Mitoyen, mis à jour le 22.06.2017 à 11 h 36

Quand la température dépasse les 30°C et que la tentation du bon vieil ensemble bermuda-claquettes se fait grande, difficile de se résoudre à enfiler une chemise et un pantalon pour aller travailler. Mais beaucoup n'ont pas le choix.

Des hommes marchant devant l'arche de la Défense le 17 juillet 2014. AFP PHOTO / MIGUEL MEDINA

Des hommes marchant devant l'arche de la Défense le 17 juillet 2014. AFP PHOTO / MIGUEL MEDINA

Avec des températures grimpant parfois jusqu’aux 37°C, la canicule de ce mois de juin fait des heureux le long des côtes françaises. Mais s’il y en a qui regrettent les giboulées de mars, ce sont bien tous ceux qui sont obligés d’aller travailler en costume-cravate, même par 35°C à l’ombre. Banques, assurances… certaines grandes entreprises ont des dress-codes stricts, quittes à devoir pousser l’air climatisé à fond dans les bureaux pour éviter que leurs salariés ne fondent.

Car une fois n’est pas coutume dans le monde de l’entreprise, les femmes sont mieux loties que les hommes par temps de canicule. Sur l’esplanade de La Défense, le quartier d’affaires où siègent de nombreuses grandes entreprises françaises, beaucoup d'entre elles arborent des robes, des jupes ou des T-shirts.

Leurs collègues hommes semblent plus à la peine sous le soleil de plomb: pantalons qui laissent entrevoir des chaussettes, chemises à manches longues impeccablement boutonnées jusqu’au col, chaussures fermées et cravates. Certains téméraires se risquent même à porter une veste de costume ou un blazer de couleurs foncées. Des tenues très formelles, véritables incubateurs à transpiration, que les hommes ne portent pas forcément par plaisir en été.

Tenue correcte exigée

Même si selon l’article L. 1121-1 du Code du travail, un employeur ne peut pas imposer de contraintes vestimentaires à un salarié, des règles peuvent être mises en place si elles sont adaptées à la tâche à accomplir. Ainsi, si un salarié est en contact avec la clientèle, son contrat de travail ou le règlement intérieur de l’entreprise peuvent le contraindre à porter une certaine tenue.

Dans de nombreuses entreprises, il existe des règles implicites auxquelles les salariés se plient. Matthieu et Xavier, consultants pour une grande firme d’assurance-crédit à la Défense, affirment qu’il «n’y a pas de règlement écrit» concernant leur tenue:

«On n’est pas obligés de venir en costume-cravate au boulot mais tout le monde fait ça et disons qu’on y est vivement encouragés par notre cheffe, explique Matthieu. Mais c’est insupportable avec cette chaleur. Le pire, c’est la première demi-heure, car il faut attendre que toute la transpiration que l’on a accumulée en venant jusqu’au boulot sèche et disparaisse de notre chemise

Dans l’entreprise de Romain, juriste en assurance, il y a au contraire un règlement écrit, très contraignant par temps de canicule.

«Je suis obligé de venir en chemise à manches longues avec une cravate, en pantalon de costume, en veste de costume –pas un blazer– et en chaussures fermées. C’est horrible. En même temps, je suis souvent en déplacement pour rencontrer des juristes, des avocats et des clients, donc il ne faut pas que je sois dégueulasse.»

Les dress-code sont peut-être difficiles à supporter lors des pics de chaleur dans la capitale, mais sur la côte, les hommes en costumes-cravates ne sont pas mieux lotis. Jordan, agent immobilier à Montpellier, explique qu’il «est très frustrant de porter des tenues vestimentaires strictes au bord de la mer».

«Ici, il fait constamment très chaud en été, donc les chemises à manches longues et les pantalons chino, c’est pas le top. C’est des règles implicites que tout le monde respecte car c’est l’image de la profession qui veut ça. Mais je ne serai pas contre porter des polos qui restent habillés en été.»

L’ennemi juré: les transports en commun

Si une fois dans les bureaux, les salariés ont le droit à une climatisation glaciale qui leur souffle dessus toute la journée, ils doivent tout de même passer la dure épreuve des transports en commun.

Du plus chanceux qui n’a «que» deux auréoles sous les bras en passant par celui qui arbore une large tâche de transpiration qui descend jusqu’en bas du dos, ces lieux fermés sont souvent des festivals de chemises bicolores lors des périodes de fortes chaleurs. Pour Admane, qui travaille dans une entreprise d’assurances à Paris –et qui confesse faire l’impasse sur la cravate quand il fait trop chaud–, les trajets du matin et du soir sont un véritable calvaire:

«Pour venir travailler, je dois prendre le RER puis le métro. C’est l’enfer. Dans le RER, on n’a pas le droit d’ouvrir les fenêtres car c’est censé être climatisé, mais c’est n’importe quoi. On crève de chaud.»

Alors, enlever la veste dans les transports en commun ou non? Entre ceux qui la gardent pour cacher les auréoles et ceux qui la retirent pour justement éviter d’en avoir, il y a deux écoles. Pour Romain, «c’est tout ou rien»:

«La veste, soit on la retire dès qu’on rentre dans le wagon, soit on oublie et on est obligé de la garder tout le trajet. Et si je ne la retire pas, je vais transpirer dans le métro et, toute la journée, je vais me demander si je ne pue pas. Je ne veux pas que mes collègues aient à subir ça!»

Matthieu, un peu plus fataliste, explique que de toute façon, il y «a tellement de monde dans le métro que parfois, c’est impossible de retirer sa veste».

«Je m’autorise à ne pas mettre de cravate»

Beaucoup d’hommes ont des astuces pour survivre à la chaleur et éviter de se liquéfier. La ruse bien connue consiste à tomber la cravate, tout en gardant sa chemise. Selon Romain, la cravate, «c’est le pire». «La veste de costume, c’est pas top non plus mais la cravate donne tellement chaud.»

Pour Xavier et Matthieu, la cravate est aussi l’ennemi à abattre. «Logiquement, je devrais en mettre une», avoue Matthieu, «mais aujourd’hui je m’autorise à venir juste avec une chemise, sinon c’est pas possible». «Dès que j’arrive dans le métro, j’enlève la mienne et je la mets dans ma poche», rigole Xavier. Ni vu, ni connu.

Pour ceux qui ne sont pas tenus de porter une cravate, comme Jordan, tout est quand même bon pour lutter contre la transpiration.

«Parfois, on laisse tomber les vestes de costume quand il fait trop chaud. Certains achètent des brumisateurs ou emportent leur déodorant au bureau. J’ai même des collègues qui collent des serviettes dans l’intérieur de leur chemise, au niveau des aisselles, pour éviter d’avoir de trop grosses auréoles.»

Romain, en véritablement guerrier, possède de nombreuses astuces méconnues qui permettent de lutter efficacement contre la transpiration et les auréoles: 

«Je prends toujours des chemises de rechange avec moi. J’essaye aussi de choisir des chaussettes en soie, plus légères, même dans des chaussures fermées. Et puis j’utilise du bicarbonate de soude et de la crème de zinc. Les grands moyens! Je le recommande tout le temps à mes collègues car c’est vraiment super pour absorber la transpiration.»

À Nantes, les chauffeurs de bus on trouvé une autre astuce pour contourner le règlement qui leur interdit de porter le short au travail: porter la jupe, qui est autorisée pour leurs collègues femmes. Pas sûr que cela soit suffisant à long terme, lorsque les épisodes caniculaires deviendront routiniers, selon le Drias.

Reste alors à espérer que l'esprit de la «start-up nation» finisse par gagner rapidement toute la France convertissant nos employés à costumes à la panoplie baskets/T-shirts.

Juliette Mitoyen
Juliette Mitoyen (8 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte