Parents & enfants

Faut-il arrêter de faire cours quand il fait plus de 25 degrés?

Louise Tourret, mis à jour le 20.06.2017 à 16 h 18

La vague de chaleur de la semaine n'est en tout cas pas sans conséquences pour les bacheliers comme pour les élèves.

FREDERICK FLORIN / AFP

FREDERICK FLORIN / AFP

La Chaîne météo nous indique que ce jeudi 22 juin sera la journée la plus chaude de la semaine et le premier jour de l’été le plus chaud depuis 1900! 

Et la chaleur pose pas mal de problèmes aux élèves qui composent le bac.

Elle pose également problème aux élèves et aux enseignants actuellement dans les écoles et les collèges. Car, semble-t-il, on étouffe en collectivité. Éric Rousseau est inspecteur de l'Éducation nationale en Savoie où il fait également très chaud en ce moment et il voit beaucoup d’écoles, de collèges et de lycées inadaptés aux conditions climatiques estivales: 

«Les bâtiments scolaires les plus anciens sont les mieux adaptés. On anticipait mieux les étés chauds et les hivers rigoureux avant. Dans les bâtiments modernes, parfois même neufs, bien trop souvent, on étouffe! Le pire étant les écoles des années 1970, construites dans l’urgence, à une époque où la population scolaire augmentait beaucoup,  dont les murs sont fins et où rien n’a été pensé pour faire face aux conditions climatiques.

En ce moment, même si certaines municipalités font ce qu'elles peuvent avec des ventilateurs domestiques, c'est souvent inefficace. La variable canicule devrait être intégrée dans les contraintes architecturales. Si les températures évoluent, il faudra que les textes et/ou les équipements évoluent aussi. Personnellement, quand je participe à un groupe de travail sur la création d’une nouvelle école, j’essaie d’évoquer cette contrainte avec les architectes scolaires. Si je m’y intéresse c'est parce que ce sont les conditions de travail des enseignants et les conditions d’apprentissage des élèves qui sont en jeux!»

Malaises et maux de tête

 

À écouter cette semaine les professeurs mécontents, on comprend l'absolue nécessité de faire face au problème. France Bleu Provence nous apprend ainsi que les enseignants d'une école maternelle d'Aix-en-Provence refusent de faire classe cette semaine en raison de la chaleur. En cause, «une école obsolète, qui n'est pas aérée, qui n'a pas de volets. Les parents ont alerté la mairie qui n'a proposé que l'installation de deux ventilateurs. Insuffisant pour les enseignants et les parents qui ont décidé de faire circuler une pétition pour réclamer la mise en place de la climatisation.»

Dans le Vaucluse, indique 20 Minutes, des enfants ont fait état de malaises et de maux de tête. Les parents ont dû alors venir les récupérer à l'école, et ces quelques élèves en souffrance ont alors été dispensés de leur obligation scolaire. 

Véronique Decker, directrice d’une école à Bobigny, me décrit son école comme particulièrement inadaptée au climat actuel avec humour même si le constat est effrayant alors qu'il fait 36 degrés en région parisienne:

«Évidemment, pas de clim ici. L’école est en béton brut, grande baies vitrées plein sud, pas de volets mais des stores noirs qui font chauffage solaire.»

Danger imminent et droit de retrait

 

Dans le monde de l'entreprise, si le Code du travail ne fixe pas de limite de température, à en croire certains experts, il est tout de même possible de refuser de travailler à cause de la chaleur. Le Figaro cite ainsi l'article L4131-1 qui indique que «si l'employé estime que ses conditions de travail représentent un danger “grave et imminent pour sa vie”, il peut exercer son droit de retrait.» L'air doit être renouvelé, l'entreprise doit fournir de l'eau et les travailleurs exposés au soleil doivent pouvoir se protéger.

Surtout, selon l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) et la Caisse d'assurance maladie, la chaleur «peut constituer un risque pour les salariés au-delà de 30°C pour une activité sédentaire, et 28°C pour un travail nécessitant une activité physique». «Fatigue, sueurs abondantes, nausées, maux de tête, vertiges, crampes… Ces symptômes courants liés à la chaleur peuvent être précurseurs de troubles plus importants, voire mortels: déshydratation, coup de chaleur.»

Sans oublier que, pour les travailleurs, comme pour les élèves, de fortes températures ne sont pas sans effets sur la concentration et la capacité à réflechir.

Recommandations sanitaires

 

Que fait dès lors le ministère de l’Éducation nationale? Eh bien, cette semaine, il s’est fendu d’un communiqué à la presse et de recommandations:

«Garder les enfants dans une ambiance fraîche, fermer les volets, prendre la température, sensibiliser les professionnels aux risques, etc.» 

Et être attentif à tous les symptômes –nausées, faiblesses, crampes, vertiges, température corporelle élevée, etc.– qui pourraient indiquer un début coup de chaleur, nécessitant l'appel de secours médicalisés.

À Bobigny, Véronique Decker a pris ses mesures personnelles: «On interdit les activités sportives et nous avons prévu des jeux d’eau en fin d’après-midi.» Mais pas question pour l'heure, de ne pas assurer l'accueil des élèves dans les établissements même inadaptés. 

Pourtant, aménager les horaires de travail en cas de vague de forte chaleur se fait ailleurs en Europe. À ce titre, la meilleure idée vient peut-être d’Allemagne. Il s’agit du Hitzefrei. Un mot qui associe chaleur et… liberté! La chaleur nuit au travail donc en toute logique, s’il fait chaud, on ne peut pas travailler!

 

L'exemple allemand

 

Adrien Guinemer, professeur en Allemagne, m’explique qu’au départ il s’agit de libérer les élèves à 11 heures ou midi si la température excède 25 degrés à 10 heures. Le rêve pour pas mal de collégiens français mais attention, cela repose aussi sur le fait que les mères allemandes travaillaient traditionnellement moins qu’en France et qu’il n’y avait souvent pas école l’après-midi. La journée continue gagne du terrain en Allemagne et le Hitzefrei est réaménagé:

«En Sarre, par exemple, en primaire et au collège, on n’a pas le droit de faire de contrôle après 11h30, s’il fait plus de 25 degré à 10 heures, et on n’a pas le droit de donner de devoirs pour le lendemain non plus.»

Il faut préciser qu’en Allemagne, les élèves ont des vacances d’été sensiblement plus courtes. En Bavière, l’année scolaire se termine fin juillet… En Sarre et en Rhénanie, on rentre mi-août, en plein été.

Alors renvoyer les enfants à la maison peut-être pas mais organiser une journée de classe différente lors des canicules et mieux penser l’aménagement des bâtiments scolaires risque de devenir une nécessité autant scolaire que climatique.

Louise Tourret
Louise Tourret (164 articles)
Journaliste
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