Science & santé

C'est parfaitement normal qu'une victime de viol ne se débatte pas contre son agresseur

Repéré par Rodrigue Arnaud Tagnan, mis à jour le 20.06.2017 à 16 h 25

Une nouvelle étude révèle que la plupart des femmes subissent une paralysie involontaire pendant leur agression.

Un femme brandit une pancarte en soutien aux victimes des viols. Londres. 22 septembre 2012. Justin Tallis/AFP

Un femme brandit une pancarte en soutien aux victimes des viols. Londres. 22 septembre 2012. Justin Tallis/AFP

En février dernier, un juge avait acquitté un homme de 46 ans accusé d'avoir agressé sexuellement sa collègue dans la ville de Turin. D'après le Washington Post, il avait motivé cette décision par la réaction de la victime qui aurait simplement demandé à son agresseur «Arrêtez-ça», «ça suffit» mais sans crier ni appeler au secours.

L'argument invoqué n'est pas singulier parce qu'on s'attend toujours à ce qu'une femme qui est agressée sexuellement se débatte et appelle au secours. Lorsque ce n'est pas le cas, des interrogations suspicieuses viennent malheureusement remettre en cause son statut de victime.

Or, les réactions peuvent varier d'une personne à l'autre. C'est ce que nous apprend une récente étude en Suède parue dans la revue Acta Obstetricia et Gynecologica Scandinavica. Cette étude, répérée sur le Huffington Post, révèle à quel point, il est «normal» pour les victimes d'agression sexuelle d'être tétanisées et dans une forme de paralysie temporaire les empêchant de se débattre ou de crier.

«Elles hurlent sans bruit du début à la fin»

L'étude a été réalisée sur un échantillon de 300 femmes qui se sont rendues dans une clinique d'urgence à Stockholm, un mois après leur viol ou tentative de viol. Près de deux tiers ont déclaré avoir connu une «immobilité tonique» significative ou une paralysie involontaire durant leur agression.

«Cela confirme vraiment que de nombreuses femmes victimes d'agression sexuelle ne font pas que se battre ou s'enfuir. Elles réagissent en tremblotant», explique Laura Palumbo, directrice des communications du National Sexual Violence Resource Centre. 

La plupart des femmes victimes d'agressions sexuelles soulignent avec force leur immobilisme. «Quand il a commencé à arracher mon pantalon et mes sous-vêtements, mon corps semblait immobile», témoignait l'écrivaine Jackie Hong dans Vice. Tout comme elle, Beverly Donofrio avait affirmé avoir été violée à 55 ans mais n'avait pas crié: 

«Quand quelqu’un d’autre s’approprie votre personne pour son plaisir; quand ses mains et ses poings et ses armes touchent votre corps; quand cet homme, dont l’intention est de prendre ce qu’il veut de vous, peu importe ce que vous pouvez ressentir, singe des positions et des actes que vous n’aviez partagés auparavant que dans des moments intimes et consensuels, alors se produit une réaction à cet écœurant détournement de l’intimité, même si elle n’est pas physique, ni verbale: c’est une supplique dans votre cœur: “Ne me faites pas de mal; une imploration: Je vous en supplie, partez.” Il n’est pas exact que les victimes ne disent rien quand elles se font violer. Elles hurlent sans bruit du début à la fin.»

«Les victimes ne réagissent pas toujours comme on le pense»

«Ceux qui travaillent avec les victimes de violence sexuelle savaient déjà que la paralysie était une réponse normale, mais la nouvelle étude montre à quel point elle est répandue», fait savoir Laura Palumbo indiquant que les prochaines recherches exploreront davantage le cas des hommes qui subissent des agressions. 

«Les gens ne réagissent pas toujours comme on le pense.» Selon elle, les réactions inattendues constatées chez différentes victimes sont précieuses non seulement pour le personnel médical mais aussi pour les policiers, enquêteurs, avocats et juges pour comprendre davantage les comportements des individus. 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte