Monde

La folie du roi Donald

Richard Evans, traduit par Peggy Sastre, mis à jour le 21.06.2017 à 8 h 31

En général, lorsqu'on commence à douter de la stabilité mentale d'un monarque, l'histoire ne se finit pas bien pour lui.

Caricature | DonkeyHotey via Flickr CC License by

Caricature | DonkeyHotey via Flickr CC License by

Si Donald J. Trump, le 45e président des États-Unis, n'est pas en fonctions depuis très longtemps, les contours de son règne semblent d'ores et déjà tracés. Au lieu de gouverner de manière conventionnelle, via des fonctionnaires nommés pour leurs compétences et leur expérience, et avec l'accord plus ou moins forcé du Congrès, il a choisi de s'entourer d'une clique informelle de conseillers, d'amis et de membres de sa famille –dont bon nombre, à son image, sont dénués de la moindre expérience gouvernementale– tout en fulminant contre les cadres constitutionnels qui lui sont imposés, comme l'indépendance de la presse et de la justice.

Rien ne ressemble plus à l'entourage de Trump que la cour d'une monarchie héréditaire, avec ses structures de pouvoir informelles évinçant les plus officielles. Et après tout, Trump s'est fait élire en promettant précisément cela: secouer, contourner, voire renverser les institutions de Washington pour tenter de nouvelles recettes politiques.

Reste que le résultat n'aura été que chaos et confusion, contradiction et paralysie. Il est désormais évident que le président des États-Unis est quelqu'un qui ne lit pas ses dossiers, n'écoute pas les conseils des experts du renseignement ou de n'importe quel autre domaine, pérore sans réfléchir à la cohésion entre ses paroles et l'action de son gouvernement, est apparemment incapable de construire une phrase avec un sujet, un verbe et un complément, est susceptible de révéler des secrets d’État à une puissance étrangère et ne semble respecter ni la vérité ni la Constitution (du moins en ce qui concerne la liberté religieuse et la liberté d'expression). Trump n'est peut-être pas fou, mais on entend de plus en plus qu'il pourrait souffrir de démence sénile, qu'il serait intellectuellement déficient ou atteint d'un quelconque trouble de la personnalité.

D'autres exemples dans l'histoire

 

Quand un chef d’État est incapable de s'acquitter correctement de ses obligations, quelles leçons pouvons-nous tirer de l'histoire? Ici, les archives les plus pertinentes à consulter ne sont pas celles de la présidence américaine, où aucun dirigeant ne s'est vu réellement destituer par le Congrès, mais plutôt celles des souverains incompétents –ou accusés de l'être– à d'autres époques et sous d'autres latitudes.

Que se passe-t-il lorsqu'une élite politique conclut, dans l'intérêt supérieur du pays, que le chef réel ou attitré d'un État exige d'être relevé de ses fonctions? Bien évidemment, rapporté au style gouvernemental de Trump, la question idoine à se poser est un peu plus restreinte: que se passe-t-il lorsqu'un monarque est considéré mentalement incapable de gouverner?

À LIRE AUSSI

Donald Trump est enragé

À l'époque contemporaine, comme dans des temps un peu plus anciens, la folie est un concept fuyant, difficile à définir sans signes manifestes de délire, de dérangement, de paranoïa ou de violences physiques.

Ce genre d'insanité était bien moins rare dans les familles royales européennes, ne serait-ce qu'à cause des liens de consanguinité joignant leurs membres, selon des règles matrimoniales sanctionnant les unions entre rangs inférieurs. Comme le détaille Erik Midelfort dans sa divertissante monographie parue en 1996, Mad Princes of Renaissance Germany, dans l'Allemagne du XVIe siècle, près de trente ducs, landgraves et autres comtes furent considérés par leur cour ou leurs ministres comme suffisamment timbrés pour nécessiter la destitution ou la tutelle de la médecine.

Hallucinations et mélancolie

 

Mais que signifie exactement la «folie»? Midelfort explique que, face à des princes visiblement inaptes à gouverner, leurs proches et leurs conseillers parlaient plutôt de «faiblesse», de «débilité» ou de «déraison», parfois de «fureur», de «mélancolie» ou de «maladie». Il faudra attendre le XIXe siècle pour que la notion de démence ou de délire cliniquement certifiable devienne monnaie courante.

À l'aube de l'époque moderne, quelques princes ont été ostensiblement siphonnés, à l'instar de Don Julius Caesar d’Austria, fils illégitime de Rodolphe II, empereur des Romains. Il torturera sa maîtresse à mort et déambulera des jours entiers baignant dans son sang et sa cervelle, attaquera des serviteurs, mettra ses appartements à sac, déchirera ses vêtements en baragouinant des propos insensées avant d'être (supposément) étranglé en 1609 sur ordre de son père.

Un jour, l'empereur avait perdu ses nerfs parce qu'on ne lui avait pas servi ses viennoiseries préférées –ce n'était pas la saison des abricots

D'autres souffraient d'hallucinations, tel le duc Albert Frédéric de Prusse, qui dormait tout habillé de peur que les Turcs viennent l'emmener dans son sommeil, déversait ses potions médicinales sur le sol, s'adressait à des gens absents et envoya une horloge à la figure d'un ambassadeur de l'empereur Maximilien II. Le duché finira par être géré par des parents du triste sire, qui n'aura plus que sa collection de 100.000 pièces de monnaie pour se divertir, au gré de grotesques «remèdes» prescrits par des écoles de médecine concurrentes.

Plus fréquente était la «mélancolie», qu'on qualifierait aujourd'hui de dépression, parfois attribuée au Moyen-Âge ou au début des temps modernes à des influences démoniaques. Et, en général, on s'occupait des infirmités nées de cette mélancolie –voire des paralysies ou des aphasies causées par des attaques cérébrales, la sénilité, la démence et autres troubles propres au grand âge– en trouvant quelqu'un d'autre capable de régner sans détrôner le prince. Mais pas toujours.

«Je suis l'empereur, je veux mes chaussons!»

 

Voyez le cas des révolutions de 1848 en Europe centrale. Dès son arrivée au pouvoir selon la règle de succession des Habsbourg, tout le monde avait compris que l'empereur d'Autriche, Ferdinand Ier, était quasiment incapable de s'acquitter de ses fonctions. Les histoires sur ses déficiences intellectuelles couraient les rues, comme celle des chaussons à l'abricot. Un jour, l'empereur avait perdu ses nerfs parce qu'on ne lui avait pas servi ses viennoiseries préférées –ce n'était pas la saison des abricots. Ferdinand Ier avait donc hurlé sur son cuisinier: «Je suis l'empereur, je veux mes chaussons!»

Fils de deux cousins germains –en d'autres termes, ses parents avaient des grands-parents identiques–, Ferdinand Ier avait eu les plus grandes difficultés du monde pour apprendre à lire et à écrire, était sujet à des crises d'épilepsie et à des troubles de l'élocution. Au moment de son accession au trône, en 1835, son ministre des Affaires étrangères, le prince Klemens Wenzel von Metternich, avait fait en sorte que l'empire soit en réalité géré par un conseil formé de sa personne, d'un autre politicien et de l'oncle de l'empereur, l'archiduc Louis.

Une précaution qui ne put empêcher la révolution en 1848. À Vienne, alors que la foule s'avançait vers le palais impérial, Ferdinand convoqua Metternich pour lui demander: «Que font tous ces gens ici?». «Une révolution», lui répondit Metternich. «En ont-ils le droit?», allait s'étonner Ferdinand. Sans surprise, avec l’aggravation du soulèvement populaire, la famille de Ferdinand le persuada d'abdiquer en faveur de son neveu âgé de 18 ans, qui deviendra François-Joseph Ier. (Les Habsbourg étaient d’indécrottables optimistes, mais il n'y eut jamais de Ferdinand II ou de François-Joseph II). Lorsque François-Joseph Ier fut défait par les armées prussiennes d'Otto von Bismarck en 1866, Ferdinand eut néanmoins le dernier bon mot:

«Je ne sais pas pourquoi ils ont mis François-Joseph à ma place, aurait-il alors commenté j'aurais été aussi parfait que lui pour perdre des batailles».

La solution de la régence

 

Au milieu du XIXe siècle, l'empire des Habsbourg était dans une situation désespérée exigeant des mesures désespérées, raison pour laquelle le pauvre Ferdinand consentira, à contre cœur, à sa destitution. Mais du fait du droit divin, cette solution sera rarement envisagée dans les monarchies. Si Dieu avait mis le roi sur le trône –une croyance vitale à la légitimité monarchique– alors seul Dieu pouvait l'en démettre. Les simples mortels n'avaient pas ce droit. Dès lors, en temps normal, si la structure politique dans son ensemble n'était pas menacée, l'abdication était évitée.

Avec un monarque devenu invalide, on nommait plutôt un régent chargé de la gestion des affaires royales. Ce fut par exemple le cas durant quelques semaines de 1878, après la tentative d’assassinat de l'empereur Guillaume Ier. Les régents assumaient alors tous les pouvoirs du monarque, sans être officiellement désignés rois.

L'une des régences les plus célèbres est celle du roi George III, après qu'il se fut mis à parler pendant des heures aux arbres et à des entités invisibles au début du XIXe siècle. Lors d'un rare moment de lucidité, en 1811, il admit qu'il n'était plus en mesure de régner et accepta la nomination, sous l'autorité du Parlement, de son fils aîné, George, comme prince régent. Ce dernier, qui deviendra le roi George IV à la mort de son père, n'était pas non plus un monarque modèle: opiomane, soiffard et glouton, il pesait plus de 110 kg et son tour de taille avoisinait les 130 centimètres. Ses extravagances et son alcoolisme le rendront impopulaire.

Son frère, William IV, qui lui succédera en 1830 à 64 ans –toujours, à l'heure actuelle, le record d'âge pour une accession au trône– déambulait dans les rues en accostant les passants et dégoisait «Je suis le roi, vous savez». Ou comme l'écrivait Charles Greville, diariste et courtisan, William IV était familier des «discours aussi ridicules qu'insensés», laissant un auditoire pantois devant «un tel amoncellement de répétitions grotesques, de confusion et d'idioties qui vous faisaient autant rire que blêmir de honte». Selon Greville, le roi était fou, ce qu'indiquait d'ailleurs son surnom populaire «Silly Billy» [Billy l'imbécile].

Mais malgré toutes les faiblesses de ses membres au début du XIXe siècle, la monarchie britannique allait survivre, notamment parce que les rois et les reines d'Angleterre n'avaient finalement que peu de pouvoir. Sans compter qu'au fil du temps, les représentants séculiers de l'État ont eu de moins en moins de mal à défier l'autorité monarchique. En Grande-Bretagne comme dans le reste de l'Europe, la régence perdra assez vite de son utilité. En 1936, lorsque le roi Édouard VIII transgresse une loi tacite de la monarchie en annonçant son désir d'épouser Wallis Simpson, une Américaine divorcée, l'élite politique n'aura aucune difficulté à le faire abdiquer.

Une collaboration de la famille et des élites

 

En Europe, le dernier cas de régence remonte au roi Othon de Bavière, le jeune frère de l'excentrique Louis II, architecte des féeriques châteaux de Neuschwanstein et de Hohenschwangau. À la mort soudaine et mystérieuse de Louis, Othon lui succède au trône, mais tombe rapidement dans une dépression aussi profonde qu'incurable, probablement causée par la syphilis (il finira sa vie paralysé). Son oncle Luitpold devient alors prince-régent de 1886 à 1912. Il est suivi par un cousin, Louis, qui obtient sa destitution du parlement bavarois avant de se faire proclamer roi.

Dans une telle situation, le rôle de la famille royale est au moins aussi important que celui de l'élite politique. Les deux entités ont tout intérêt à ce que les affaires gouvernementales se poursuivent, mais sans que le monarque en ait la charge. De fait, à l'époque contemporaine, la technique de choix pour écarter un monarque qui yoyotte a été de le faire abdiquer sur demande de l’establishment politique, le plus souvent avec le soutien de la famille royale. Après la destitution pour cause d'incompétence du Sultan Abdulaziz par ses ministres, son successeur désigné, Mourad V, se précipite dans les jardins de son palais et se jette dans un bassin. Il hurle à ses gardes de le protéger contre un assassinat et, une fois sorti de l'eau, vomira de terreur toute une journée durant.

Selon des rumeurs, Bokassa aurait aussi mangé les cadavres de certaines de ses victimes –et les auraient même servis au président français Valéry Giscard d’Estaing lors d'une visite officielle

Ses craintes étaient justifiées: quelques jours plus tard, on annonce qu'Abdulaziz s'est suicidé en se tranchant les deux poignets d'un coup avec une seule paire de ciseaux (ce qui aurait exigé une dextérité certaine). Après quelques mois de règne, accusé d'être paranoïaque et schizophrène, Mourad est destitué par des membres de sa famille alliés à des ministres, avant d'être jeté en prison pour le reste de sa vie (avec deux assassinats de sultans ottomans en un an, le peuple aurait pu se douter de quelque chose). On peut penser que le jeune homme fut heureux d'être délesté du fardeau et des tourments de la charge royale.

Destitués par la force

 

Que se passe-t-il lorsqu'un monarque ne coopère pas avec les élites qui le jugent cinglé? Dans ce cas, la destitution par la force devient une option, qui exige même parfois l'intervention d'une puissance extérieure. C'est ce qui arrivera en 1979 à Bokassa, autoproclamé empereur de l'actuelle République centrafricaine. Ayant lui-même accédé au pouvoir par un coup d’État, Bokassa avait dissous l'assemblée nationale quasiment sur-le-champ et interdit tous les partis politiques à l'exception du sien. Jusqu'ici, sa carrière suivait celle de n'importe quel autre dictateur de pacotille.

Sauf qu'il allait bientôt montrer des signes de mégalomanie. En 1976, Bokassa s'autoproclame empereur, au terme d'une cérémonie grandiloquente dans laquelle il engouffre le tiers du budget annuel de son misérable pays. Ses extravagances pseudo-napoléoniennes et le grotesque de ses titres honorifiques en font la risée du monde entier, mais le funeste de sa tyrannie n'a rien d'une comédie: il arrêtera, torturera et assassinera personnellement plusieurs de ses opposants.

Parmi ses victimes avérées, des écoliers ayant jeté des pierres au passage de son escorte parce que leurs familles avaient été obligées de leur acheter des uniformes hors de prix, arborant l'effigie de Bokassa en blason, et vendus par une entreprise dirigée par l'une de ses nombreuses épouses. Selon des rumeurs, il aurait aussi mangé les cadavres de certaines de ses victimes –et les auraient même servis au président français Valéry Giscard d’Estaing lors d'une visite officielle.

En 1986, il est renversé et arrêté avec l'aide de la France, qui cherche à restaurer l'ordre dans l'une de ses anciennes colonies, puis jugé en République centrafricaine. Déclaré coupable de meurtre et d'autres chefs d'accusation (mais pas de cannibalisme), il obtient une peine de prison à perpétuité, avant d'être amnistié en 1993. Entre temps, son état mental s'était encore plus détérioré: il finira sa vie en affirmant être le 13e apôtre du Christ.

Coup d'État, révolutions, meurtres… 

 

Non seulement le pouvoir de l'empereur Bokassa était réel, mais il était aussi absolu. Plus le pouvoir d'un monarque est élevé, plus il est difficile de le détrôner par des moyens légaux, et plus les probabilités sont hautes qu'il se fasse destituer de force, soit par ses propres sujets, soit par des étrangers. La chose n'est pas très difficile à comprendre.

Si nous remontons à des époques encore plus reculées, au-delà des XIXe et XXe siècles, de tels exemples sont légion. L'une des rares monarques à avoir porté la folie dans son nom, la reine d'Espagne Juana la Loca, fut recluse dans un couvent. Un peu plus tôt, Charles VI de France, dit «le fou», ne fut pas formellement détrôné, mais après qu'il eut passé par le fil de l'épée divers proches sans le moindre préavis en 1392, il sera écarté du pouvoir par sa femme et des membres masculins de sa famille. Une décision qui n'aurait pas pu mieux tomber, car son état allait passablement se dégrader: en 1405, il refusera de se laver ou de se changer plusieurs mois durant.

L'histoire est jonchée de coups d’État, de révolutions, de rebellions, de révoltes, d'assassinats et de meurtres, entres autres techniques de renversement monarchique, sans oublier la prison et l'ostracisme. Mais plus souvent qu'à leur tour, de tels événements ont une assise fondamentalement politique et révèlent de profonds antagonismes, qu'il s'agisse de rivalités familiales ou de bouleversements idéologiques.

L'un des grands avantages des systèmes constitutionnels, c'est qu'ils sont à même de canaliser ce genre d'agitation par des dispositions légales a priori cadrant la destitution, la mise en accusation ou la condamnation des politiciens. Par exemple, bon nombre de juristes américains ont fait valoir que le 25e amendement de la Constitution américaine, qui prévoit la destitution d'un président dans «l'incapacité d'exercer les pouvoirs et de remplir les devoirs de sa charge», peut être appliqué à la faiblesse mentale.

Le rappel aux règles

 

Mais attention. Donald Trump a d'ores et déjà prouvé combien il était incapable de respecter les règles du jeu et la Constitution du pays qui l'a élu président. Ce qui n'est pas forcément un signe de folie. C'est peut-être la démonstration du respect qu'il voue aux principes du populisme, qui exigent précisément la transgression de telles conventions.

Le mépris que les populistes affichent pour les règles et les conventions politiques a tendance à leur attirer des noises si jamais ils parviennent à accéder au pouvoir. Un cas d'école est celui de Ronald Schill, juge de Hambourg, dont le parti de droite poujadiste obtiendra 20% des voix en 2001 lors des élections régionales allemandes et rejoindra une coalition gouvernementale menée par les Chrétiens-démocrates de centre droit.

Schill avait annoncé qu'il réduirait la criminalité de 50%, militerait pour la légalisation du cannabis, castrerait les criminels sexuels et autoriserait l'usage de gaz paralysant sur les preneurs d'otage (une mesure qui ravivera de bien vilains souvenirs outre-Rhin). Selon lui, les parents qui n'élevaient pas leurs enfants de la «bonne façon» devaient finir en prison. Après avoir conspué l'incompétence des politiciens allemands, il perdra son siège au parlement de Hambourg, verra sa base électorale s'effriter et s’enfuira en Amérique du Sud, où le paparazzi d'un tabloïd allemand l'immortalisera en train de sniffer de la cocaïne.

Schill n'était pas fou, il était tout simplement incapable de suivre les règles de la politique allemande. Comme tous les populistes, il a pu séduire parce qu'il promettait justement de casser les codes. Sauf que les règles sont en général là pour de bonnes raisons: pour éviter le népotisme (la nomination de membres de sa famille à des postes officiels), endiguer la corruption (tirer un profit personnel de ses fonctions publiques) ou pour garantir un degré raisonnable de cohérence et de responsabilité dans la formulation et l'annonce des projets politiques.

Si un gouvernement est dirigé par un individu qui ignore ces règles, il perd rapidement de sa cohérence et de son influence, au plan national comme international. Dans de telles situations, il est inévitable que des membres du gouvernement s'affairent à sauver le navire.

La voie de l'impeachment?

 

Le seul moyen légal et formel de destituer Donald Trump, et de restaurer un gouvernement stable et solide, est la procédure d'impeachment. Mais à l'instar de nombreux autres dispositions de la Constitution américaine, rédigée au XVIIIe siècle, c'est un chemin qui s'avère long, complexe et difficile. On comprend que les parlementaires républicains n'aient pas envie de suer des mois pour congédier un président républicain, sachant que rien ne garantit la réussite de la procédure.

D'autres options sont envisageables. Si Trump s'avère être réellement la version contemporaine d'un monarque et de sa cour, alors peut-être que des courtisans ou d'autres membres de son entourage ou de sa famille pourront s'allier et lui faire quitter le pouvoir, ou du moins le neutraliser. Face à l'incohérence et l'inconséquence de ses tweets et de ses discours (sauf s'ils sont écrits à l'avance par quelqu'un d'autre et qu'il respecte le texte à la lettre), d'aucuns se sont demandés si le mouvement n'était pas d'ores et déjà en branle.

Quelques semaines à peine après le début de la présidence Trump, beaucoup de journalistes ont parlé de Steve Bannon comme du «vrai président». Depuis, cette éminence grise semble avoir elle-même été mise sur la touche, écartée par la famille Trump représentée par Jared Kushner et Ivanka Trump. Si les Américains se révèlent incapables de destituer leur crétin de président, peut-être qu'avec une régence plus ou moins informelle, ils pourront un peu souffler.

Richard Evans
Richard Evans (2 articles)
Historien
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte