France

Les 7 députés FN qui entrent à l'Assemblée nationale avec Marine Le Pen

Grégor Brandy, mis à jour le 19.06.2017 à 8 h 30

Le parti d'extrême droite compte désormais huit députés qui vont siéger à l'Assemblée nationale.

Ludovic Pajot, Bruno Bilde, Marine Le Pen, José Évrard, et Steeve Briois, le 18 juin 2017, à Hénin-Beaumont | Denis Charlet / AFP

Ludovic Pajot, Bruno Bilde, Marine Le Pen, José Évrard, et Steeve Briois, le 18 juin 2017, à Hénin-Beaumont | Denis Charlet / AFP

Ils étaient deux, ils sont aujourd'hui huit. Huit candidats Front national ont donc été élus pour siéger à l'Assemblée nationale, à l'issue de ces législatives 2017. Une forte augmentation par rapport à 2012, mais loin des scores espérés par le parti d'extrême droite, il y a encore quelques semaines. Il faut dire que le parti de Marine Le Pen espérait constituer un groupe parlementaire: pour cela, il aurait fallu obtenir au moins quinze députés. Le FN espérait reproduire les résultats de Marine Le Pen lors de la présidentielle, où elle était arrivée, le 8 mai dernier, devant Emmanuel Macron dans 45 des 577 circonscriptions. Autant dire qu'on en est loin, ce 18 juin, d'autant que certaines figures majeures (comme Florian Philippot) ont été battues.

Mais le parti frontiste quadruple son nombre de députés par rapport au 2012. Et remporte huit duels, là où il avait pour habitude de s'imposer lors de triangulaires, et envoie de nouvelles têtes à l'Assemblée nationale.

1.Marine Le PenOnzième circonscription du Pas-de-Calais

C'est évidemment la plus connue: cette fois-ci, Marine Le Pen a donc été élue.

Largement battue lors du second tour de la dernière présidentielle, la présidente du Front national a remporté son duel face à Anne Roquet, la candidate de La République en Marche, une cheffe d'entreprise de 45 ans qui candidatait pour la première fois. Et Marine Le Pen avait un boulevard devant elle dans cette circonscription, comme nous le notions en mai:

«Elle y a recueilli dimanche plus de 58% des suffrages, après y avoir déjà décroché la majorité absolue lors des régionales 2015.»

Déjà conseillère régionale des Hauts-de-France, et députée européenne (elle va devoir faire un choix), elle devient députée pour la première fois. Philippe Kemel, le député socialiste sortant avait été éliminé au premier tour.

2.Louis AliotDeuxième circonscription des Pyrénées-Orientales

Son salut tient à seulement 452 voix, mais Louis Aliot siègera pour la première fois à l'Assemblée nationale. Le vice-président du Front national, et compagnon de Marine Le Pen, est arrivé devant Christine Espert, la candidate de La République en Marche. Louis Aliot avait été battu en 2012 dans la première circonscription, dans le cadre d'une triangulaire. Il s'est, cette fois-ci, vu investir dans une circonscription plus prometteuse, puisque Marine Le Pen y avait recueilli 52% des suffrages le mois dernier. Comme Marine Le Pen, il va devoir démissionner de son poste de député européen, qu'il occupe depuis 2014, s'il veut siéger à l'Assemblée nationale.

3.Ludovic PajotDixième circonscription du Pas-de-Calais

Il ne battra pas le record de précocité détenu par Marion Maréchal-Le Pen, mais, à 24 ans, Ludovic Pajot sera l'un des plus jeunes (si ce n'est le plus jeune), de cette législature. Opposé à Laurence Deschanel, candidate de La République en Marche, il était déjà arrivé en tête au premier tour, dans une course pour «un siège très disputé».

Comme nous l'expliquions en mai dernier, Ludovic Pajot est un «partisan de “la souveraineté territoriale, monétaire, économique”, il avait voté pour Marine Le Pen dès ses débuts d'électeur en 2012, avant d'être vite bombardé suppléant aux législatives puis responsable de circonscription». Le nouveau député s'était notamment fait remarquer en octobre dernier, quand il s'était rendu à Bruay-la-Buissière «soutenir ses collègues frontistes, qui présentaient au conseil municipal une motion contre l'accueil de migrants –épisode qui avait provoqué la “nausée” du maire de la ville».

Le conseiller municipal de Béthune a depuis changé de circonscription, pour se présenter dans la dixième du Pas-de-Calais, où Marine Le Pen avait recueilli 59,79% des voix. Lui a fait moins bien: 52,58%.

4.José ÉvrardTroisième circonscription du Pas-de-Calais

Arrivé largement en tête au premier tour, José Évrard n'a pas laissé passer sa chance de siéger au Palais Bourbon. Face au candidat du Modem, Patrick Debruyne, il a recueilli 52,94% des voix. Ce conseiller général est un ancien permanent communiste, qui a rejoint le Front national, comme il l'explique à La Voix du Nord.

«Le privilège de mon âge me fait le témoin vivant de cette destruction du bassin minier où le travail était autrefois la valeur mise en avant. Ces idées patriotiques, je les ai retrouvées dans les propositions de Marine Le Pen, moi qui viens du PCF, parti qui a trahi ses engagements.»

La présidente du parti était venue le soutenir entre les deux tours. Elle avait recueilli 58,65% des voix au second tour de la présidentielle dans cette circonscription.

5.Gilbert CollardDeuxième circonscription du Gard

Le «casse-couilles démocratique» est réélu pour cinq ans. Pourtant, Gilbert Collard aurait pu être battu. Le député sortant ne doit son salut qu'à quelques dizaines de voix, puisqu'il s'impose dans la deuxième circonscription du Gard avec 50,16% des suffrages exprimés. Face à lui, l'ancienne torera et candidate de La République en Marche Marie Sara recueille un peu plus de 49,84% des voix. Pas suffisant pour faire tomber le seul député FN sortant (Collard est étiqueté Rassemblement Bleu Marine).

«Son coup de gueule après le premier tour aura donc servi. “Allez voter bande de fainéants”, avait-il lancé aux électeurs frontistes le 15 juin dernier», note Le Lab.

6.Sébastien ChenuDix-neuvième circonscription du Nord

Dans une circonscription détenue par la gauche depuis le début de la Ve République, où Marine Le Pen avait dépassé les 50% en mai dernier, Sébastien Chenu a réussi à s'imposer face à Sabine Hebbar, candidate du Modem. Le frontiste remporte plus largement sa circonscription que la présidente du parti en mai dernier, puisqu'il réunit 54,8% des suffrages.

Ancien conseiller municipal de Beauvais, vice-président de l'agglomération, et membre du bureau national de l'UMP, Sébastien Chenu «a rejoint le FN après avoir échoué à obtenir une tête de liste municipale à Paris, et après avoir discuté en vain avec... le PS», comme nous le soulignions en mai dernier. Avant cela, il a été «au sein de l'UMP, pendant dix ans, un des principaux animateurs de GayLib, un courant de défense des droits LGBT –un symbole, donc, de la “dédiabolisation” du FN dans la communauté gay».

7.Bruno BildeDouzième circonscription du Pas-de-Calais

Il était attendu, Bruno Bilde, le conseiller spécial de Marine Le Pen est logiquement élu, dans une circonscription où Marine Le Pen avait fait son meilleur score (60,52%) au soir de second tour, le 8 mai dernier. Bruno Bilde qui est adjoint au maire d'Hénin Beaumont y avait été «parachuté pour l'occasion», rapporte LCI. À Hénin Beaumont, il joue le rôle de «maire FN bis», écrivait Le Monde en 2015.

«Quand on parle aux élus de l’opposition, son nom revient systématiquement. “Il y a un partage des rôles entre lui et Briois, raconte Marine Tondelier, élue d’opposition EELV. Bruno Bilde fait le sale boulot quand Steeve Briois est en arrière-plan et apparaît plus consensuel.”»

Encarté au FN depuis ses 15 ans «malgré trois ans d’infidélité entre 1998 et 2001 pour rejoindre Bruno Mégret», racontait Le Parisien en 2012, Bruno Bilde est l'un des «artisans de la stratégie de dédiabolisation initiée par Marine Le Pen dans le courant des années 2000». C'est aussi lui, qui a proposé à Marine Le Pen de s'implanter à Hénin-Beaumont. Ce «mariniste de l'ombre», comme le décrit Le Monde, ne fait cependant «pas l'unanimité» au sein du parti.

8.Emmanuelle MénardSixième circonscription de l’Hérault

Dans la circonscription de Béziers, où est élu son mari Robert Ménard, Emmanuelle Ménard a battu Isabelle Voyer, la candidate de La République en Marche avec 53,5% des suffrages. Elle était déjà arrivée largement en tête au premier tour. Il s'agira de sa première expérience politique, explique France Bleu Hérault.

Directrice de publication du site Boulevard Voltaire, «elle a auparavant travaillé comme juriste, notamment en tant que responsable Afrique au sein de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), poste où elle a rencontré son mari au Mali», racontions-nous après l'élection d'Emmanuel Macron.

Bonus

Jacques Bompard a lui aussi été réélu. Le maire d'Orange, qui avait été élu député pour la première fois en 1986 avec La Ligue du Sud, a remporté son duel de justesse face à Carole Normani (La République en Marche), dans la quatrième circonscription du Vaucluse. Selon Le Dauphiné Libéré, il arrive en tête avec 276 voix. Ce membre fondateur du Front national a cependant quitté le parti en 2005, après son exclusion du bureau politique pour «manquements graves et répétés à la displine du parti».

Grégor Brandy
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Journaliste
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