France

Voilà comment on parlait de Macron il y a un an

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 19.06.2017 à 17 h 10

Il y a un an, Macron était un ministre en «zlatanisation», contesté et «en marche arrière». Les archives n'oublient rien.

Emmanuel Macron, le 14 juin 2016. ERIC PIERMONT / AFP.

Emmanuel Macron, le 14 juin 2016. ERIC PIERMONT / AFP.

Il est toujours instructif de se replonger dans les archives au lendemain d'un grand bouleversement. Du premier tour des élections législatives, le 11 juin, au second, le 18 juin, Emmanuel Macron a confirmé sa victoire du 7 mai face à Marine Le Pen. Il y a un an, la même semaine, le même Macron était encore ministre de l'Économie –il démissionnera fin août. C'est l'époque où, alors que la France commence à accueillir l'Euro de football, Le Monde parle d'«un phénomène de “zlatanisation” du ministre [...], qui semble aujourd’hui filer vers le but sans plus se préoccuper des consignes du coach» François Hollande.

Le but, c'est l'Élysée, mais Macron ne semble alors pas dans une position très favorable pour y accéder: il est d'ailleurs encore loin d'être systématiquement testé dans les sondages, et une enquête Ifop publiée cette semaine-là le donne à 12% au premier tour si Montebourg était candidat PS à la place de Hollande, contre 33% à Juppé et 28,5% à Le Pen, et à égalité avec Mélenchon. Le ministre traverse une passe délicate, contesté par la majorité sur les options économiques qu'il défend dans le cadre de la loi Sapin 2, atteint par une polémique sur le montant de son ISF ou victime d'une série d'incidents lors de ses déplacements: «M. Macron, ceci est un bleu de travail. Ce n'est pas en mettant un costard qu'on travaille. C'est en mettant un bleu de travail, je vous l'offre», lui lance ainsi un manifestant à Nancy, en référence à sa petite phrase «La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler».

«La bulle Macron déjà dégonflée?»

«Macron, marche arrière toute!», lance alors Paris-Match. «La bulle Macron déjà dégonflée?», s'interroge Marianne, qui explique que «Macron ne fait plus rêver, de quoi ravir chez Manuel Valls» –Valls dont un proche explique à l'hebdomadaire: «Emmanuel Macron n'a jamais vraiment été une question pour Manuel Valls, tout simplement parce que Macron est ministre et Manuel Premier ministre.»

«Depuis qu’il semble passer au moins autant de temps à travailler à son destin qu’à son bilan de ministre, la multiplication des polémiques autour de ses faits et gestes [...] est venue largement flétrir son image dans l’opinion. Et compliquer son équation personnelle», explique Libération. Le ministre se fait allumer d'un peu partout, à l'image d'un article du Monde où les scuds anonymes s'enchaînent: «Il est passé du “je lèche” au “je lâche”, mais il n’a pas encore atteint le “je lynche”», «Il est brillant mais il tombe dans les pièges du débutant» (des responsables du PS), «Il a été grisé par les sondages et a été imprudent» (un ministre)... Face caméra, certains ne sont pas plus tendres, à l'image du vallsiste Luc Carvounas, sénateur du Val-de-Marne, qui lance: « Je veux bien qu’il soit “en marche”. Déjà, il va être en marche pour aller payer ses impôts, si j’ai bien compris.» Ou du conseiller régional d'Île-de-France François Kalfon, qui s'insurge sur Public Sénat: «Il ouvre sa gueule tous les matins pour régler des problèmes filiaux vis-à-vis du président de la République, et il n'est pas démissionné. Il y en a d'autres qui pour beaucoup moins que ça ont été débarqués du jour au lendemain.»

«Il ne sera pas candidat contre Hollande, c’est certain»

«Macron a très envie d’être candidat à la présidentielle, c’est évident, mais il ne sera pas candidat contre Hollande, c’est certain», lance alors un ami du chef de l’Etat au Monde. «Est-ce qu’aujourd’hui je suis candidat à la présidence de la République? Non. Est-ce que je suis aujourd’hui dans le gouvernement sous la présidence de François Hollande? Oui», répond en écho Macron sur RTL, se refusant à s'interroger sur la question de savoir s'il est «Coluche, Brutus ou que sais-je». Tout en se disant partisan de «la refondation d’une offre progressiste», qu'il détaille alors notamment à l'occasion d'un entretien au Monde sur les questions européennes, quelques jours avant le référendum britannique: «Nous sommes en train de tourner la page de la social-démocratie à l’ancienne. La clé est de savoir comment on construit un progressisme européen, avec des sociaux-démocrates, des gens plus à gauche mais aussi avec des partis du centre-droit européen.»

À gauche et à droite, ça bouge aussi. La même semaine, le PS valide le principe d'une primaire ouverte les 22 et 29 janvier, dont les observateurs estiment alors que son existence complique la tâche de Macron et facilite celle de Valls, susceptible de rester «en réserve» au sein du PS au cas où Hollande ne serait pas candidat. «Si Hollande y va, Valls le soutiendra. Si Hollande n’y va pas, Valls pourra se substituer à lui sans procès en trahison et participer à la primaire», résume alors au Monde un proche du président de la République. À droite, on prépare aussi la campagne de la primaire ouverte de novembre. Celui qui est alors encore le grand favori de la présidentielle, Alain Juppé, croise Macron au salon de l'armement Eurosatory de Villepinte. Une poignée de mains, un bonjour, pas plus. Au Monde, qui lui demande si l'ancien Premier ministre a vocation à faire partie du nouveau «progressisme européen», le ministre de l'Économie lâche: «C’est à lui de le dire. Pas à moi.»

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (905 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte