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L'échec du procès Cosby témoigne de la difficulté de la justice à traiter des agressions sexuelles

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 18.06.2017 à 10 h 22

Repéré sur The Huffington Post, CNN, Vox

Le jury d'un tribunal de Pennsylvanie n'est pas parvenu, en 52 heures de délibéré, à parvenir à un verdict unanime d'innocence ou de culpabilité envers le comédien. Un nouveau procès pourrait avoir lieu.

Bill Cosby à la sortie de son procès, le 17 juin 2017, à Norristown (Pennsylvanie). EDUARDO MUNOZ ALVAREZ / AFP.

Bill Cosby à la sortie de son procès, le 17 juin 2017, à Norristown (Pennsylvanie). EDUARDO MUNOZ ALVAREZ / AFP.

L'échec du procès pour agression sexuelle de Bill Cosby est accueilli avec sévérité par une partie de la presse américaine, qui y voit un symptôme de la difficulté de la justice à traiter ce genre d'affaires, notamment quand elles concernent une célébrité. Le procès du comédien, accusé d'avoir agressé sexuellement une jeune femme, Andrea Constand, en 2004, a débouché sur un mistrial, une annulation, samedi 18 juin, le jury du tribunal du comté de Montgomery (Pennsylvanie) n'ayant pas réussi à s'accorder sur un verdict unanime d'innocence ou de culpabilité après un délibéré de 52 heures étalé sur six jours. Le procureur du district a immédiatement annoncé son intention de solliciter un nouveau procès et a estimé que ce procès avait néanmoins été utile car il «envoie un message fort aux victimes de ce type de crime, leur disant qu'elles peuvent s'exprimer et être entendues».

Le Huffington Post estime que «l'absence d'un verdict de culpabilité dans cette affaire reflète les défis auxquels toute victime présumée d'une agression sexuelle fait face quand elle tente d'obtenir réparation à travers le système de justice criminelle»: les délais de prescription, le «manque de sensibilisation» à ce genre de dossiers dans certains départements de police, «la difficulté à instruire les dossiers “sa version contre la sienne” que constituent beaucoup de crimes sexuels».

Sur le site de CNN, le journaliste Isaac Bailey affirme lui qu'il est «approprié que le procès de Bill Cosby débouche sur un jury divisé, car cela illustre l'incapacité du système judiciaire à traiter de manière adéquate les dossiers d'agression sexuelle et souligne à quel point l'héritage de Cosby sera à jamais terni». Selon lui:

«S'il a fait ce dont il est accusé, droguer des femmes avant d'abuser d'elles, ces actions même rendent pratiquement impossible pour une victime de s'en rappeler avec clarté. Même quand les victimes présumées d'agression sexuelle ne sont pas droguées, le trauma même peut affaiblir la mémoire des événements pour des semaines, des mois, des années, si ce n'est à jamais. C'est pourquoi beaucoup de victimes ne se manifestent pas immédiatement, auquel il faut ajouter la honte que la société leur inflige pour ne pas avoir porté la “bonne” jupe ou ne pas avoir dit non de la “bonne” façon ou ne pas avoir été assez futées pour éviter d'avoir été seules avec quelqu'un qu'elles n'avaient pas de raison de soupçonner de vouloir les attaquer.»

Le site Vox se montre encore plus direct envers le comédien, dans un article intitulé «Je crois Bill Cosby» où est mentionnée une déposition faite par le comédien, en 2005, dans l'affaire Constand:

«Bill Cosby, laissez-moi vous dire ceci: je vous crois. Je vous crois quand vous dites dans une déposition, en 2005, que oui, vous donnez des Quaaludes à des femmes. [...] Je vous crois quand vous décrivez votre version de ce qu'est un consentement, dont ne fait pas vraiment partie le mot “oui”.»

Des dizaines de femmes ont accusé ces dernières années la star du Cosby Show d'agression sexuelle, et avaient par exemple témoigné publiquement en 2015 en une du New York Magazine. Cosby, lui, a nié tout mauvais comportement et a assigné sept de ses accusatrices en diffamation. Son épouse, Camille, a publié après l'annulation du procès un communiqué virulent accusant le procureur du district de faire preuve d'une «ambition abusive et haineuse» et certains médias de «vendre avidement du sensationnalisme aux dépens d'une vie humaine».

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