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Faut-il se laisser aller à une alimentation «aventureuse»?

Robin Panfili, mis à jour le 16.11.2017 à 9 h 39

Bouleverser ses habitudes alimentaires, goûter de nouveaux aliments ou explorer des cuisines et des influences gastronomiques inconnues... Quels avantages trouve-t-on à se laisser aller à briser la routine?

Un marché de Hong Kong / Michal Osmenda via Wikimedia (License by)

Un marché de Hong Kong / Michal Osmenda via Wikimedia (License by)

En partant à Hong Kong en reportage, David Robson, journaliste scientifique pour la BBC, ne s'attendait pas vraiment à autant douter devant son assiette. Dans un long article, il raconte comment il a longuement hésité avant d'accepter qu'on lui serve un plat traditionnel à base de serpent, dans un petit restaurant de la ville où il s'était arrêté. Mais, plus que le plat en lui même, c'est toute la cuisine de la région qui l'a amené à la psychologie de l'alimentation et à la rigidité de nos habitudes alimentaires.

«En tant que journaliste scientifique, je suis aussi intéressé par ce que les expériences disent de la psychologie de l'alimentation, et notamment les barrières mentales arbitraires qui déterminent ce que nous allons manger et ce que nous ne mangerons pas –et les bienfaits surprenants qu'impliquent un dépassement de ces frontières.»

Pour David Robson, les effets bénéfiques du régime hongkongais n'ont pas tardé à se faire ressentir... au moins psychologiquement. Quelques heures après, en début d'après-midi, il confie qu'il «aura au moins eu un aperçu de la fusion étonnante des influences culinaires qui ont façonné aujourd'hui le régime de Hong Kong». Un régime qui semble avoir ses vertus car, en mettant l'accent sur la modération et des rations équilibrées, le territoire possède l'une des espérances de vie les plus élevées au monde, ajoute-t-il.

Peur des maladies, stress, sexualité...

Curieux, le journaliste s'est alors questionné sur le comportement des expatriés occidentaux dans la ville. Parviennent-ils à s'adapter à ce régime particulier, très variés, mais surtout très différents de celui qu'ils ont connu jusque-là? Cecilia, guide gastronomique qui l'accompagne, explique qu'ils ont tendance à virer vers les deux extrêmes: c'est tout (des néophiles) ou rien (des néophobes).

En creusant un peu, David Robson a constaté que des psychologues avaient identifié chez les néophobes des signes importants de stress face à de nouveaux aliments inconnus. Et ce n'est pas tout:

«En influençant la variété de notre alimentation, la peur des nouveaux aliments peut nuire à notre santé et à notre bien-être général. Les néophobes sont ainsi plus susceptibles de se retrouver en surpoids, par exemple. Peut-être parce qu'ils ont tendance à opter pour des aliments plus fades, plus caloriques. Ils ont également tendance à montrer des déficits nutritionnels: protéines, acides gras mono-insaturés et minéraux comme le magnésium.»

Par ailleurs, une étude menée en 2015 par Laith Al Shawaf, alors professeur à l'université du Texas, soutenait l'idée que les néophobes étaient également plus exposés à la peur des maladies. Ses recherches démontrent également que le rapport aux nourritures inconnues se décline également en matière de sexualité. «Les personnes orientées vers les relations à court terme et occasionnelles ont tendance à être davantage néophiles», écrivait alors ce professeur qui exerce désormais à l'université Bilkent en Turquie.

Une autre étude de l'université de Cornell (États-Unis) affirmait, quant à elle, que les curieux de nouveaux goûts présentaient un indice de masse corporelle plus bas et une approche de l'alimentation plus saine. Mais que les néophobes alimentaires se rassurent, Laith Al Shawaf assure que cette aversion pour les aliments inconnus n'est pas insurmontable et peut évoluer, à condition d'y mettre le cœur, de la volonté et de se montrer patient.

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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