Les livres de l'année que nous avons préférés (MàJ)
Les conseils des chroniqueurs de Slate
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Peggy Sastre vous conseille La Faculté des Rêves de Sara Stridsberg.
Ça commence sur son cadavre rongé par les vers dans un hôtel miteux, rempli de putes et de drogués. Le cadavre de Valerie Solanas, celle qui tira sur Andy Wahrol quelques mois après avoir écrit SCUM Manifesto, l'un des textes les plus importants du XXème siècle - et pas seulement pour le féminisme. Le livre de Sara Stridsberg avait tout pour me déplaire : c'est une biographie, romancée de surcroît, d'une personne à qui je voue un culte (pas touche !). Mais non. La Faculté des Rêves, écrit par une suédoise de 36 ans, se dévore du début à la fin : pour la force de sa poésie, pour l'effacement total de l'auteure qui rentre avec une acuité monstrueuse dans les voix de ses personnages, pour l'impression d'être totalement là, dans cette époque, dans ce monde mort fait de puissantes utopies idéologico-artistiques délirantes et tragiques. On rit, on pleure, quelques heures de bonheur aux côtés de ceux pour qui, selon les termes de Warhol, la naissance est un kidnapping précédant une vie d'esclavage.
La Faculté des Rêves de Sara Stridsberg, Stock
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Jean-Michel Frodon vous conseille Le Corps du cinéma, hypnoses, émotions, animalités, par Raymond Bellour
Ce n'est pas seulement le meilleur livre de cinéma de l'année, mais sans doute l'ouvrage le plus important en ce domaine depuis très longtemps - sans doute depuis les Cinéma de Gilles Deleuze. Et naturellement un grand livre « sur » le cinéma est aussi un ouvrage qui engage bien au-delà de ce seul sujet. Toujours à proximité de films, d'images, de sons et de rythmes qu'il aime et connaît intimement, Raymond Bellour entraine sur les sentiers aventureux des processus qui orientent nos émotions, nos idées et nos rêves. A l'aide 1000 exemples il retrouve dans les films, dans les effets qu'ils produisent sur nos sens et sur notre cerveau les hypothèses les plus stimulantes de ce qui, au-delà de la qualité d'un récit et de la séduction d'un acteur, travaille en nous dans la relation singulière que permettent, seuls, les film et le dispositif du cinéma. Bellour trouve ainsi la juste manière de rassembler des décennies de réflexion et de recherche sur le cinéma, ses relations avec le fonctionnement du cerveau, depuis ses aspects les plus primitifs jusqu'aux plus sophistiqués. Il le fait d'une manière limpide et vibrante, la forme même d'une pensée amoureuse.
Le Corps du cinéma, hypnoses, émotions, animalités de Raymond Bellour (POL. 638 pages)
PS: Je tiens aussi à mentionner deux grands livres parus cette année: Les Onze de Pierre Michon (Verdier) et Le Lièvre de Patagonie de Claude Lanzmann (Gallimard).
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Gérard Horny vous conseille Miles Davis, par Quincy Troupe
L'amour rend aveugle, dit un adage stupide. En réalité, celui qui aime voit tout, mais ne retient que ce qu'il veut. L'exemple du Miles Davis de Quincy Troupe en fournit une excellente illustration. L'auteur est irritant (il se croit obligé de rappeler toutes les dix pages qu'il est poète !) et l'éditeur n'a pas fait son travail: la version française du livre est truffée de coquilles et de phrases qui ne veulent rien dire. Mais le sujet, c'est Miles en personne et l'auteur a eu la chance de le connaître suffisamment bien pour en devenir le biographe officiel, selon la formule que l'on emploierait pour un prince. Justement, Miles en est un, dans un monde du jazz qui ne manque ni de ducs ni de comtes. Pour en apprendre davantage sur lui, on est prêt à passer sur beaucoup d'imperfections. Et on ne le regrette pas: le livre est bourré d'informations sur l'homme et surtout le créateur. Que ceux qui se pâment devant Wynton Marsalis le lisent: ils comprendront la différence entre un bon instrumentiste et un grand musicien.
Miles Davis, par Quincy Troupe aux éditions Castormusic, 202 pages, 14 €
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Laureline Karaboudjan vous conseille Blast, Grasse carcasse, de Manu Larcenet
Manu Larcenet, l'auteur du très remarqué Combat Ordinaire, vient de sortir le premier tome de Blast, une nouvelle série chez Dargaud. C'est avant-tout un bel objet: avec ses 204 pages et sa couverture particulièrement soignée, il ne jure pas au milieu d'autres beaux livres dans une bibliothèque. En tous cas dans la mienne. Une fois qu'on ouvre la couverture, on est fasciné par les dessins. Manu Larcenet abandonne ses habituels aplats de couleurs, comme dans le Combat Ordinaire ou le Retour à la Terre, pour un travail à l'encre de Chine tout en nuances et en noirceur. Car Blast est une oeuvre bien sombre. Le "blast" qui lui donne son titre, c'est ce moment de félicité que vit Polza Mancini, écrivain-clochard à l'énorme silhouette, lorsque son esprit s'envole et qu'il atteint un stade d'extralucidité. Ce moment qui l'obsède, qu'il cherche à revivre autant que possible, et qu'il décrit à deux policiers en garde-à-vue. Car Polza a les menottes aux poignets, arrêté pour avoir "fait quelquechose à Carole", et les flics veulent des aveux. Mais avant que la grasse carcasse ne s'allonge, il va leur falloir écouter son histoire crépusculaire. Et nous aussi.
Blast, Grasse carcasse, de Manu Larcenet - Dargaud - 22€
Laureline Karaboudjan dresse la liste des 50 meilleurs BD des années 2000
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Jean-Yves Nau vous conseille La vie, la mort, l’Etat ; le débat bioéthique de Ruwen Ogien
Cet ouvrage dérangeant est une forme de réponse au virulent opuscule dans lequel Sylviane Agacinski condamne haut et fort la pratique des mères porteuses. Il s’inscrit lui aussi dans la perspective de la prochaine révision des lois de bioéthique. Mais loin de réclamer le maintien de la prohibition de la «grossesse pour autrui» il invite les citoyens à réfléchir dans une direction radicalement opposée.
Directeur de recherches au Cnrs et spécialiste de philosophie morale l’auteur dénonce le caractère selon lui «paternaliste» du dispositif législatif français. Un dispositif qui interdit les mères porteuses bien sûr, mais aussi la sélection des embryons sur de seuls critères de convenance ; un dispositif qui encadre strictement l’assistance médicale à la procréation et qui criminalise toutes les formes d’ « aide active » à mourir. Trop c’est trop, soutient en substance Ruwen Ogien pour qui l’heure est venue de laisser à chacun le droit de disposer plus librement de son corps voire, parfois, de celui d’autrui. Provocateur cet ouvrage détonnant n’en est que plus stimulant et roboratif. Lecture indispensable avant les prochains débats parlementaires.
La vie, la mort, l’Etat ; le débat bioéthique, de Ruwen Ogien, Editions Grasset, 2009 ; collection «Mondes Vécus»
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Françoise Chipaux vous conseille La vaine attente de Nadeem Aslam
L’Afghanistan est au cœur du nouveau roman de l’auteur anglo-pakistanais Nadeem Aslam. Plus de trois cent pages d’un huis clos qui se déroule dans une maison aux plafonds tapissés de livres et aux murs ornés de fresques à faire frémir n’importe quel taliban. Issus d’horizons différents, les personnages —un vieux médecin anglais qui a perdu sa femme et sa fille, une femme russe à la recherche de son frère ancien soldat, un ex- espion américain, un afghan, taliban en herbe— sont tous des êtres brisés par un conflit qui n’en finit pas. A travers des personnages qui symbolisent chacun en quelque sorte une période de la guerre, Nadeem Aslam revit le destin tragique de ce pays qu’aucune puissance n’a pu coloniser mais que plusieurs ont envahi et détruit avant de s’en faire expulser. On retrouve dans ce livre dur mais poignant à l’image d’un pays brutalisé, les sensibilités et la poésie dont faisait déjà preuve l’auteur dans son très beau premier roman sur l’émigration, La cité des amants perdus.
La vaine attente de Nadeem Aslam, Editions du Seuil; traduit par Claude Demanuelli
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Gilles Bridier vous conseille Impardonnables, de Philippe Djian
Philippe Djian, ça fait près de trente ans qu'il nous accompagne. Aussi, lorsqu'il sort un nouveau roman comme Impardonnables, c'est un peu comme si un vieil ami s'invitait dans vos soirées. On s'intéresse à sa santé. On vérifie qu'on est encore en phase, qu'on partage les mêmes doutes. Dans Impardonnables, on retrouve des personnages familiers. Parce qu'ils sont autour de nous, parce que c'est nous, parce qu'ils sont aussi dans tous les romans de l'auteur. Ils tentent de faire illusion jusqu'au moment où ils vacillent, trahis par un amour qui s'assèche (celui de Judith), une maladie qui s'installe (celle d'Anne-Marie), ou l'irréversibilité de l'absurdité (celle de Jérémie). Pas de grand drame, mais d'espoir non plus. Pas d'issue dans des univers qui n'ont finalement d'importance que pour ceux qui les traversent. Jusqu'au moment où nous réalisons que ces univers sont les nôtres, avec les mêmes naufrages de petits sentiments, les mêmes incroyables tragédies et plaisirs rêvés de la vie quotidienne (de l'étreinte sexuelle au ragoût de mouton) ... Tout ce dont on n'a même plus conscience et qui, dans Impardonnables, impose sa réalité à travers la nôtre. Ne reste finalement de salut, comme souvent chez Philippe Djian, que l'écriture «comme un rempart autour de moi», encore incarnée par un narrateur écrivain qui n'assume qu'à moitié son statut social. Et la musique (de Patti Smith à Jimi Hendrix) qui décompose le temps.
Impardonnables, de Philippe Djian (Editions Gallimard)
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Nora Bouazzouni vous conseille Geektastic: Stories from the Nerd Herd », Holly Black et Cecil Castellucci
Geektastic rassemble quinze nouvelles de quinze auteurs différents, dont les protagonistes sont fans de Buffy, parlent klingon, connaissent «The Rocky Horror Picture Show» par coeur ou bien sont incollables en dinosaures. C'est frais, drôle, malin, et puisque rien n'est véritablement geektastic sans comics, les histoires sont entrecoupées de planches dessinées par Hope Larson et Bryan Lee O'Malley. Alors que depuis trois ans les médias se sont emparés du mot «geek» jusqu'à (notre) écoeurement et que tout possesseur d'iPhone ou de Nintendo DS se définit comme tel, on se réjouit de voir que certains oeuvrent pour rétablir la vérité – qui, cette fois-ci, ne se trouve pas ailleurs.
Geektastic: Stories from the Nerd Herd, sous la direction de Holly Black et Cecil Castellucci, chez Little, Brown
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Bérangère Viennot vous conseille Jan Karski de Yannick Haenel
«Il n'a jamais existé de pire abandon que celui des Juifs d'Europe.»
Jan Karski est un témoin du film Shoah, de Claude Lanzmann. Dans ce «roman» inclassable, la fiction attend le troisième et dernier chapitre: le premier reprend les paroles de Karski dans Shoah, le deuxième résume son livre, Mon témoignage devant le monde.
Jan Karski a échappé à la torture de la Gestapo et aux Staliniens. La Résistance de Varsovie le charge de délivrer son message à un Occident atteint de surdité volontaire: les Juifs d'Europe sont en train de se faire exterminer. On l'écoute, mais on ne l'entend pas. Comment ne pas devenir fou quand, en 1945, le monde s'horrifie devant les images des camps qu'il a dénoncés dès 1942, auprès de Roosevelt lui-même, et de tous les médias américains? L'Amérique s'est accommodée de l'extermination des Juifs pour ne pas avoir à les accueillir, et toute l'humanité porte la culpabilité de cet abandon. Une réflexion en forme de malaise nécessaire.
Jan Karski de Yannick Haenel, Gallimard
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Jacques Braunstein vous conseille L.A. Story de James Frey
Aussi addictif qu’une série télé, L.A. Story s’atèle au projet insensé de raconter l’histoire de la ville de Los Angeles, de sa fondation à nos jours, à travers mille anecdotes, milles histoires, mille parcours…
James Frey frappe très fort avec ce pavé où s’entrecroisent les destins les plus incroyables. Celui d’une star de film d’action homosexuel dont la vie publique est une vaste mascarade, celui du propriétaire du plus grand minigolf du monde, celui d’un SDF de Venice Beach fan de Chablis…
A la rentrée, la presse française a fait un triomphe à Netherland de Joseph O’Neil ou à Et le monde poursuit sa course folle de Colum McCann, romans remarquables qui explorent la ville de New York avec une sensibilité européenne. Mais L.A. Story s’avère largement plus impressionnant par son étrangeté et sa nouveauté.
Déjà auteur du très controversé «Mille morceaux» (10/18), James Frey, parvient ici à retranscrire de manière sensible la structure même de cette capitale mondiale de l’image et de l’illusion, sans centre, ni axe. Star ou serveurs, ses personnages vivent de vraies vies dans une ville où tout est faux. Nous n’habitons pas tous à Los Angeles, mais nous vivons déjà tous un peu dans « L.A. Story ».
James Frey L.A. Story (Flammarion) 495 pages, 21 E.
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Pierre Langlais vous conseille Les Séries Télé pour les Nuls de Marjolaine Boutet
Jusqu'aux Séries Télé pour les Nuls, il n'existait pas vraiment en France d'ouvrages généralistes sur les séries. La littérature du genre se trouvait dans les magazines spécialisés, sur internet et dans quelques rares anthologies historiques, comme les célèbres Miroirs de la vie de Martin Winckler. Ne pas se fier au titre de l'ouvrage de Marjolaine Boutet, historienne spécialiste des séries : ses 350 pages ne s'adressent pas qu'aux nuls, mais à tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin aux séries, à leur conception, à leur commercialisation et à leur diffusion. Le premier tiers du livre, qui revient sur la naissance des télévisions américaines, anglaises et françaises, et de leur fiction, en apprendrait même aux plus pointus des fans... La suite, collection de présentations de séries des années 50 à nos jours, sert à merveille le propos du livre : faire le tour d'un art dont l'histoire est souvent réduite à ces vingt dernières années. Collection oblige, c'est didactique à souhait, mais bourré de références indispensables et d'anecdotes étonnantes.
Les Séries Télé pour le Nuls, de Marjolaine Boutet, ed. First. 350 p. 22,90 €
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Micha Cziffra vous conseille Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra
Algérie, 1936. Après la ruine de son père, Younès, neuf ans, est confié à son oncle, un pharmacien marié à une Française. Le petit garçon est arabe, mais il va devoir s'intégrer à la communauté pied-noir de sa famille d'adoption, où il vivra dans la prospérité.
Rebaptisé Jonas, il évolue pourtant douloureusement au milieu des tensions politiques des années 1950. Alors que l'Algérie est en quête d'indépendance, Jonas, lui, est en quête d'identité et d'amour. Il tombe amoureux de la belle Émilie, une histoire qui s'avérera impossible.
Jonas lutte contre les déceptions, la complexité du rapport à l'autre. Un combat personnel qu'il mène en marge de celui qui se joue entre les nationalistes algériens et le pouvoir d'État français.
Le titre de cet œuvre est empreint d'une poésie qui vient piquer la curiosité du lecteur. Au-delà de la poignante intimité qui est dévoilée ici, l'auteur a su mettre en lumière un douloureux chapitre de l'histoire ayant conduit au déracinement des Pieds-Noirs. Avec émotion et justesse.
Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra, Pocket, 3 septembre 2009.
Image de une: Kai Pfaffenbach/ Reuters, octobre 2007
Mis à jour le 08/01/2010 à 12h55













































Cet article est une super idée, je cherchais justement des idées de cadeaux...
Monsieur Nau, je suis bien d'accord avec votre choix. Les propos de Ruwen Ogien sont salvateurs au sens où ils décapent la couche d'intégrisme religieux qui se dépose sur nos démocraties. Pourquoi parler d'intégrisme religieux ? Car c'est une démarche prosélyte qui tend à imposer comme des normes sociales des interdits dont la transgression ne porte préjudice ni aux autres, ni à soi-même. Exemple : la sexualité avant le mariage, le recours à l'Assistance Médicale à la Procréation, le choix de mourir dans la dignité. Trois domaines où l'intégrisme nous parle d'un pêché gravissime, alors que la seule "chose" offensée est l'intolérance d'empêcheurs de vivre en rond. Autre exemple, la gestation pour autrui que certains ont voulu circonvenir à la mère porteuse. Peut-on un seul instant croire que dans un état de droit une femme ne puisse pas prendre une décision libre et éclairée de porter par altruisme l'enfant d'une famille qu'elle souhaite aider ? Ne sommes-nous pas en face d'un despotisme (et d'une misère intellectuelle) quand l'égérie de la fraternelle Pie X, Sylviane Agacinski, nous dit que c'est à des personnes comme elle de définir ce qui est humain et ce qui ne l'est pas ? Une prétendue féministe qui in fine nous explique qu'une femme n'est pas capable de décider par elle-même, n'est-ce pas là la plus grande escroquerie intellectuelle qui soit ? Le concept de ne pas faire de mal à autrui impose de vérifier que toutes les conditions d'un consentement libre et éclairé sont respectées, mais qui ne peut se permettre de se substituer à l'autonomie d'une personne. La loi ne peut interdire des actes dont les risques ne sont qu'une probabilité faible au regard des bénéfices attendus par les protagonistes. Mais elle est dans son rôle quand elle pousse à vérifier que toutes les protections possibles et existantes ont été prises en compte. Si nous fermons les yeux sur ces principes, S. Agacinski et consort nous proposeront d'interdire le mariage, la contraception et l'avortement comme concepts immoraux car portant en eux le risque d'une appropriation par la domination masculine sur les capacités sexuelles et procréatives de la femme. Alors oui, les propos de Ruwen Ogien sont salutaires pour nos libertés individuelles et pour un rappel des valeurs laïques, seules à même de faire bien vivre nos différences.
Pourquoi ce qui est dit serait nécessairement ce qui nous est donné à comprendre ? Toutes les déclarations, les analyses, tous les commentaires ne sauraient en aucun cas prétendre à une exhaustivité qui forcerait le silence. Un nouvel angle de vue et d’attaque nous est proposé, et c’en est fini : tout est à re-penser.
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Au sujet de l’ouvrage de Yannick Haenel et de la polémique que Claude Lanzmann semble vouloir lancer contre son auteur, six mois après sa sortie chez Gallimard - ouvrage consacré à Jan Karski, héros de la résistance polonaise qui aura vainement alerté les alliés sur les risques d’extermination des juifs d’Europe...
On mentionne la thèse suivante : les Alliés (USA et Grande Bretagne) ont été complices de la Shoah en ne faisant rien. Aussi, l’attitude des Américains ressemblerait fort à un crime pour non-assistance ; crime à la racine duquel l’on trouvera un « antisémitisme d’État », avéré : du point de vue des Américains, il était heureux que les nazis exterminent les Juifs.
L’auteur réfute l’idée de thèse et parle de fiction, d’œuvre d’imagination.
Quant aux liens entre la fiction et l’Histoire...
Gratuites et stériles, cette affirmation fictionnelle, cette gaffe en forme de thèse appuyée par un éditeur nommé Sollers, pas mécontent de mécontenter ceux qui pensaient l’avoir comme allié… et pour que l’on ne l’oublie pas entre deux publications ?
Avec cette affirmation d’écrivain attaché à la fiction dans des faits qui touchent à l’Histoire, on parle de l’idée que le monde civilisé s’est opposé au régime Nazi en traînant les pieds.
D’aucuns aimeraient en appeler à la controverse intellectuelle et historique avec cet ouvrage derrière lequel se cachent un auteur et des opinions qui sont les siennes ; opinions qu’il peine manifestement à assumer…
Et pour cause…
Nombreux sont sans doute ceux qui l’ont rêvé ; et Haenel l’a fait : le crime de tous les crimes doublé d’une trahison de toutes les trahisons cette non-assistance à un peuple en danger de mort ! Coup de poignard dans le dos de la part de deux alliés que l’on disait irréprochables : après l’Allemagne, la Pologne, le régime de Pétain, l’Europe incurablement antisémite, arrivent alors les USA et la Grande Bretagne.
Même Lanzmann n’aurait pas osé ; Lanzmann s’ étant toujours contenté d’une Pologne dans laquelle il n’y a rien à sauver, selon lui, une Pologne retorse sous l’URSS, muette dans l’Europe, et d’une Allemagne moralement à genoux, repentante à souhait, même si économiquement elle n’en fait qu’à sa tête.
Une Pologne bouc émissaire dans l’entreprise de condamnation et de culpabilisation de l’Europe au sujet de son antisémitisme, en échange d’une immunité pour les Etats-Unis devenus depuis la fin des années 60 le bailleur de fonds d’Israël, une fois l’Europe muselée, interdite de parole critique quant à la politique déshonorante de cet Etat vis à vis des palestiniens.
Haenel brise ce consensus (tabou ?) en plaçant les Etats-Unis sur le banc des accusés de l’antisémitisme (à moins que ce tabou ait été transgressé à dessein, avec le soutien de ceux qui l’ont entretenu, contre l’Amérique d’Obama, à titre préventif ?!)
Car enfin...
Secret de Polichinelle l’indifférence des Etats-Unis face aux menaces d’extermination des juifs d’Europe (et pas seulement sur cette question !)
Mais il est vrai que cela va toujours tellement plus mal en le disant !
Lanzmann qui a un grand, très grand souci d’Israël ne peut que s’en désoler, confronté à une jeune génération sans doute ignorante des enjeux géopolitiques qui se cachaient et se cachent aujourd’hui encore, derrière cette immunité accordée aux USA et une Pologne bouc émissaire pour expier les crimes antisémites d’une Europe qui s’étend de Brest à Vladivostok.
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In fine, beaucoup de bruit pour pas grand-chose cet ouvrage et la polémique qui oppose Haenel et Lanzmann, quand on sait qu’aucune nouvelle « vérité » historique ne sortira de cette confrontation factice ; et sur le plan littéraire, on n’y aura trouvé aucune écriture digne de ce nom… dans le dernier ouvrage de Haenel.
Aussi…
Perdant pour perdant…
C’est encore la littérature que l’on passe à la trappe.